Battu dans un bar au Mexique, un policier raconte son calvaire

Shane Kenneth Maloney en fauteuil roulant.... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Shane Kenneth Maloney en fauteuil roulant.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

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Daniel Renaud
La Presse

Journée éprouvante, hier, pour un jeune enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Pour la première fois, il a raconté comment il a été violemment battu dans un bar de Playa del Carmen, le 9 janvier 2011. Et pour la première fois, il a revu les deux hommes soupçonnés d'être ses agresseurs, Marc-André Lachance et Shane Kenneth Maloney, dont l'enquête préliminaire dans cette affaire se tient cette semaine.

Avec aplomb, l'enquêteur, dont on ne peut révéler l'identité, a raconté comment ses vacances et celles de sept collègues qui l'accompagnaient ont viré au cauchemar.

Tout a commencé durant l'après-midi, sur la plage, lorsqu'ils ont croisé deux policiers - l'un du SPVM et l'autre de la police de Longueuil - qui fraternisaient avec des individus arborant des tatouages ailés, comme ceux des motards criminels.

Le soir même, ils sont sortis au bar Blue Parrot et ont vu les deux mêmes policiers serrer la main et faire des accolades à des individus qui entraient et sortaient d'une tente VIP, dont Marc-André Lachance, qui faisait alors l'objet d'une enquête de la Sûreté du Québec baptisée Carcan.

«C'est un comportement que je n'approuve pas, contraire à l'intégrité», a expliqué le policier. Il a alors emprunté l'appareil photo d'un compagnon «pour photographier les deux policiers» afin qu'une enquête soit faite sur eux à son retour à Montréal.

Une dernière photo

Toute la soirée, il a pris des photos plus ou moins réussies des suspects. Alors qu'il s'apprêtait à quitter les lieux, il est passé devant la tente VIP et a vu Lachance, qui se tenait immobile. Il a voulu prendre une dernière photo. Mal lui en prit.

Le paparazzi improvisé a été trahi par son flash et Lachance l'a vite repéré. Le policier a aussitôt été agrippé par plusieurs individus, qui ont saisi son appareil et l'ont emmené dans l'abri, où Lachance et d'autres personnes l'ont soumis à un barrage de questions.

«Il me demandait pourquoi je l'avais pris en photo. Je ne voulais pas dire que j'étais policier, car je savais qu'il y avait une enquête sur lui et je ne voulais rien compromettre», a dit le policier. Il a plutôt maladroitement répondu qu'une personne lui avait demandé de prendre des photos en échange de 100$.

Interrogatoire

La réponse n'a pas plu à Lachance, qui a redoublé d'agressivité et asséné un premier coup de poing au visage du policier, en plus de lui arracher son chandail et sa chaîne. «Je me suis mis à saigner abondamment du nez. J'avais le torse plein de sang», a-t-il dit.

Puis un homme en fauteuil roulant s'est joint à Lachance pour le questionner: Shane Kenneth Maloney. S'en est suivi un impitoyable interrogatoire, marqué par un crescendo de violence et ponctué de pauses au cours desquelles les individus vérifiaient chacune des informations livrées au compte-gouttes par leur victime, dont la résistance diminuait.

Après avoir été frappé plusieurs fois à coups de poing et de pied, l'homme a reçu un coup au visage qui le marquera pour toujours.

«Ma tête a été projetée et je me suis vu dans un miroir. Je ne me reconnaissais plus. Mon oeil était fermé et j'ai senti un liquide couler. Je croyais que mon oeil était crevé. Je l'ai dit à Lachance, mais il m'a dit qu'il s'en foutait, en me menaçant de me crever l'autre oeil avec un crayon», a-t-il poursuivi.

Aveu

Sa résistance brisée, il a fini par admettre qu'il était policier, ce qui a mis les suspects dans l'embarras.

«Lachance a dit qu'il fallait creuser un trou pour que je reste au Mexique. À ce moment, j'ai eu la peur de ma vie et je croyais que c'était terminé», a-t-il dit.

Mais les suspects ont fini par le laisser partir en lui ordonnant de dire que des Mexicains l'avaient battu. Ils lui ont également fait des menaces. Il était 5h37 le matin.

«Maloney m'a dit, en pointant Lachance, que si jamais il lui arrivait quelque chose, c'est ma famille et moi qui allions être tenus responsables.»

C'est pour ces menaces alléguées que les deux hommes sont accusés. Ils n'ont pas été accusés d'avoir battu le policier, car le crime a été commis au Mexique. C'est justement sur cette question de juridiction que les avocats de la défense, Me Gary Martin, Me Dominique Shoofey et Me Gunar Dubé, se battront pour éviter que leurs clients soient inculpés.

Le policier a passé cinq heures sur la table d'opération pour recevoir des plaques de titane visant à réparer une dizaine de fractures au visage.

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