L'imam Saïd Jaziri tire les ficelles de l'étranger

Saïd Jaziri (au centre) lors d'une manifestation tenue... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Saïd Jaziri (au centre) lors d'une manifestation tenue en 2006 à Montréal contre la publication de caricatures de Mahomet par un journal danois.

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Un imam controversé et interdit de territoire au Canada pour le reste de sa vie a toujours la mainmise sur sa mosquée montréalaise à partir de la Tunisie, a conclu la Cour supérieure dans un récent jugement.

Le tribunal a par ailleurs confirmé que Said Jaziri avait légalement le droit de tenir les rênes de la Mosquée al-Qods, rue Bélanger. Il contrôlait aussi l'association qui gère le lieu de culte, reconnue comme un organisme de bienfaisance sur le plan fiscal. Ces actifs sont évalués à 2,5 millions de dollars.

M. Jaziri s'était fait connaître il y a une dizaine d'années par ses déclarations homophobes et pour l'instauration de tribunaux religieux. Le Tunisien a été expulsé du Canada en 2007 pour avoir caché son passé criminel aux agents d'immigration et a été banni du territoire de façon permanente.

Il dirige maintenant un parti islamiste qui milite pour l'intégration de la charia dans la Constitution tunisienne, selon les médias locaux.

Or, «Saïd Jaziri continue de contrôler l'Association [coranique de Montréal] et la mosquée, comme tous les témoins entendus le confirment», a conclu la juge Claude Dallaire dans une décision étoffée rendue avant les Fêtes. «Il a pris, ou a demandé de prendre, tous les moyens disponibles pour ne pas perdre ce contrôle.»

Il a continué à exercer ce contrôle direct ou indirect depuis son expulsion. Entre-temps, il a été emprisonné en Tunisie, puis aux États-Unis, avant de faire de la politique.

À la mosquée al-Qods, l'homme qui a répondu au téléphone à La Presse hier a refusé d'être nommé. Il a confirmé que Saïd Jaziri dirigeait le lieu de culte à partir de la Tunisie, précisant toutefois qu'il ne faisait pas de microgestion. Il s'est dit très satisfait de la décision «juste» de la juge Dallaire.

Il ne lui était pas possible de nous mettre immédiatement en contact avec l'imam de la mosquée, «à l'étranger». M. Jaziri, pour sa part, serait présentement en Arabie saoudite.

Jaziri confirmé

La justice devait trancher entre deux groupes de fidèles qui s'opposaient pour diriger l'Association coranique de Montréal et, donc, de la mosquée al-Qods. Un groupe de fondateurs était centré autour de la famille Jaziri. D'autres fidèles, menés par Abdelkader Hassouna, voulaient démocratiser la gestion de la mosquée et avaient tenté d'écarter la vieille garde en 2011, d'où les procédures judiciaires.

Dans une décision très technique de 44 pages, la juge Dallaire plonge dans les subtilités du Code civil pour conclure que Saïd Jaziri a le droit de demeurer en poste.

Le tribunal déplore toutefois le fait que des éléments de preuve documentaire déposés par le clan Jaziri auraient été créés de toutes pièces en 2011 et datés de 2007. Ainsi, un document réglementaire n'était «qu'une fiction créée de toutes pièces pour les besoins de la cause», «étrangement en harmonie avec la thèse» défendue par le groupe.

Malgré cela, la juge Dallaire a donné raison à Saïd Jaziri et son clan.

«La décision parle par elle-même», a affirmé son avocat, Christian Dufour, qui a rejeté toute responsabilité quant aux éléments de preuve douteux.

Me Gilles Krief, représentant des fidèles contestataires, était déçu. «Je regrette que la Cour s'en soit tenue à une lecture strictement légale et n'ait pas vu le débat plus large et plus substantiel, a-t-il dit. Aujourd'hui, elle laisse la mosquée entre les mains d'un monsieur qui est en Tunisie et qui n'a aucune chance de revenir au Canada.» Ses clients n'ont pas rappelé La Presse.

«J'ai dérapé»

Saïd Jaziri a été un acteur incontournable de la crise des accommodements raisonnables, au milieu de la dernière décennie. Personnage coloré et polarisant, il avait notamment refusé que des participants à une émission de télévision boivent du vin en sa présence.

Des organisations de la communauté musulmane mont-réalaise s'en étaient dissociées après qu'il eut organisé une manifestation contre la publication de caricatures du prophète Mahomet par un journal danois.

En 2011, il avait admis à La Presse être tombé dans le fondamentalisme. «Au début, j'étais modéré, mais j'ai dérapé. Le résultat de trop de tensions, de l'ignorance aussi», disait-il.

Saïd Jaziri en quatre dates

  • Juin 2000: L'Association coranique de Montréal, à l'origine de la création de la mosquée al-Qods, est fondée par un groupe réuni autour de Saïd Jaziri. Ce sont des dissidents de la mosquée Badr, à Saint-Léonard.
  • Février 2006: Au plus fort de la crise des accommodements raisonnables, M. Jaziri organise une manifestation contre la publication de caricatures de Mahomet par un journal danois. Il devient rapidement un acteur important du débat qui déchire alors le Québec.
  • Octobre 2007: L'imam Jaziri est expulsé du Canada pour avoir menti sur ses antécédents criminels, ayant omis de déclarer qu'il avait été condamné en France pour des actes de violence.
  • Janvier 2011: Saïd Jaziri est arrêté à la frontière entre le Mexique et les États-Unis après avoir tenté de pénétrer sur le territoire américain dans le coffre d'une automobile. De sa cellule, il avait adressé ses excuses aux Québécois et avait dit qu'il voulait revenir au pays.

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