Les patinoires de Montréal menacées par les changements climatiques

Pour tenter de contrer les effets des hivers... (Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse)

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Pour tenter de contrer les effets des hivers de plus en plus chauds, la Ville de Montréal prévoit investir 7,3 millions au cours des trois prochaines années pour aménager des patinoires réfrigérées ou encore recouvrir certaines surfaces.

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Les changements climatiques menacent de plus en plus une tradition bien montréalaise : patiner dehors. Pour tenter de contrer les effets des hivers de plus en plus chauds, la Ville de Montréal prévoit investir 7,3 millions au cours des trois prochaines années pour aménager des patinoires réfrigérées ou encore recouvrir certaines surfaces. Ces efforts ne seront pas faits en vain, disent des chercheurs ontariens, leurs travaux prévoyant que la saison de patinage extérieur pourrait être amputée du tiers dans la région.

Étude en cours

Le réchauffement climatique donne de sérieux maux de tête à la Ville de Montréal. « Opérer des patinoires extérieures devient de plus en plus un défi avec les brusques variations des températures, la recrudescence des épisodes de redoux, la réduction de la période de gel et d'enneigement », indique la métropole. La Ville a ainsi décidé de lancer « une étude pour développer une stratégie de réponses à la demande en patinoires extérieures dans le contexte des changements climatiques ». Quatre arrondissements participent à l'étude, soit Villeray - Saint-Michel - Parc-Extension, Pierrefonds-Roxboro, Verdun et LaSalle.

Montréal, c'est...

262 patinoires extérieures

8 surfaces réfrigérées

Tâche compliquée

Des employés de la Ville de Montréal affectés à l'entretien des glaces confirment que les températures de plus en plus variables compliquent leur tâche. « Si tout va bien, on peut commencer à monter nos glaces à la fin novembre quand on a du gel et, normalement, c'est prêt vers la deuxième semaine de décembre », dit Mickaël Bouchard, contremaître dans Villeray. Mais le dernier hiver a été particulièrement difficile : les glaces n'ont été prêtes qu'à la mi-janvier. Et encore, le gel n'a pas été important, si bien que les employés ont dû patienter plusieurs autres semaines avant d'utiliser une surfaceuse sur l'étang du parc Jarry, le couvert de glace étant trop mince. « On a eu notre épaisseur seulement à la fin février », relate Mikaël Bouchard. Et ce, alors que la saison prend fin à la mi-mars au plus tard...

Diminution du nombre de jours de patinage

La durée de la saison de patinage extérieur à Montréal risque d'être amputée du tiers d'ici 2100, selon les travaux de chercheurs de l'Université Wilfrid Laurier, à Waterloo. Depuis 2013, le projet Rink Watch suit à la trace le comportement de 1600 patinoires extérieures en Amérique du Nord et a permis de constater l'impact des changements climatiques sur les sports de glace. « L'hiver dernier a été désastreux et c'est probablement un avant-goût de ce qui nous attend dans le futur », dit Robert McLeman, directeur du projet de recherche. Les chercheurs prévoient que le début de la saison de patinage extérieur à Montréal, qui a lieu en moyenne à la mi-décembre, risque d'être reporté à la mi-janvier. Et la fin de la saison pourrait bien survenir dès le début du mois de mars, plutôt qu'au milieu du mois.

Évolution des températures moyennes à Montréal

                     Déc     Jan      Fév      Mars

1961-1990     -6,9    -10,3   -8,8      -2,4

1971-2000     -6,3    -10,2   -8,4      -2,3

1981-2010     -5,4    -9,7     -7,7      -2

Source : Environnement Canada

Miser sur la réfrigération

Pour éviter de voir les patineurs se trouver le bec à l'eau - autant au sens propre que figuré - , Montréal a décidé de mettre de côté 7,3 millions afin de financer diverses solutions à l'issue de ses études. La Ville envisage notamment d'augmenter le nombre de patinoires réfrigérées, qui résistent mieux aux variations de température. « Il va de soi que des patinoires réfrigérées avec des systèmes de réfrigération suffisamment puissants sont capables non seulement de maintenir la saison de patinage du 15 décembre jusqu'au 15 mars environ, mais surtout de réduire l'impact des redoux et des pluies hivernales sur la glace, ce qui augmentera le nombre de jours d'opération », dit la Ville.

Couvrir les glaces ?

Les glaces réfrigérées ne représentent toutefois pas une solution miracle, comme l'a découvert Montréal l'hiver dernier. La patinoire réfrigérée de Villeray a complètement fondu en décembre 2015 lors d'un intense redoux. « On était au béton », se rappelle Mikaël Bouchard, contremaître de l'arrondissement responsable de l'entretien des patinoires extérieures. Parmi les autres solutions envisagées, la Ville regarde la possibilité de couvrir certaines patinoires, afin de les protéger des rayons du soleil. « C'est la bonne chose à faire. Le soleil a une grande influence. Si on peut la mettre à l'abri ou à l'ombre, du côté nord d'un bâtiment ou d'arbres, par exemple, ça peut protéger la glace », dit Robert McLeman. Celui-ci note que plusieurs villes ont commencé à penser à l'emplacement des patinoires. Certaines communautés misent sur des granges abandonnées en guise d'abris.

Moins, mais mieux

Au-delà de l'aménagement de patinoires réfrigérées ou couvertes, Montréal songe aussi à réduire le nombre de glaces pour concentrer ses efforts. La Ville pense ainsi réorganiser son offre autour de « pôles » où les patinoires seraient concentrées. Ainsi, à défaut d'augmenter la quantité de glaces, on veut au moins augmenter la qualité de la glace, « ce qui favoriserait la fréquentation ». La métropole a déjà mené une analyse en 2010 et 2011 dans Ahuntsic-Cartierville, où l'arrondissement a réduit de 22 à 16 le nombre de patinoires. « La fréquentation a doublé parce que les glaces, mieux entretenues, étaient de meilleure qualité », dit la Ville.

Toronto 100 % réfrigéré

Avec un climat plus chaud que celui de Montréal, la Ville de Toronto a fait le choix depuis longtemps de miser uniquement sur des patinoires extérieures réfrigérées. La métropole canadienne aménage 50 surfaces glacées - soit 5 fois moins qu'à Montréal, dont la population est pourtant deux fois moins grande - , mais celles-ci peuvent résister aux grands écarts de température. « Nous pouvons maintenir une glace de qualité jusqu'à 15 °C », explique Cheryl San Juan, de la Ville de Toronto. Les patinoires de Toronto doivent accueillir leurs premiers patineurs dès le 26 novembre et elles seront toutes accessibles le 3 décembre. La saison doit prendre fin à la mi-mars. En plus des patinoires réfrigérées, Toronto dit que des citoyens aménagent de 30 à 40 glaces naturelles dans certains parcs, mais celles-ci sont entretenues principalement par des bénévoles.

Températures moyennes...

                 Montréal    Toronto

Décembre   -5,4 °C      -0,5 °C

Janvier        -9,7 °C      -3,7 °C

Février        -7,7 °C      -2,6 °C

Mars           -2 °C          1,4 °C

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