Sabotage, incendies et vandalisme: pluie d'accusations contre un pilote

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Sabotage de lignes électriques, véhicules vandalisés, incendies criminels de maisons, dont une abritant des enfants : le dirigeant d'une entreprise d'aviation des Laurentides a été accusé hier d'avoir créé un climat de terreur à l'encontre de divers organismes publics, mais aussi contre de simples citoyens qui avaient le malheur de croiser son chemin.

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Deux fonctionnaires de la Ville qui avaient été assignés à témoigner contre lui en cour ont été victimes de l'incendie de leur demeure.

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Normand Dubé détestait particulièrement qu'on abîme sa pelouse. Il ne pouvait le supporter. Comme il ne pouvait supporter que la Ville lui réclame de plus en plus de taxes, que les douaniers se mêlent de ses importations, que des transactions d'affaires ne tournent pas à son goût.

M. Dubé, qui fait le taxi en hélicoptère pour des clients fortunés et possède une entreprise de vente et de réparation d'aéronefs à Sainte-Anne-des-Plaines, a été impliqué dans une longue série de litiges judiciaires.

Le plus virulent l'opposait à Hydro-Québec, qui détenait une servitude sur le grand terrain gazonné de son entreprise d'aviation afin de pouvoir faire l'entretien d'une ligne électrique. M. Dubé était furieux que les camions d'entretien de la société d'État laissent des ornières dans le gazon en venant faire l'entretien de la ligne.

Un conflit qui dégénère

Une série de jugements des tribunaux raconte comment la situation a dégénéré. M. Dubé a avoué qu'il avait poussé et frappé un employé d'Hydro qui a déboulé un escalier sur sa propriété. Il a aussi bloqué les camions des monteurs de lignes de diverses manières. Il appelait souvent les médias pour en faire un spectacle. Lorsqu'un policier s'est interposé, il l'a traîné avec sa camionnette sur une grande distance.

Un juge a décrété que le pilote présentait les caractéristiques d'un plaideur quérulent et a souligné le « tempérament bouillant, prompt et malicieux de M. Dubé qui manie allègrement les insultes, les menaces de plaintes, de poursuite, ou de faire les manchettes du Journal de Montréal ».

Mais les démarches de l'aviateur ont parfois été couronnées de succès : en 2011, Hydro-Québec a dû lui verser 50 000 $ en dommages pour les multiples empiétements sur son gazon.

M. Dubé avait aussi des déboires avec Sainte-Anne-des-Plaines, car il ne s'entendait pas sur l'évaluation municipale de son terrain. Il était aussi en conflit avec l'Agence des services frontaliers, qui avait bloqué l'importation d'un aéronef en raison d'un différend fiscal. Il s'est de plus empêtré dans diverses poursuites civiles au terme de transactions d'affaires.

Un gang de fier-à-bras

Mais selon une enquête de la Sûreté du Québec, Normand Dubé ne livrait pas seulement bataille devant les tribunaux.

Mardi, les policiers l'ont intercepté alors qu'il sortait du Café Bistro l'Ancestral, à Sainte-Anne-des-Plaines, avec un ami, le comédien et pilote Gaston Lepage.

« C'était musclé, mais ils ne l'ont pas battu », a raconté M. Lepage lorsque joint par La Presse.

Normand Dubé a comparu hier au palais de justice de Saint-Jérôme. Il fait face à une pluie d'accusations criminelles.

Selon l'enquête policière, il aurait utilisé un avion pour se livrer à trois actes de sabotage contre des lignes à très haute tension d'Hydro Québec reliant la baie James au sud du Québec, le 4 décembre dernier.

Usant d'un stratagème qui n'a pas été dévoilé, il aurait déclenché les disjoncteurs sur les lignes et privé 188 000 clients d'électricité. Une manoeuvre « extrêmement dangereuse », selon une source au courant du dossier.

L'aviateur aurait aussi embauché un gang de fier-à-bras pour s'en prendre à ses opposants. Il aurait notamment commandé l'incendie criminel de trois maisons.

Deux fonctionnaires de la Ville qui avaient été assignés à témoigner contre lui en cour ont été victimes de l'incendie de leur demeure.

Dans l'un des cas, une femme et deux enfants étaient à la maison lorsque quelqu'un a fracassé leur fenêtre et lancé un cocktail Molotov à l'intérieur, selon le journal local L'Écho de la Rive-Nord. La dame a pu éteindre le feu et personne n'avait été blessé.

Le véhicule et la maison d'une cadre de l'Agence des services frontaliers ont aussi été la cible d'un incendie criminel. Un homme qui avait été impliqué dans une transaction avortée avec M. Dubé a vu son hélicoptère et son hangar vandalisés. Un avocat dont les clients avaient eu un litige avec M. Dubé a quant à lui subi des dommages sur sa voiture.

Harcèlement

Normand Dubé est en outre accusé d'avoir harcelé criminellement des huissiers, des fonctionnaires et des particuliers. Au total, il aurait fait 13 victimes, selon l'acte d'accusation.

« Parfois, on a des citoyens qui peuvent élever le ton, comme partout. Mais on n'avait jamais vécu quelque chose comme ça. On avait averti tout le monde de maintenir la ligne même s'il était agressif, de ne pas plier sous la menace. Les policiers ont mis le paquet », raconte le directeur général de Sainte-Anne-des-Plaines, Serge Lepage.

« Ils font toutes sortes d'allégations, je suis estomaqué. Je ne connais pas le Normand Dubé que l'on a décrit », affirme de son côté son ami Gaston Lepage.

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