Traite de personnes: de plus en plus de victimes au Québec

Annie Robert et Nadia Émond.... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Annie Robert et Nadia Émond.

Photo Alain Roberge, La Presse

Phénomène grandissant et pourtant méconnu, la traite de personnes fait de plus en plus de victimes au Québec. La Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et des groupes communautaires ont profité mardi d'une activité de sensibilisation pour demander à Québec d'adopter une stratégie interprovinciale contre la traite.

«Il est difficile de connaître l'ampleur du phénomène», reconnaît Annie Robert, coordonnatrice de la sensibilisation à la traite de personnes au sein de la GRC.

Une quinzaine de dossiers en lien avec cette problématique sont devant les tribunaux du Québec.

Mais selon Mme Robert, Montréal, avec ses 250 salons de massage et sa trentaine de bars d'effeuilleuses, n'est pas à l'abri de cette forme d'esclavage moderne.

Contrairement aux idées reçues, les victimes au Québec de la traite ne sont pas de jeunes femmes venues de l'étranger, mais, bien souvent, des Québécoises. Elles sont jeunes et sont séduites par un homme qui les pousse ensuite à travailler dans le commerce du sexe, sous la contrainte et la violence. Souvent, elles n'ont même pas conscience qu'elles sont victimes de traite, constate Coleen MacKinon, présidente du groupe Les Affranchies, un mouvement citoyen qui se consacre à la sensibilisation et au soutien des actions contre la traite des personnes.

L'enfer pendant deux ans

Issue d'une famille de Québec sans histoires, Nadia Émond a 19 ans quand, en voyage, elle est tombée sous le charme de Ricardo, un citoyen canadien d'origine cubaine.

«J'avais confiance en lui», dit-elle. Aussi, elle ne s'est pas méfiée quand son amoureux lui a proposé d'aller passer quelques semaines chez lui. C'était pourtant le début d'une longue descente aux enfers qui a duré près de deux ans.

«J'ai été violée, battue, j'ai fait de la contrebande de cigares entre le Canada et Cuba», énumère-t-elle, 15 ans plus tard.

Si elle a réussi à s'enfuir et à dénoncer son agresseur, son retour à la vie a été parsemé d'obstacles. Et le manque de ressources spécialement adaptées aux femmes qui, comme elle, ont été les esclaves d'un homme ou d'un réseau n'a pas rendu les choses plus faciles.

«Il y a de l'aide, mais il n'y a pas de guichet unique», déplore Annie Robert.

Des recommandations

Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme, recommande la création de maisons d'hébergement destinées aux femmes victimes de traite. «Il n'existe pas de maisons d'hébergement spécifiques pour les femmes victimes de traite. Leurs problématiques sont pourtant très différentes de celles des victimes de violence conjugale», dit-elle.

À l'issue d'une consultation menée aux côtés de la GRC auprès d'un large éventail de spécialistes, le groupe Les Affranchies recommande une plus grande prévention du public sur la traite et une plus grande protection des victimes.

La surveillance des bars d'effeuilleuses, des salons de massage, des réseaux internet et la création d'une unité mixte d'enquête sont aussi préconisées.




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