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Construction: des soumissionnaires dénoncent une nouvelle règle

Le contrat de près de 18 millions pour... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le contrat de près de 18 millions pour le boulevard Saint-Michel fait partie des contrats contestés.

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Demandes d'injonction, plaintes au Bureau de l'inspecteur général (BIG) : de nouvelles règles dans les appels d'offres de Montréal soulèvent la colère d'un groupe d'entrepreneurs en construction. Ceux-ci se plaignent qu'ils se trouvent injustement écartés d'importants contrats au profit d'une poignée de leurs concurrents, a appris La Presse.

Le contrat de près de 12 millions pour... (PHOTO OLIVIER JEAN, archives LA PRESSE) - image 1.0

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Le contrat de près de 12 millions pour le chemin de la Côte-Sainte-Catherine fait partie des contrats contestés.

PHOTO OLIVIER JEAN, archives LA PRESSE

La métropole a annoncé la semaine dernière qu'elle avait introduit de nouvelles clauses relatives à l'attribution de certains de ses contrats de construction. Pour trois projets majeurs dont les contrats doivent être approuvés ce soir au conseil municipal, Montréal a exigé que les entrepreneurs démontrent leur capacité à réaliser des travaux d'une telle ampleur. On leur a ainsi demandé de prouver qu'ils avaient déjà mené au moins deux chantiers de voirie de plus de 10 millions au cours des cinq dernières années, et ce, dans des artères achalandées.

Ces nouvelles règles ont fait en sorte que six entreprises décrochant fréquemment des contrats auprès de la Ville de Montréal ont été écartées de ces trois appels d'offres. Seules les soumissions de quatre entreprises ont été retenues pour ces projets.

Une analyse des résultats démontre que les entreprises écartées ont soumis des prix inférieurs aux quatre entreprises retenues. En fait, dans un des projets pour lequel Montréal a reçu huit soumissions, les quatre soumissions les moins chères ont été mises de côté.

Sans ces nouvelles règles, deux des trois contrats auraient été attribués à Construction Bau-Val et le troisième à Demix. La facture des trois contrats aurait été de 43,6 millions, plutôt que 47,9 millions, soit une différence de 4,3 millions.

Mécontentes, les deux entreprises ont déposé des demandes d'injonction, a confirmé à La Presse la Ville de Montréal. Si elles sont accordées, ces injonctions pourraient bloquer ces trois chantiers majeurs que la Ville espère voir terminés d'ici l'automne 2017.

«Ça n'a pas de bon sens. C'est la première fois qu'on se fait disqualifier pour des critères vagues.»

Sylvain Leclerc
Copropriétaire de l'entreprise Duroking

Même s'il n'a pas terminé premier dans l'un des trois appels d'offres, Duroking songe aussi à faire appel à ses avocats contre la Ville de Montréal pour éviter que celle-ci ne l'écarte d'autres projets. «J'ai tout pour faire ce type de travaux», dit l'entrepreneur Sylvain Leclerc. Il souligne qu'il a exécuté deux contrats de plus de 10 millions pour le Ministère des Transports du Québec sur l'échangeur Turcot. «L'échangeur Turcot est quand même l'échangeur le plus achalandé au Québec, alors si ça ne fait pas, qu'est-ce qui fait?»

En plus de ces recours devant les tribunaux, un autre entrepreneur a affirmé à La Presse qu'il avait porté plainte au Bureau de l'inspecteur général (BIG), Me Denis Gallant, chargé d'éviter toute malversation dans l'attribution des contrats de la métropole. Le BIG a refusé de confirmer ou d'infirmer qu'il avait reçu de telles plaintes.

Le plaignant, qui préfère demeurer anonyme par peur de représailles, soupçonne que ces nouvelles règles avantagent indûment un groupe restreint d'entreprises. Très peu de contrats de plus de 10 millions sont attribués, Montréal étant l'une des rares villes à accorder des contrats d'une telle ampleur pour refaire ses rues. Imposer un tel critère revient à réserver aux quelques entreprises ayant déjà obtenu de tels contrats dans le passé les plus importants contrats. Et ce, alors que Montréal dit vouloir augmenter le nombre d'entreprises soumissionnant à ses appels d'offres.

Une «assurance supplémentaire»

L'administration Coderre n'a pas souhaité commenter le dossier en raison des menaces de poursuites judiciaires. Dans un communiqué diffusé cette semaine pour justifier ces nouveaux critères, l'élu montréalais responsable des infrastructures, Lionel Perez, a estimé que cette mesure donnait une «assurance supplémentaire quant à la capacité des entrepreneurs à réaliser des projets complexes dans un contexte où [la Ville a] l'obligation d'octroyer un contrat au plus bas soumissionnaire».

Rappelons que plusieurs nouveaux entrepreneurs ont investi le marché montréalais depuis les travaux de la commission Charbonneau. Certains chantiers ont toutefois connu d'importants retards. La métropole a également instauré des rapports de rendement qui pourraient interdire l'attribution de contrats à un entrepreneur dont des travaux n'ont pas été à la hauteur des attentes.

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