Un entraîneur de ski accusé d'agressions sexuelles sur des athlètes

Les crimes qu'on reproche à Bertrand Charest, ex-entraineur... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les crimes qu'on reproche à Bertrand Charest, ex-entraineur du club de ski Mont-Tremblant, remontent aux années 90.

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Le monde du ski est ébranlé par un grave scandale sexuel. Un ex-entraîneur de l'équipe nationale junior vient d'être accusé d'avoir couché avec huit de ses athlètes mineures durant les années 90. Selon plusieurs sources, les dirigeants de l'équipe canadienne de ski alpin étaient au courant des crimes allégués, de nombreux entraîneurs, skieurs et parents aussi. Pourtant, jusqu'à cette semaine, personne ne l'avait dénoncé.

L'équipe canadienne de ski alpin a-t-elle tenté d'étouffer une grave affaire d'agressions sexuelles dans ses rangs?

Plus de 15 ans après les crimes qu'on lui reproche, un ex-entraîneur de l'équipe nationale junior de ski, Bertrand Charest, 49 ans, a été accusé hier de 47 chefs de contact sexuel et d'agression sexuelle contre 8 anciennes skieuses, toutes âgées de 12 à 18 ans au moment des faits. Les événements se seraient produits entre 1991 et 1998. Durant cette période, l'entraîneur a travaillé pour l'équipe de Mont-Tremblant, l'équipe Laurentienne, puis l'équipe nationale. L'identité des victimes fait l'objet d'une ordonnance de non-publication. On compte des athlètes de renom parmi elles.

Camouflage?

Cinq sources nous ont confirmé que les dirigeants de Canada Alpin étaient au courant depuis 1998 des crimes reprochés à l'homme de 49 ans.

Des athlètes qui faisaient partie de l'équipe à l'époque, des parents de skieuses et d'anciens employés de la fédération sportive ont tous raconté que Bertrand Charest a été congédié brusquement en 1998 après qu'on eut découvert qu'il couchait avec des skieuses.

Une querelle aurait éclaté à l'époque entre des jeunes filles qui croyaient chacune vivre une relation amoureuse exclusive avec leur entraîneur. L'affaire est parvenue aux oreilles des adultes.

Bertrand Charest était à l'étranger au moment des faits. On lui a montré la porte, mais il n'a pas été dénoncé. Cela lui a permis de continuer à travailler dans le monde du ski, ce qu'il faisait au mont Blanc, dans les Laurentides, jusqu'à son arrestation.

«Ça aurait mal paru pour les commanditaires, confie une athlète. Et sans les commanditaires, l'équipe ne peut pas fonctionner.»

Selon une autre skieuse, qui a elle aussi évolué sous Charest, «tout le monde savait» ce qui ce passait, mais «personne n'en a parlé pour ne blesser personne».

«Des carrières et, surtout, des femmes ont été brisées par ce prédateur», dit-elle.

Une autre dit «ne pas avoir voulu scraper la carrière de ses amies». Elle s'est tue.

Manipulateur

L'homme, nous dit-on, avait une emprise hors du commun sur ses jeunes athlètes. «Il contrôlait plusieurs sphères de la vie des athlètes, allant de l'alimentation à l'heure du coucher. Les parents lui faisaient confiance», raconte l'agent Éric Cadotte, porte-parole du Service de police de Mont-Tremblant.

«C'était un manipulateur. Il y a des filles qui étaient amoureuses de lui», raconte une ancienne membre de l'équipe.

L'entraîneur accompagnait ses skieuses partout dans le monde pour des compétitions et des entraînements. Il est accusé d'avoir agressé plusieurs d'entre elles dans d'autres provinces et pays, notamment en France et en Nouvelle-Zélande.

Mauvaise réputation

Avant même d'être embauché par Canada Alpin, Bertrand Charest avait mauvaise réputation. Il a fait un très bref passage à la Fédération québécoise de ski, mais, déjà, des «rumeurs persistantes» circulaient à son endroit, indique une source. Mal à l'aise devant sa présence, au moins un haut placé de l'organisation aurait demandé son départ. Charest a quitté la fédération moins de trois mois après son arrivée. C'est alors qu'il s'est trouvé un poste à Canada Alpin.

Après son congédiement en 1998, l'homme aurait tenté de retourner travailler pour l'équipe de ski de Mont-Tremblant. Mais le scandale l'y avait précédé. On a refusé de le reprendre. «On savait pourquoi il avait été renvoyé», confie une source.

Briser le silence

La semaine dernière, une accusatrice est finalement sortie de l'ombre. Elle s'est adressée au Service de police de Mont-Tremblant parce que c'est là qu'elle aurait été agressée. Rapidement, les enquêteurs ont retrouvé sept autres femmes qui affirment elles aussi avoir été abusées par Bertrand Charest, parfois sur des périodes de plusieurs années.

Selon la police, il pourrait y avoir d'autres victimes.

Dans la foulée de l'arrestation de Charest, hier, la direction du club de ski Mont-Tremblant a annoncé dans un journal local qu'elle mènerait une enquête interne afin de s'assurer «qu'il n'y a pas eu, de la part de l'ancien entraîneur, de gestes et de comportements répréhensibles».

Le président de Canada Alpin, Mark Rubinstein, n'a pas répondu à nos nombreuses demandes d'entrevue. Dans un communiqué de presse, l'organisation dit avoir «pris connaissance des accusations qui pèsent contre Monsieur Bertrand Charest». «Nous suivons ce dossier de très près. Nous sommes à recueillir de l'information et à faire des vérifications, afin d'en savoir plus dans ce dossier.»

- Avec David Santerre et Gabriel Béland

Des entraîneurs agresseurs

Graham James

Entraîneur dans l'Ouest canadien auprès d'équipes juniors, James a abusé sexuellement de nombreux joueurs sous sa gouverne, dont Sheldon Kennedy et Theoren Fleury. En 2013, la Cour d'appel du Manitoba a fixé sa peine à cinq ans d'emprisonnement.

Pierre Jr Bergeron

Arrêté en 2011, l'ex-entraîneur en haltérophilie au Québec a reconnu avoir eu des contacts sexuels avec une athlète mineure et avoir commis des actes de leurre informatique sur une période de trois ans. En 2013, la Cour d'appel l'a condamné à 12 mois de prison.

Gabriel Meus Leclerc

L'ex-entraîneur de basketball du Collège Regina Assumpta, à Montréal, a été condamné à trois ans de prison en 2009 pour avoir eu des relations sexuelles avec cinq adolescentes sous sa responsabilité.

 Thierry Massimo

En 2010, cet entraîneur de soccer mineur de la région de Montréal a été condamné à six ans de prison pour avoir agressé sexuellement 14 de ses élèves au fil de sa carrière, tous au début de leur adolescence.

- Philippe Teisceira-Lessard

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