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Un mode de financement de Vision Montréal jugé «préoccupant»

Un an après avoir quitté Vision Montréal, François... (Photo Hugo Sébastien Aubert, La Presse)

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Un an après avoir quitté Vision Montréal, François Croteau affirme que des activités de financement du parti l'avaient rendu «mal à l'aise».

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Malgré les scandales qui agitent le monde municipal, Vision Montréal a permis récemment à des entrepreneurs et à des promoteurs, non inscrits comme lobbyistes, d'avoir un accès privilégié à ses élus lors d'activités de financement ciblées, a constaté La Presse. Un modus operandi suffisamment «préoccupant» et «malsain» aux yeux du maire de Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau, pour le convaincre de claquer la porte du parti, il y a un an, puis de le dénoncer par écrit à la commission Charbonneau, révèle-t-il aujourd'hui.

En 2011, le parti Vision Montréal, plombé par une dette de plus de 800 000$, a organisé des «rencontres thématiques». Le principe est de rassembler des élus et des citoyens montréalais prêts à débourser 500$ à titre de contribution politique pour assister à une discussion sur un thème précis.

À deux occasions, dans ce contexte, Vision Montréal a sollicité d'importants acteurs de l'industrie de la construction et de l'immobilier. Par la suite, ces derniers ont pu promouvoir leurs dossiers, parfois avec insistance, auprès des élus présents, déplore le maire de Rosemont, qui porte aujourd'hui les couleurs de Projet Montréal.

Interrogé par La Presse, François Croteau est cinglant. «Je me suis senti piégé par mon propre parti», dit-il sans détour. En janvier 2011, il avait déclaré publiquement qu'il refusait de «rencontrer tout promoteur privé ou particulier» dans l'exercice de ses fonctions pour respecter des «principes d'éthique rudimentaires» et «être au dessus de tout soupçon de conflit d'intérêts, de favoritisme, de malversations».

Avec ces déjeuners-causeries thématiques, qui a priori ne sont pas illégaux, Vision Montréal a «joué avec le feu», estime-t-il. «Les gens sont là uniquement pour faire avancer leurs dossiers. Ils s'attendent à un retour d'ascenseur. Pour moi, cela s'assimile à du financement sectoriel.» Une pratique que Louise Harel a juré avoir bannie de son parti dans la foulée de l'éviction de Benoit Labonté en octobre 2009. François Croteau n'est pas de cet avis, et c'est pourquoi il s'est décidé à dénoncer par écrit la situation à la commission Charbonneau, au printemps dernier.

Les «gens» dont parle l'élu de Rosemont sont discrets. Ils ne font pas partie des cartels des égouts, des trottoirs ou de l'asphalte qui sont les vedettes de la commission Charbonneau. Pourtant, il suffit de regarder le ciel de Montréal et de compter les grues et les tours qui poussent pour constater leur omniprésence. Ils sont promoteurs, mais aussi urbanistes ou encore architectes. Et ils sont tout aussi présents dans les activités de financement - un exemple de «proximité malsaine», selon M. Croteau.

Pas inscrits comme lobbyistes

L'une des deux activités considérées comme problématiques s'est déroulée en juin 2011 dans un restaurant à deux pas du futur quartier Griffintown. La Presse a constaté dans les états financiers du parti que 8 des 11 «citoyens» donateurs qui ont assisté à ce «déjeuner thématique» sont des dirigeants des groupes Coprim, Maître Carré, Axxco et Prével - tous des promoteurs immobiliers. Les dirigeants ou représentants de trois importants cabinets d'architectes et d'urbanistes étaient aussi présents.

Après vérification, aucun ne figure au registre des lobbyistes. L'article 2 de la Loi sur la transparence et l'éthique oblige pourtant quiconque souhaite communiquer avec un «titulaire de charge publique» à s'inscrire au registre. S'en abstenir est illégal, explique le porte-parole du Commissaire au lobbyisme.

Dans la salle se trouvaient aussi les maires des arrondissements du Sud-Ouest, de Villeray-Parc-Extension, de Pointe-aux-Trembles-Rivière-des-Prairies et de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, tous de Vision Montréal.

Les donateurs présents avaient un oeil sur des projets immobiliers ou étaient déjà engagés dans certains projets de la métropole - en particulier sur le territoire de l'un des maires présents. Il s'agit d'un vaste secteur du Sud-Ouest, qui comprend Griffintown et le bassin du Havre, le long du canal de Lachine. Le «Klondike», comme l'annonce Prével sur son blogue.

Officiellement, ils étaient venus entendre le maire d'arrondissement François Croteau, qui faisait un doctorat en études urbaines, évoquer la vision de son parti d'alors en matière d'urbanisme.

L'opération était organisée par Soraya Martinez, actuelle chef de cabinet de Louise Harel, et Jocelyne Cyr, responsable du financement.

«Sauf que je me suis rapidement rendu compte, lorsque la période des questions a débuté, que tous ces gens n'étaient pas là pour le contenu de la conférence, mais pour exposer les problèmes qu'ils vivaient entre autres dans mon arrondissement», raconte François Croteau.

«Leurs questions étaient ciblées. Je me sentais très mal à l'aise.» L'un des promoteurs, qui a «lâché son fiel» contre les lourdeurs de la réglementation, s'est même permis de dire: «Moi, j'ai payé 500$, vous allez me laisser parler.»

«Contre mes valeurs»

François Croteau affirme qu'il a mis fin abruptement à la période de questions. Il raconte qu'à peine assis à sa table, il a été de nouveau harcelé par d'autres entrepreneurs - en particulier par un promoteur qui avait vainement tenté de le rencontrer à sa mairie. «Au parti, on avait insisté pour que je le rencontre, ce que j'avais refusé. Étrangement, il était assis en face de moi. Il m'a attaqué parce qu'il n'avait pas son permis. Je me suis énervé. J'ai haussé le ton.» Mme Harel lui aurait alors demandé de se calmer et de «collaborer» avec les donateurs du parti.

François Croteau dit que, fâché et se sentant piégé, il a alors quitté la table et tenté de sortir de la salle. «Je me suis retiré, car ça allait contre mes valeurs.»

«Ces gens-là ne sont pas à la commission Charbonneau, ils ne sont pas véreux ni corrompus», réplique le maire du Sud-Ouest, Benoît Dorais, qui était présent ce jour-là.

Néanmoins, c'était la seconde fois en quelques mois que le maire de Rosemont se sentait «mal à l'aise». Le 19 janvier, il s'était retrouvé en compagnie de la plupart des mêmes promoteurs dans un brunch à 500$ organisé par Serge Paquette, associé directeur de la firme de relations publiques National. Le parti a récolté 9000$ lors de cette rencontre avec Mme Harel et ses conseillers. Bien que les invitations aient été envoyées de l'adresse de courriel professionnelle de M. Paquette, Vision Montréal affirme à La Presse qu'il s'agissait d'une initiative personnelle de sa part.

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