Griffintown: une coop d'habitation démolie d'urgence

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Des travaux d'excavation qui se déroulent juste à côté jumelés à la rupture d'une conduite d'eau semblent avoir causé un affaissement du sol, menaçant la stabilité de la coopérative de cinq logements située rue de la Montagne, à l'intersection de Wellington.

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La vie de Nicole Bagnato s'est effondrée. Au sens propre. L'immeuble où elle habitait depuis près de 40 ans dans Griffintown a dû être démoli d'urgence, dimanche. Calme, mais le coeur en miettes, elle a regardé la pelle mécanique détruire tous ses avoirs. Toute la soirée, elle a gardé espoir de récupérer le plus précieux d'entre tous : l'urne contenant les cendres de son mari mort subitement il y a deux ans.

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On peut apercevoir l'urne du mari de Nicole Bagnato alors que la démolition de la coopérative est en cours.

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« Ça fait beaucoup d'affaires à gérer en même temps, beaucoup d'émotions... Ça faisait 38 ans qu'on habitait là, 38 ans de souvenirs. C'est tout ce qu'on avait », laisse-t-elle tomber, les yeux rivés sur la coopérative d'habitation Sainte-Anne où elle a élevé sa famille avec son mari Frank, emporté par une crise cardiaque à 60 ans.

Des travaux d'excavation qui se déroulent juste à côté jumelés à la rupture d'une conduite d'eau semblent avoir causé un affaissement du sol, menaçant la stabilité de la coopérative de cinq logements située rue de la Montagne, à l'intersection de Wellington. Dimanche, des travaux de sécurisation des lieux se sont déroulés toute la journée, jusqu'à la démolition, tard en soirée.

Dans la voiture avec Mme Bagnato, ses deux filles et sa soeur, aussi évacuée d'urgence, attendaient le coup de grâce.

« C'est comme si on passe au feu, tranquillement pas vite... Ça étire la douleur », compare la fille de Mme Bagnato, Dominique, qui a grandi dans cet immeuble. « Les photos de mon père et de mes enfants quand ils étaient bébés sont presque toutes sur l'ordinateur de ma soeur [qui habitait encore avec sa mère]. On va voir l'ordinateur tomber dans le trou », se désole-t-elle.

«J'ai besoin de le voir pour y croire. On dirait que si je ne le vois pas, ce ne sera pas réel... et j'attends de voir si je pourrai récupérer mon urne.»

Nicole Bagnato

Plusieurs scénarios ont été envisagés par les pompiers pour récupérer l'objet de grande valeur sentimentale.

« Avant la démolition, on a réalisé que c'était impensable d'envoyer quelqu'un. On s'est dit : "Si on envoie quelqu'un pour l'urne et que la bâtisse s'effondre, on n'est pas d'avance" », a expliqué Claude Deschuymer, chef de division aux opérations du Service de sécurité incendie de Montréal.

Les équipes sur place avaient espoir de pouvoir compter sur un mur de soutien mitoyen qui aurait permis, après une démolition partielle, de monter chercher l'urne une fois la bâtisse sécurisée. Or, la réalité en a voulu autrement, lorsque la démolition a été entreprise.

« On a réalisé que le mur coupe-feu que l'on croyait présent n'était en fait qu'un simple mur. On n'a pas eu le choix d'ajuster notre technique d'intervention », a expliqué M. Deschuymer, en soirée, au moment où la pelle mécanique arrachait le mur du salon de Mme Bagnato. Au troisième étage, tous pouvaient voir l'urne, posée sur une petite table. La douleur n'était que plus grande pour la famille, qui regardait silencieusement la triste scène.

« On verra s'il sera possible pour la famille de la récupérer dans les débris », a spécifié M. Deschuymer. 

TRISTE SPECTACLE

Jocelyne Marcotte, une autre soeur de Mme Bagnato, et son mari Bernard vivaient dans la coopérative. Leur logement était juste au-dessus de la partie de l'édifice la plus à risque. Elle raconte que la fin de semaine de Pâques, il y a eu une rupture d'un tuyau d'eau et la partie excavée du projet immobilier voisin s'est retrouvée inondée. Quelques jours plus tard, le 1er avril, le promoteur est venu cogner à la porte de la coopérative.

«Le responsable avait l'air blême. Il nous a dit qu'on était mieux de se tenir à l'autre extrémité de la maison. Environ 15 minutes après, un inspecteur de la Ville est venu et nous a dit d'évacuer les lieux. Je suis sortie et finalement je ne suis jamais retournée.»

Jocelyne Marcotte
À propos de l'évacuation du logement qu'elle occupait dans la coopérative d'habitation Sainte-Anne

Mme Marcotte et son mari ont regardé la lente démolition du lieu où ils vivaient depuis près de 40 ans.

« Regarde, c'est ma garde-robe qu'ils sont en train d'arracher, a commenté Mme Marcotte. Ça, c'est mon manteau de cuir. Il est encore dans la housse. Je ne l'ai jamais porté. »

Elle croit que l'adrénaline l'aide à être plus zen. Pour son mari, la perte de ses poupées de collection Royal Dalton est la plus douloureuse.

« C'est ma mère qui m'en ramenait une chaque fois qu'elle allait en Angleterre, a-t-il confié, ému. Ça me fait mal au coeur... Mais comme je dis, on doit continuer. C'est vraiment triste, mais on est vivants. Ça ne s'est pas effondré sur nous. »

À QUI LA FAUTE ?

Un projet immobilier est en construction sur le terrain voisin de la coopérative, rue de la Montagne. La coopérative a dû être démolie parce que la structure n'était plus sécuritaire.

« Un vide s'est créé en dessous du bâtiment à cause de plusieurs facteurs qu'on va vouloir éclaircir au courant de la semaine ; tant le promoteur, la Ville, que les différentes instances, a expliqué le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, qui a passé une partie de la journée sur place.

La coopérative comprend un deuxième bâtiment adjacent, qui a aussi été évacué, mais qui devrait éviter la démolition.

« Pour l'instant, ce qui compte, c'est de permettre aux locataires du deuxième bâtiment de le réintégrer dès que possible, a expliqué le maire. Sur les différents facteurs, comme les raisons et les responsabilités, aujourd'hui, ce n'était pas du tout la préoccupation. On s'en occupe, bien sûr, mais on va faire la lumière là-dessus dans les prochains jours. »

Au moment du publier, la démolition venait d'être complétée. L'urne, qui a finalement été préservée, a été remise à Nicole Bagnato au cours de la nuit.

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