Une envie de tuer «venue d'un coup»

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Lors de son interrogatoire, Jean-Michel Legault (à droite) a confié qu'il avait continué à vivre sa vie normalement après avoir tué son ami.

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Jean-Michel Legault est un jeune homme bien sous tous les rapports. Âgé de 25 ans, bien de sa personne, poli, avec un travail qui lui plaît, une bonne paie, une blonde qu'il aime. Il ne fume pas, sinon un petit joint de temps en temps, boit peu et a un passé avec «zéro» problème de violence, comme il le précise lui-même.

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Jean-Michel Legault

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Jeff Francis Muzzin

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Pourtant, c'est lui qui est assis dans cette salle d'interrogatoire de la Section des homicides, en ce matin du 24 avril 2012. En face, l'enquêteur Yves Beaulieu, du SPVM. Ce géant au tempérament affable a 33 ans de métier derrière sa cravate de policier. Des tueurs, il en a vu.

Mais aujourd'hui, son incompréhension semble bien réelle.

Le jeune Legault est le suspect du meurtre de Jeff Francis Muzzin, dont la disparition a été signalée une semaine auparavant, le 17 avril.

Le cadavre de Muzzin, 24 ans, a été découvert cinq jours plus tard, dans le coffre de sa voiture, à Pierrefonds. Il a été poignardé à de multiples reprises.

Jean-Michel Legault a été arrêté chez lui, à l'aube du 24 avril.

«On sait que c'est toi. On a les preuves, dit tranquillement l'enquêteur Beaulieu. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi. J'ai besoin de comprendre. T'as pas le profil. T'es pas un junkie. T'es pas un tueur en série. T'es pas un gars à problème...»

Cet interrogatoire, filmé il y a bientôt trois ans, a été montré cette semaine au jury chargé de juger Jean-Michel Legault. Il est accusé du meurtre prémédité de celui qu'il surnommait Ti-Jeff, un ami.

Bienséance

L'interrogatoire se déroule dans une atmosphère de bienséance absolue.

Mais les mots sont terriblement lourds.

Avenant, le jeune Legault répond de bonne grâce aux questions, mais quand le policier aborde les événements fatidiques, il invoque son droit au silence.

«T'as le droit», répond le policier, qui continue de parler, parler, parler.

Dans ce long monologue qui durera près de deux heures, l'enquêteur étale les preuves. Le meurtre de Muzzin est survenu un peu après 18h30, dans la pépinière de L'Île-Bizard, où le jeune Legault travaille. Des caméras de surveillance ont filmé le crime.

«C'est toi qu'on voit en train de le poignarder. C'est toi qu'on voit en train de faire le nettoyage du sang avec la hose. C'est toi qu'on voit le transporter en le glissant sur une bâche», lâche le policier.

Legault ne proteste pas.

Dans les enquêtes de meurtres, les indices sont parfois rares. Mais là, outre les vidéos, il y a ces 25 textos que se sont échangés Legault et la victime, dans les heures précédant sa disparition.

Une idée

«Je le sais pas, ce qui m'est passé par la tête», finira par dire Jean-Michel Legault. Il raconte que, en dehors de son travail, il a toujours eu un petit side line de vente de mari. Des transactions peu fréquentes, tous les deux mois, qui lui rapportaient environ 50$ la livre.

Cet après-midi-là, il a appelé Muzzin pour lui dire qu'il avait cinq livres de mari à vendre. Muzzin est arrivé à la pépinière vers 18h30. Les autres employés étaient partis. Legault a ouvert la barrière pour laisser entrer la voiture de Muzzin.

«Quand la gate s'ouvre, as-tu une idée dans ta tête? demande l'enquêteur.

- C'est venu d'un coup, répond l'autre.

- L'idée de le tuer ou de le voler? enchaîne l'enquêteur.

- Je pense que c'était les deux en même temps», dira Legault.

L'enquêteur continue de poser ses questions.

Legault a sorti son couteau. Muzzin a compris, s'est enfui en courant.

Il a été rattrapé et atteint de 34 coups de couteau.

L'argent

Après avoir déposé le cadavre dans le coffre, Legault est allé garer la voiture de Muzzin sur la rue Louis-Fréchette, à Pierrefonds, où elle serait retrouvée cinq jours plus tard. Il est rentré chez lui à pied.

Legault pense avoir récolté peut-être 2000$.

L'argent comme mobile?

Oui, mais pas vraiment, soupèse Legault. Il ne sait pas pourquoi c'est arrivé. Muzzin lui faisait confiance.

L'enquêteur veut savoir comment il s'est senti, après.

«Je dormais le soir. J'allais manger avec ma blonde au restaurant. On écoutait des films. Je travaillais tous les jours. C'est vraiment bizarre, comme si rien ne s'était passé», s'étonne Legault.

L'enquêteur remarque que cet apparent détachement est visible sur les vidéos.

Cette absence de réaction n'est pas nouvelle, expliquera Legault. Quand il était jeune, sa mère l'a souvent amené consulter des psychologues, parce qu'il ne parvenait pas à exprimer ses émotions.

«C'est pas que j'en ai pas», assure-t-il.

Legault est orphelin. «Quand ma mère est morte, je n'ai pas pleuré», précise-t-il.

Au terme de l'entretien, ce jour-là, Legault est avisé qu'il sera accusé de meurtre prémédité l'après-midi même.

Le procès devant jury se poursuit aujourd'hui. Me Jacques Dagenais représente la Couronne, tandis que l'accusé est défendu par les avocats Catherine Ranelli et Ngoc Thang Nguyen.

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