Survivants de l'Holocauste: un centre de recherche ouvre à Montréal

Lors de l'inauguration du Centre de recherche pour... (Photo: David Boily, La Presse)

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Lors de l'inauguration du Centre de recherche pour les survivants de l'Holocauste, hier, Eva Bass a raconté qu'elle avait été transportée avec sa famille de Budapest à Auswitz à bord d'un train à bestiaux. «Dans le camp, une femme kapo m'a dit : "Tu vois la fumée là-bas ? Ce sont tes parents qui brûlent." Je ne l'oublierai jamais.»

Photo: David Boily, La Presse

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Isabelle Hachey

Depuis 70 ans, Rachel Klein souffre de ne pas savoir.

Elle avait 8 ans quand la Gestapo a emmené son père, qui fabriquait du fromage casher dans un village de Tchécoslovaquie. C'était en 1939. Sa mère était morte depuis déjà trois ans. «J'aimais beaucoup mon père. Je n'avais personne d'autre.»

En avril 1944, la jeune fille a été amenée à Auschwitz, puis dans une usine d'armements, où elle devait vérifier le mécanisme des fusils destinés aux soldats nazis. «Quand je suis revenue, à 14 ans, il n'y avait personne à la maison.»

 

Rachel Klein n'a jamais su ce qu'il était advenu de son père. À 78 ans, elle n'a toujours pas abandonné l'espoir de retrouver sa trace. Un espoir qui vient tout juste d'être rallumé par la mise sur pied du Centre de recherche pour les survivants de l'Holocauste, le tout premier du genre au Canada.

Établi à Montréal, le Centre offre un service visant à rétablir les liens entre les membres d'une même famille séparés pendant la Deuxième Guerre mondiale, à établir les circonstances d'un décès et à fournir un certificat de décès pour l'obtention d'une compensation ou d'une rente de survivant.

Le Centre a été mis sur pied par la Croix-Rouge canadienne (CRC), en collaboration avec le Centre juif Cummings pour aînés (CJCA).

La CRC a accès au Service international de recherches de Bad Arolsen, en Allemagne, qui compte 50 millions de documents sur la persécution, l'exploitation et l'extermination de millions de civils par les nazis. L'organisme peut aussi compter sur les sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, présentes dans 186 pays, ainsi que sur l'Étoile de David rouge en Israël.

Trois générations après la fin de la guerre, un service de recherche demeure pertinent, estime Myra Giberovitch, du CJCA. «Beaucoup de gens continuent à espérer qu'un membre de leur famille ait survécu. Ils font régulièrement publier des annonces dans les journaux juifs. Quand ils voyagent, ils épluchent les bottins téléphoniques dans l'espoir d'y trouver un nom familier.»

Montréal compte 5000 survivants de la Shoah. Parmi eux, il y a ceux qui savent. Comme Eva Bass, transportée avec sa famille de Budapest à Auschwitz à bord d'un train à bestiaux. «Dans le camp, une femme kapo m'a dit: «Tu vois la fumée, là-bas? Ce sont tes parents qui brûlent.» Je ne l'oublierai jamais.»

Il y a ceux, aussi, qui ne veulent pas savoir. «Pour eux, c'est trop pénible, dit Mme Giberovitch. Ils se disent que cela ne les aidera pas à vaincre leur traumatisme de connaître dans quelles circonstances horribles leurs proches ont trouvé la mort.»

Enfin, il y a ceux pour qui savoir leur permettrait de vivre dans une relative sérénité les dernières années de leur vie. Comme Rachel Klein, dont les plaies sont encore vives. Sa voix tremble et ses yeux rougissent quand elle évoque le souvenir de son père disparu. «Peut-être vais-je enfin le retrouver. Même s'il est mort, j'ai besoin de savoir où ils l'ont emmené.»

 

Le passé peu reluisant de la Croix-Rouge

Gros malaise, hier, au lancement du Centre de recherche pour les survivants de l'Holocauste, lorsqu'un rescapé dans l'assistance a rappelé haut et fort l'inertie de la Croix-Rouge pendant la Deuxième Guerre mondiale.

«Quand des observateurs de la Croix-Rouge ont visité le camp de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, les nazis avaient fait toute une mise en scène pour montrer qu'ils traitaient bien les prisonniers», a souligné le vieil homme. De faux cafés et magasins avaient été construits dans le camp d'extermination. Subjugués, les observateurs avaient même assisté à la représentation d'un opéra pour enfants.

Jusqu'à la fin, la Croix-Rouge n'a pas vu, ou n'a pas voulu voir, l'ampleur de la tragédie. Mais ce passé peu reluisant n'empêchera pas les survivants d'avoir recours au Centre de recherche mis sur pied par l'organisme, estime Myra Giberovitch, du Centre juif Cummings pour aînés. «La Croix-Rouge a clairement admis ses erreurs et a présenté ses excuses à la communauté. En tant qu'organisation juive, nous n'aurions jamais collaboré avec elle si elle ne s'était pas amendée.»

 




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