Des barricades sur la 117

La pauvreté est partout à Lac-Barrière. Le hameau... (Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse)

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La pauvreté est partout à Lac-Barrière. Le hameau de 450 âmes a l'air délabré. Devant une petite maison de bois rudimentaire, un enfant fend des bûches qui chaufferont sa famille pour la nuit.

Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse

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Isabelle Hachey

(Lac-Barrière, Abitibi) Excédés par le «mépris» des gouvernements à leur endroit, des Algonquins de Lac-Barrière ont érigé trois barricades sur la route 117, hier, dans la réserve faunique La Vérendrye, en Abitibi.

Les deux premiers barrages routiers ont été dressés à 7h20, hier matin. Des dizaines d'Autochtones ont bloqué la route pendant environ trois heures avant que la Sûreté du Québec ne démantèle les barricades dans le calme.

Mais l'arrestation d'une porte-parole de la communauté a échauffé les esprits. Pour protester, une chaîne humaine s'est formée vers midi, bloquant à nouveau toute circulation sur la route 117.

«On nous a laissés tranquilles pendant deux heures, puis les policiers anti-émeute sont arrivés. Ils ont violemment poussé les gens en bordure de la route avec leurs matraques. Un jeune s'est cogné la tête sur l'asphalte. Il saignait abondamment», raconte Norman Matchewan, un jeune de la communauté.

Cinq Autochtones ont été arrêtés, dont l'ancien chef, Benjamin Nottaway. Un jeune militant qui avait fait cinq heures de route depuis Montréal pour manifester son soutien à la cause autochtone a aussi été appréhendé.

C'est la deuxième fois en moins de deux mois que les Algonquins bloquent la route 117. «On n'a pas le choix de le faire. C'est le seul moyen qu'on a pour faire valoir notre point de vue auprès des gouvernements. C'est une question de survie pour notre communauté», dit un porte-parole, Michel Thusky.

La pauvreté est partout à Lac-Barrière. Le hameau de 450 âmes a l'air délabré. Devant une petite maison de bois rudimentaire, un enfant fend les bûches qui chaufferont sa famille pour la nuit. «Quatre-vingt-dix pour cent des gens vivent de l'aide sociale», souligne M. Matchewan.

Les Algonquins sont convaincus que leurs conditions de vie ne seraient pas aussi rudes si Québec et Ottawa avaient respecté une entente signée il y a des années - mais qui s'empoussière sur les tablettes des gouvernements.

En 1991, les trois parties ont signé un accord «historique» pour le développement durable et la cogestion des territoires ancestraux algonquins.

Applaudie par l'ONU, cette entente trilatérale devait permettre aux Autochtones d'obtenir des redevances sur l'exploitation des ressources naturelles.

Depuis, les coupes de bois et la chasse sportive ont continué sur le territoire des Algonquins, générant des profits annuels de 100 millions de dollars. «La communauté ne touche pas un sou de cet argent», déplore M. Thusky.

Les Autochtones en veulent aussi à Ottawa pour s'être «immiscé» dans la gouvernance interne de Lac-Barrière en imposant un chef et un conseil de bande rejetés par la majorité de la communauté. Un «coup d'État», selon M. Matchewan, qui vise «à détruire l'accord en jouant la carte de la division dans notre communauté».

Manifestation devant le bureau de Jean Charest

Pendant que des Algonquins bloquaient la route 117, en Abitibi, une vingtaine de sympathisants manifestaient devant le bureau de Jean Charest, hier midi, au centre-ville de Montréal. Le gouvernement libéral «n'a absolument aucun respect pour les droits des peuples indigènes, qui devraient être un sujet urgent de débat pendant les élections provinciales», dit Norman Matchewan, un jeune porte-parole de la communauté.




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