Des braqueurs voulaient kidnapper le président de la Banque Royale

Quatre voleurs de banque ont comploté en 2013... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Quatre voleurs de banque ont comploté en 2013 pour prendre en otage le président de la Banque Royale du Canada au Québec et mettre la main sur des millions de dollars qui transitent dans des chambres fortes de la Place Ville Marie.

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Daniel Renaud
La Presse

Le président de la Banque Royale du Canada au Québec a été la cible en 2013 d'un spectaculaire complot d'enlèvement fomenté par des voleurs de banques endurcis, dont un ancien complice du célèbre braqueur Marcel Talon. La police croit, sans avoir pu le démontrer, que les suspects auraient voulu menotter leur otage à une mallette contenant une bombe contrôlée à distance, dans le but de mettre la main sur des millions de dollars qui transitent dans des voutes de la Place Ville-Marie. Un résumé de Daniel Renaud.

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Gilles Pinsonneault

Photo fournie par le SPVM

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Denis Paquette

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Quatre accusés plaident coupables

Les détails de cette fascinante affaire ont été dévoilés cette semaine au palais de justice de Montréal lorsque les quatre accusés, Gilles Pinsonneault, 69 ans, Denis Paquette, 67 ans, Michel Renaud, 67 ans, et Denis Pouliot, 56 ans, ont plaidé coupable, en gros, à des accusations de complot d'enlèvement et de vol qualifié, et de possession d'armes et d'explosifs. Ces plaidoyers ont mis fin à quatre ans de procédures marquées notamment par le rejet, par la juge Manon Ouimet, de la Cour du Québec, d'une requête en arrêt des procédures de type Jordan présentée par la défense.

Un président en otage

Les quatre hommes ont été arrêtés en juin 2013 par les enquêteurs des Crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Entre mars 2013 et leur arrestation, ils ont ébauché un plan pour enlever le président de la direction de la Banque Royale au Québec, Martin Thibodeau, à sa résidence de Hampstead, dans l'ouest de l'île de Montréal. Ils auraient ensuite voulu se servir de leur victime devenue otage pour se rendre au lieu de travail de ce dernier, Place Ville Marie, et mettre la main sur des sommes colossales qui arrivent dans des camions blindés et qui transitent dans des chambres fortes quotidiennement.

Espionné à sa résidence

Durant au moins deux jours, les vendredis 7 et 14 juin 2013, les suspects ont garé une Mazda Protegé appartenant à un prête-nom devant la résidence de M. Thibodeau. Dans celle-ci, ils avaient empilé sur la banquette arrière des boîtes dans lesquelles ils avaient installé une caméra vidéo qui pointait vers la maison. Lors des perquisitions plus tard, les policiers ont retrouvé dans la voiture de l'un des suspects un écran de télévision et de l'équipement permettant de visionner les images de la caméra. Ils ont aussi trouvé une photo en noir et blanc du président. Celui-ci a appris l'existence du complot fomenté contre lui le jour de l'arrestation des suspects, le 14 juin 2013. Les policiers croient qu'ils étaient sur le point de passer à l'action lorsqu'ils les ont arrêtés.

Surveillance et repérage

Selon le résumé des faits lu par le procureur Martin Chalifour, les suspects ont passé plusieurs heures à surveiller les entrées et sorties à Place Ville Marie. Ils ont fait également du repérage dans un petit centre commercial situé à environ un kilomètre de la maison de leur victime, où ils prévoyaient amener celle-ci après l'enlèvement et la transférer dans un autre véhicule. Ils ont choisi cet endroit car ils n'y ont vu qu'une seule caméra de surveillance. Les suspects avaient aussi en leur possession deux camions blancs volés et maquillés, devant vraisemblablement servir à effectuer les transferts et récupérer et transporter l'argent. Ils auraient également voulu s'emparer d'un camion de Postes Canada, pour une raison qui demeure encore inconnue.

