Inversion du pipeline Enbridge: Montréal craint pour l'eau potable

La Ville de Montréal craint pour son approvisionnement en eau potable avec le... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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La Ville de Montréal craint pour son approvisionnement en eau potable avec le projet de renversement du flux du pipeline 9 d'Enbridge, qui passe sous la rivière des Outaouais.

Deux déversements récents de pétrole lourd albertain aux États-Unis inquiètent Josée Duplessis, responsable de l'environnement au comité exécutif de la Ville de Montréal.

«C'est pour ça qu'on veut connaître leur stratégie en cas de déversement», affirme-t-elle.

Le conseil municipal de Montréal va par ailleurs se prononcer lundi sur une déclaration demandant «au gouvernement du Québec de réaliser une étude d'évaluation environnementale» sur le projet d'Enbridge.

Hier, au cabinet du ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, on s'est borné à répéter qu'il y aurait une consultation publique dans un délai raisonnable.

Le projet inquiète plusieurs municipalités, dont Sainte-Anne-des-Plaines et Terrebonne. Jeudi, le conseil municipal de Terrebonne a adopté une résolution demandant à «la première ministre du Québec de rassurer la population québécoise en rendant public le processus par lequel le gouvernement du Québec entend suivre chacune des étapes du projet».

Faisant bande à part, Laval n'a montré aucune inquiétude. «Je suis entièrement satisfait des informations que j'ai reçues», a déclaré la semaine dernière le maire Alexandre Duplessis, en entrevue au Courrier Laval.

La Ville de Montréal a déposé hier sa demande de participation aux audiences de l'ONE. «La Ville de Montréal désire que soient produites et rendues disponibles les analyses de risques concernant le tronçon de pipeline traversant la rivière des Outaouais, sachant que ce cours d'eau est une source d'approvisionnement d'eau potable pour l'agglomération de Montréal.»

La rivière des Outaouais se déverse dans le lac des Deux-Montagnes, qui lui-même alimente les rivières des Mille-îles, des Prairies et le fleuve Saint-Laurent.

C'est donc une source d'eau potable pour la plupart des usines d'eau potable de la région métropolitaine, y compris trois à Laval, sept dans la couronne nord et six à Montréal.

Le pipeline passe également sous les rivières des Mille-Îles et des Prairies pour atteindre Montréal-Est via Terrebonne et Laval.

Des craintes fondées

Le projet d'Enbridge permettrait d'acheminer du pétrole de l'Ouest, y compris du pétrole bitumineux, jusqu'à Montréal.

Deux déversements récents aux États-Unis sont de nature à inquiéter les responsables régionaux.

En 2010, dans le sud du Michigan, un autre pipeline d'Enbridge datant de 1969 s'est rompu et a déversé 4 millions de litres de bitume dilué albertain, polluant la rivière Kalamazoo.

Ç'a été l'occasion de constater que le bitume dilué ne flotte pas aussi bien que le pétrole standard. Cela rend le nettoyage des cours d'eau beaucoup plus problématique. Le nettoyage de ce déversement n'est pas terminé et a coûté 1 milliard à ce jour.

Et le mois dernier, un pipeline d'Exxon datant des années 1940 a déversé du bitume dilué albertain en Arkansas, polluant des cours d'eau dans une région écologiquement sensible.

La ligne 9 d'Enbridge relie Montréal et North Westover, en Ontario. Elle a été construite à la même époque que celle du Michigan.

Redevances demandées

Pour la ville de Sainte-Anne-des-Plaines, au nord de Montréal, le risque justifierait le paiement de redevances.

Un tronçon d'une dizaine de kilomètres de l'oléoduc d'Enbridge traverse cette ville de 15 000 habitants, qui vit en grande partie de l'agriculture. À l'instar de Montréal, cette municipalité craint que son approvisionnement en eau potable ne soit contaminé advenant une fuite de pétrole brut.

«Toute entreprise qui prend un risque s'attend à être compensée pour cette part de risque, écrit le maire de la ville, Guy Charbonneau, dans sa demande d'intervention devant l'ONE. La Ville de Sainte-Anne-des-Plaines demande donc que des redevances lui soient payées tout comme c'est le cas pour les éoliennes, les tours de transmission des télécommunications et les sites d'extraction de gaz ou de pétrole.»

Le maire soutient en outre que la conduite devrait être remplacée.

En entrevue, Éric Prud'Homme, chef, affaires publiques pour l'Est du Canada pour Enbridge, reconnaît que rien dans les documents officiels déposés par l'entreprise à l'ONE ne traite spécifiquement de la question de l'approvisionnement en eau potable.

«Les participants peuvent poser ces questions lors de l'audience et nous y répondrons», a-t-il dit.

***

Enbridge Québec participera aux audiences fédérales

Alors qu'il a promis de tenir sa propre consultation sur l'inversion du pipeline Enbridge vers Montréal, le gouvernement Marois entend aussi participer aux audiences fédérales sur ce projet qui amènera au Québecdu pétrole de l'Ouest. Le Procureur général du Québec a déposé un formulaire de participation à l'Office national de l'énergie à cet effet. Le document n'était pas accessible par le web dans la journée d'hier, et le cabinet du ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, a refusé de répondre aux questions de La Presse sur la possible participation de Québec aux audiences fédérales. Le formulaire est apparu sur le site de l'ONÉ en début de soirée. «Le projet soulève plusieurs questions d'intérêt pour le gouvernement du Québec, notamment son impact potentiel sur l'économie du Québec, l'environnement et les enjeux reliés à la sécurité et à la diversification des sources d'approvisionnement en pétrole», peut-on lire dans le document. On produira notamment une «étude d'impacts pour le Québec» sur la «viabilité des secteurs économiques... liés au pétrole».

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