La Ville choisit de déplacer les ossements de 162 Montréalais

Le «cimetière de l'ancienne église Notre-Dame», en activité... (Photo: David Boily, La Presse)

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Le «cimetière de l'ancienne église Notre-Dame», en activité de 1683 à 1796, contiendrait 5000 dépouilles.

Photo: David Boily, La Presse

La Ville de Montréal est souvent tombée sur un os au cours des travaux de réaménagement de la place d'Armes et du square Dorchester. Littéralement.

Dans les dernières années, des archéologues ont exhumé les ossements de 162 Montréalais enterrés sous ces deux places publiques. Les os, nettoyés et classés, patientent depuis quelques années dans des locaux municipaux.

L'attente tire toutefois à sa fin puisque la Ville vient tout juste d'approuver une entente pour déménager ces restes humains au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le mont Royal. Une décision que déplorent l'Écomusée de l'Au-Delà et au moins un des archéologues qui ont participé aux fouilles.

«Les détails ne sont pas encore réglés, mais il est clair pour l'instant qu'un monument sera érigé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges pour bien désigner où se trouvent les ossements», précise Gilles Dufort, de la division Culture et patrimoine de la Ville.

Personne n'a été surpris par ces découvertes. Situées au coeur de Montréal, les deux places ont longtemps abrité des cimetières, parmi les plus anciens de la ville. Certains Patriotes, de même que des victimes de l'épidémie de choléra de 1832, y ont notamment été enterrés.

Les travaux à la place d'Armes ont commencé en 2009. Des archéologues ont toutefois fait les premiers prélèvements devant la basilique Notre-Dame dès 2004. Leurs efforts ont vite permis de circonscrire le lieu de ce qui pourrait constituer le cimetière le plus ancien de Montréal après celui de Pointe-à-Callière.

Le «cimetière de l'ancienne église Notre-Dame», en activité de 1683 à 1796, contiendrait 5000 dépouilles. Cent cinquante d'entre elles ont été exhumées et entreposées à la Réserve des collections archéologiques de la Ville de Montréal, au centre-ville.

Les restes de 12 autres Montréalais ont connu le même sort au square Dorchester et à côté, à la place du Canada, où ont lieu des travaux. Environ 55 000 corps ont été inhumés entre 1799 et 1855 à cet endroit, qui a accueilli l'ancien cimetière Saint-Antoine avant de devenir une place publique.

Les laisser sur place?

La décision de déplacer ces restes humains ne plaît pas à l'Écomusée de l'Au-Delà, un organisme voué à la défense du patrimoine funéraire du Québec. Selon son directeur, ce choix trahit «une peur de la mort à Montréal».

«Nous sommes déçus du choix de la Ville. Nous pensons que les sépultures auraient pu être réinhumées sur place une fois les travaux terminés, explique Alain Tremblay. Ç'aurait été une bonne façon de mettre en lumière l'existence passée de ces cimetières.»

Il juge que la Ville traite injustement ces anciens cimetières. «Le premier cimetière de Montréal est à Pointe-à-Callière. On fait tout un plat avec ça, et c'est du patrimoine, dit-il. Là, quand on arrive au cimetière de la première église Notre-Dame, qui est le deuxième ou le troisième à Montréal, on doit déplacer les dépouilles et ce n'est pas grave.»

À la Ville, on explique que la décision de réinhumer les dépouilles au cimetière Notre-Dame-des-Neiges vise à les protéger durant les travaux. L'archéologue François Bélanger, de la Ville, rappelle qu'une infime partie des sépultures qui se trouvent sous les deux places ont été dérangées et uniquement «lorsqu'on n'avait pas le choix».

«L'objectif était bien sûr de déplacer le moins possible ces sépultures, explique-t-il. Mais, dans certains cas, on a dû faire un prélèvement dans le but de les protéger parce qu'il y avait un projet de construction qui menaçait de les détruire.»

Le bio-archéologue Robert Larocque a participé aux fouilles à la place du Canada et au square Dorchester. Selon lui, le déplacement de sépultures en milieu urbain n'est pas la règle. «Ça arrive parfois, bien sûr, mais ce n'est pas la norme, précise-t-il. Personnellement, j'aurais peut-être préféré que les ossements soient réinhumés sur place, avec un monument pour commémorer les cimetières. Je suis plutôt de l'avis de M. Tremblay. Je pense que ç'aurait été plus approprié.»

Selon le spécialiste, la Ville rate une belle occasion de «souligner qu'il y a eu des sépultures à ces endroits».

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