Mallette explosive

Lors de la perquisition chez Denis Paquette, des enquêteurs ont eu la surprise de leur vie de trouver une valise contenant une bombe de style tuyau. Celle-ci, qui aurait pu faire des ravages à 100 mètres à la ronde, a été désamorcée par un robot du SPVM. Dans un rapport de la police obtenu par La Presse en mai 2014, il était écrit qu'une paire de menottes était attachée à la poignée de la mallette et que la bombe pouvait être actionnée à distance. La police n'exclut pas que les suspects aient voulu menotter leur victime à cette valise, pour la contrôler à distance ou forcer la banque à leur donner accès aux chambres fortes, mais cela n'a pas été démontré durant les procédures. On ne sait pas comment les suspects voulaient enlever le président de banque et perpétrer le vol, ce qu'ils appelaient « la finition ».

AK-47, Magnum 44 et menottes

Les suspects étaient très prudents et bien équipés. Lors des perquisitions, les policiers ont retrouvé, outre la bombe, des armes AK-47 et de calibre 9mm, un Magnum 44, des vestes militaires, des vestes tactiques, sept masques en plastique, des cagoules, des gants, des menottes et du répulsif à chiens et à ours. Ils avaient des téléphones cellulaires identifiés par des lettres, « au cas où ils les échappent sur la job ». Ils conduisaient avec des gants, se préoccupaient de ne pas laisser de traces et faisaient de la contre-filature. Une fois, ils ont d'ailleurs repéré les fileurs de la police et ont déplacé leurs camions vers une autre cachette. Un des camions, qui contenait 27 sacs de hockey en nylon vides, deux fusées routières, un bidon d'essence, une toilette portative et des rouleaux de papier hygiénique, a été retrouvé des mois après les arrestations, grâce à une information du public.

Véhicules truffés de micros

C'est une source qui a avisé la police qu'un complot pour vol qualifié était en préparation. Les enquêteurs des Crimes majeurs ont utilisé toutes les techniques d'enquête à leur disposition, surtout l'écoute électronique et la filature. Ils ont notamment installé des micros dans les voitures louées par les suspects. Cela n'a pas été une tâche facile puisque Gilles Pinsonneault a changé de véhicule cinq ou six fois durant l'enquête. Les limiers ont notamment capté une conversation compromettante entre trois des suspects le 26 mars, ce qui leur a permis de fixer cette date comme étant celle du complot. Un porte-parole de la Banque Royale du Canada n'a pas voulu commenter l'affaire et les mesures de sécurité entourant leurs dirigeants.

Les peines

Gilles Pinsonneault 

Condamné à 10 ans et demi

En soustrayant la détention préventive calculée en temps et demi (six ans et demi), il lui reste quatre ans à purger.

Ancien complice de Marcel Talon, célèbre braqueur personnifié par Michel Côté dans le film Le dernier tunnel.

Après le braquage d'un camion blindé de la société Sécur transportant 47 millions de dollars en valeurs en juillet 1993, Pinsonneault et des complices avaient ouvert le feu sur une voiture de patrouille. Il avait été arrêté, et Talon avait témoigné contre lui. Pinsonneault avait été condamné à 18 ans de pénitencier en 1995.

Denis Paquette 

Condamné à 10 ans

En soustrayant la détention préventive, il lui reste trois ans et demi à purger.

Après un vol commis dans une caisse populaire du quartier Saint-Henri en 1988, les policiers lui ont tiré dans la tête une balle qui est d'ailleurs toujours là.

Michel Renaud 

Condamné à sept ans

En soustrayant la détention préventive, il lui reste six mois moins un jour à purger.

En février 1979, son frère et lui ont commis un vol dans une résidence de Mont-Royal au cours duquel un policier a été tué. Les deux hommes ont été arrêtés mais se sont évadés du fourgon cellulaire lors de leur transport au palais de justice. Le frère de Michel Renaud a été tué en tentant de franchir la frontière américaine.

Denis Pouliot

Condamné à quatre ans et demi

Il n'a pas bénéficié d'une période de détention préventive car il était déjà sous le coup d'une peine à perpétuité au moment du crime. Comme ses complices, il a de lourds antécédents judiciaires.

- Avec la collaboration de Louis-Samuel Perron, La Presse

***

Pour joindre Daniel Renaud, composez (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.




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