Le Canada sur la liste noire d'Al-Qaïda?

L'imam Anjem Choudary, qui vit en Grande-Bretagne, est... (Photo tirée de WikiPedia.org)

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L'imam Anjem Choudary, qui vit en Grande-Bretagne, est connu pour ses idées extrémistes, ses fatwas retentissantes et ses propos au vitriol.

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Fabrice De Pierrebourg
La Presse

Le Canada pourrait payer cher ses choix politiques, avertit un célèbre prédicateur radical et mentor notoire de plusieurs terroristes, interrogé par La Presse.

«Le soutien apporté à Israël et la guerre à la terreur, considérée par les musulmans comme une guerre contre l'islam, placent le Canada dans la même position que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France», affirme l'imam britannique Anjem Choudary.

Ces trois pays figurent sur la liste noire de la mouvance d'Al-Qaïda, et ont été le théâtre d'attaques au cours des dernières semaines. Des attentats au modus operandi minimaliste, aux antipodes du «complexe» 11-Septembre, fait remarquer l'imam, mais aussi «importantes et toujours porteuses de messages qui sèment la peur dans le coeur de ceux qu'ils combattent».

L'imam Choudary, qui vit en Grande-Bretagne, est connu pour ses idées extrémistes, ses fatwas retentissantes et ses propos au vitriol, qu'il diffuse notamment par l'entremise de son compte Twitter et de son site internet - quand celui-ci n'est pas bloqué! Sans oublier son admiration affichée pour Oussama Ben Laden, «un héros».

Considéré par certains comme un provocateur, il est régulièrement la cible des tabloïds britanniques. Ex-porte-parole du groupe banni Islam4UK et cofondateur d'un autre groupuscule interdit, al-Muhajiroun, Anjem Choudary a aussi entretenu des liens avec plusieurs individus arrêtés et condamnés pour terrorisme en Occident, ou a appuyé leurs actes.

Réplique oeil pour oeil

Les attentats à petite échelle de Boston, de Londres et de Paris, nouvelle tactique prônée par les théoriciens d'Al-Qaïda, sont une réplique de type «oeil pour oeil», martèle Anjem Choudary dans son échange avec La Presse.

Il réitère l'argument déjà entendu voulant qu'une attaque dirigée contre une partie de l'oumma (la communauté des croyants) signifie une attaque contre tous les musulmans, et qu'une population est responsable des décisions de ses élus. Choudary a d'ailleurs refusé de condamner le meurtre du jeune soldat britannique Lee Rigby, à Londres, rejetant plutôt le fardeau sur David Cameron et sa politique étrangère - en particulier son soutien à Israël et la présence de troupes militaires en Afghanistan.

«L'idée de terroriser l'ennemi dans le cadre du djihad est mentionnée dans le Coran, chapitre 8, verset 60, justifie-t-il. Il est impossible de nier que le djihad [que l'on peut traduire par «effort» ] fait partie du Coran, qu'il soit verbal, financier ou physique.»

Le 15 juin dernier, un islamologue interrogé par La Presse dans le cadre d'un dossier sur la radicalisation dénonçait au contraire la «manipulation historico-religieuse» qui peut transformer en «bourreau une personne inoffensive».

Anjem Choudary lui réplique que le «facteur le plus important» qui peut inciter un individu à commettre un attentat et «terroriser l'ennemi dans [sa] propre cour arrière» est l'envoi par des «régimes brutaux, tels les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, de soldats pour attaquer les musulmans et leur voler leurs ressources».

Un argument «clairement exprimé dans les discours de ceux qui ont mené des attaques, tels Muhammad Siddiq Khan [attentat suicide dans le métro à Londres en juillet 2007] et Michael [Abodelajo, l'un des deux suspects du meurtre d'un soldat à l'arme blanche en pleine rue à Londres le 22 mai]».

Impact psychologique

Le bouillant imam insiste sur «l'impact qu'ont eu dans leur esprit le chaos, la mort et l'oppression au cours des 10 dernières années».

Plusieurs rapports des services de renseignement et d'autres études sociologiques citent effectivement la colère et l'indignation ainsi que le sentiment d'outrage parmi les facteurs prépondérants dans le processus complexe de radicalisation violente.

«Les jeunes musulmans grandissent dans une atmosphère de propagande anti-islam, et la justification de meurtres et d'actes de torture sous le faux prétexte d'implantation de la démocratie et de la liberté», croit l'imam.

Il balaye aussi du revers de la main l'étude réalisée par la Gendarmerie royale du Canada sur le rôle joué par Facebook comme «tremplin» vers le djihad. L'analyse, divulguée la semaine dernière par La Presse, est basée sur l'exploration des comptes Facebook de deux jeunes accusés de terrorisme et leurs connexions. Les policiers insistent sur «l'influence probable» d'Anjem Choudary, très actif dans l'univers virtuel et présent sur leurs pages.

«Pure spéculation basée sur notre présence en ligne, réplique l'imam Choudary. Je n'avais aucune information sur ces personnes et je ne les connaissais pas.»

Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Vic Toews, qui affirmait à la mi-juin que «le Canada est toujours une cible prioritaire» pour Al-Qaïda, n'a pas répondu aux questions de La Presse à propos de l'avertissement servi par l'imam Choudary. Son ministère a plutôt envoyé par courriel des commentaires d'ordre général sur le danger du terrorisme et de la radicalisation.




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