A25: 500 camions par jour dans un milieu déjà bruyant

Vue depuis la fenêtre de l'étage de la... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

Agrandir

Vue depuis la fenêtre de l'étage de la résidence d'André Chagnon sur la butte acoustique séparant la rue Curatteau de l'autoroute 25.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Bruno Bisson
La Presse

La butte acoustique qui est censée le protéger du bruit n'est pas très élevée devant la maison d'André Chagnon, dans la rue Curatteau. Par la fenêtre du deuxième, il peut voir, à quelques dizaines de mètres à peine de la maison, le mouvement perpétuel de la circulation qui passe sur l'autoroute 25, juste derrière la butte.

Plus de 110 000 véhicules roulent chaque jour dans ce corridor de l'A25, entre le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et la rue Sherbrooke Est. Ça s'entend. Le vrombissement continu des pneus sur la chaussée fait office de bruit de fond, ponctué à l'occasion par le claquement des puisards écrasés à répétition par des centaines de roues et les secousses métalliques des remorques quand elles roulent dans les nids-de-poule.

L'été, à l'extérieur, dans la cour, « après une demi-heure, je dois rentrer, raconte M. Chagnon. À la longue, ce n'est pas supportable ».

Selon des relevés réalisés pour le ministère des Transports (MTQ), en septembre et octobre 2015, le niveau sonore moyen dans cette portion de la rue Curatteau atteint 63 décibels (dB) le jour et 60 dB la nuit. Ces niveaux dépassent largement les limites de 55 dB recommandées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), selon laquelle un tel degré d'exposition au bruit, en particulier la nuit, « est considéré comme nocif ».

Il y a aussi les vibrations produites par le passage des camions sur l'autoroute, qui font parfois trembler les vitres. M. Chagnon les ressent jusque dans son lit, à l'étage. À mesure qu'on descend plus près du sol, elles deviennent plus perceptibles. Dans le garage, dit-il, ça ne vibre pas. Ça cogne.

FAIT ACCOMPLI

C'est dans cet environnement-là que des centaines de camions qui sortent du port de Montréal, chaque jour, seront bientôt autorisés à circuler, encore plus près de la maison, sur une voie de desserte qui leur est interdite depuis plus de 15 ans, en raison des impacts sur le voisinage.

Selon les données du Ministère, il pourrait y en avoir jusqu'à 500 par jour aux heures d'exploitation des terminaux portuaires, entre 7 h et 15 h.

Comme plusieurs dizaines d'autres résidants du quartier, M. Chagnon l'a appris lors d'une séance d'information publique du ministère des Transports du Québec portant sur le projet d'optimisation de l'autoroute 25 et des accès au port de Montréal, en octobre dernier.

«On n'était pas là pour être consultés. On a été mis devant le fait accompli.»

André Chagnon
Résidant de la rue Curatteau, avec une certaine amertume

La voie de desserte Curatteau longe l'A25 en direction nord sur une distance de près de trois kilomètres à partir de la rue Notre-Dame Est, à la limite des installations portuaires, jusqu'au nord de la rue Sherbrooke. Sa trajectoire serpentine la rapproche par endroits à quelques dizaines de mètres seulement des maisons de la rue résidentielle voisine.

En 1999, elle a été interdite aux camions après des années de mobilisation citoyenne des résidants de la rue Curatteau, qui devaient supporter des niveaux de bruit intolérables en provenance de l'autoroute. Cette mobilisation avait aussi permis d'obtenir que le MTQ et la Ville de Montréal financent la construction d'écrans antibruit pour protéger le quartier du vacarme de l'autoroute.

Depuis, de longs murs antibruit abritent des tronçons de la rue Curatteau, entre les rues Notre-Dame et Lavaltrie, ainsi qu'entre les rues Ontario et Sherbrooke. Devant chez M. Chagnon, et sur une distance d'environ 500 m, entre les rues Lavaltrie et Ontario, c'est une butte acoustique de hauteur variable qui protège les résidants du bruit de la circulation.

Le bruit de l'autoroute demeure toutefois omniprésent. Les niveaux sonores mesurés à l'automne 2015 par le MTQ, le long de la rue résidentielle Curatteau, étaient tous égaux ou supérieurs à 55 dB, avec des pointes frôlant les 70 dB au nord de la rue Hochelaga - comme si un aspirateur fonctionnait à 5 m de vos oreilles - tout le temps.

APAISÉ À 90 %

C'est dans ce secteur, entre les rues Hochelaga et Sherbrooke, que le projet conjoint du MTQ et de la Ville de Montréal devrait avoir le plus d'impacts positifs. Les camions qui sortent du port et qui remontent la voie de desserte à partir de la rue Notre-Dame n'auront qu'environ 800 m à rouler pour emprunter une nouvelle bretelle d'accès à l'A25 Nord, à la hauteur de la rue Ontario, pour s'éloigner du secteur résidentiel voisin.

Le projet prévoit aussi que la rue Curatteau, entre les rues Hochelaga et Sherbrooke, sera complètement « débranchée » du réseau artériel voisin, afin d'éliminer toute circulation de transit près des résidences.

«C'est un projet qui est désiré par l'arrondissement, et qui va apaiser 90 % de cet environnement.»

Réal Ménard
Maire de l'arrondissement

« Le défi sera de travailler avec le MTQ pour avoir des résultats significatifs pour la quarantaine de maisons de la rue Curatteau situées dans la partie sud du projet », affirme le maire Réal Ménard.

M. Ménard estime que les matériaux et techniques de construction qui seront utilisés par le MTQ pour « assourdir » la circulation et réduire les vibrations induites par l'autoroute (voir écran suivant) « montrent que le Ministère est en mode solution » pour optimiser l'A25.

André Chagnon demeure sceptique. Sa maison fait partie de cette « quarantaine » d'habitations qui seront plus exposées aux passages des camions provenant du port. Et il n'est pas rassuré.

«Les gens qui défendent ce projet disent qu'il va améliorer plein de choses, mais moi, je vis ici, et je ne vois pas comment on va améliorer ma qualité de vie en faisant passer 500 camions par jour plus près de chez nous.»

André Chagnon
Résidant

« Peut-être bien que ça va améliorer plein de choses, dit-il, mais il y a plein d'autres gens pour qui ça n'améliorera rien du tout. »

Si seulement, conclut-il, ils pouvaient relever un peu cette butte.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer