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Les Rock Machine préparent leur retour

Jean-François Émard, flanqué de ses gardes du corps,... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Jean-François Émard, flanqué de ses gardes du corps, dans son fief de Hawkesbury.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Vingt ans après le sanglant conflit qui les a opposés aux Hells Angels, les Rock Machine sont en reconstruction au Québec et au Canada. Mais pour les nouveaux dirigeants du groupe, il n'est pas question de déclarer encore une fois la guerre aux ennemis d'hier, au contraire, a assuré à La Presse son chef, dans une rare entrevue accordée à un média.

«Il n'y a aucune guerre. Au contraire, on les respecte», dit Jean-François Émard, chef canadien des Rock Machine, au sujet des Hells Angels.

Il y a quelques semaines, des médias ont fait état d'une montée de la tension entre les deux groupes de motards, qui pouvait rappeler de mauvais souvenirs à qui a encore en mémoire les événements qui ont fait 160 morts et davantage de blessés durant les années 1990 et 2000 au Québec.

Jean-François Émard a accepté de rencontrer La Presse pour rectifier certains faits, dans son fief de Hawkesbury, en Ontario, flanqué de deux gardes du corps.

Pendant l'entrevue, un membre en règle des Hells Angels nous a croisés par hasard. Sous nos yeux, les deux hommes se sont serré la main, et Émard a montré à son interlocuteur la cicatrice d'une balle reçue à un bras, au début de l'été. Après une courte discussion, les deux motards se sont quittés avec une tape sur l'épaule.

«Tu as vu par toi-même, il n'y a aucune tension. C'est beaucoup plus qu'un respect mutuel, on fait le party ensemble, plaide Émard. Un de leurs membres est souvent assis chez nous, dans mon salon. Il prend mon enfant dans ses bras», dit-il, en précisant que l'attentat dont il a été victime n'a pas été commandé par les Hells Angels.

Rapprochement en vue

La Presse a toutefois constaté que contrairement à plusieurs nouveaux groupes de motards, les Rock Machine ne sont pas très présents aux événements auxquels participent les Hells Angels, comme le Bike et Tattoo Show de Laval ou le Thunderbike de La Prairie.

«Ça va venir», promet Jean-François Émard, qui, en plus d'être le chef des Rock Machine du Canada, siège également un palier de décision supérieur, basé en Allemagne. «En tant que membre mondial, j'essaie d'instaurer une paix mondiale», dit-il.

Mais s'il promet un rapprochement, il n'est pas question pour les Rock Machine de devenir un groupe sympathisant des Hells Angels, comme certains nouveaux clubs de motards le sont devenus au cours des dernières années.

«Nous sommes un groupe de motards indépendant, comme les Outlaws ou les Mongols. Nous ne versons aucune cote aux Hells Angels. Lorsque je veux ouvrir un nouveau chapitre, je n'ai pas besoin de leur demander la permission.»

Rayés de la carte à la suite de l'opération Amigo en 2002 et du passage chez les Hells Angels de leurs membres les plus influents, les Rock Machine sont disparus durant environ quatre ans avant de réapparaître. «Un chapitre a été formé à Montréal, mais ce n'était pas sérieux. La section mondiale m'a demandé de faire le ménage et j'ai défoncé des portes pour récupérer les patchs», raconte Jean-François Émard.

La véritable reconstruction des Rock Machine s'est amorcée vers 2011. Un indice qui ne trompe pas: au printemps dernier, une quinzaine de leurs membres et relations ont été arrêtés dans une opération de la Sûreté du Québec contre un réseau de trafiquants de stupéfiants qui opéraient en Montérégie.

De nouvelles sections

Depuis cette frappe policière, Jean-François Émard a demandé à ses troupes de cesser de s'afficher, mais il promet que les couleurs du groupe ressortiront bientôt à la lumière du jour.

Les Rock Machine comptent officiellement une trentaine de membres, dont quatre anciens de l'époque de la guerre, et d'ex-membres des autres groupes qui composaient l'Alliance contre les Hells Angels. En revanche, certains membres n'arborent pas le 1% sur leur veste, synonyme d'activités criminelles.

Les Rock Machine comptent officiellement deux sections au Québec, la première à Montréal et l'autre en Gaspésie. «Ce n'est pas facile au Québec, c'est un endroit chaud», dit-il, en faisant référence à la pression policière et à la loi antigang.

Ailleurs au pays, ils en ont également une au Nouveau-Brunswick et une à Hawkesbury, en Ontario. Ils ont l'intention d'ouvrir une autre section en Ontario, une à Vancouver et de ressusciter la section de Winnipeg, fermée à la suite d'une opération policière et affaiblie par un violent conflit avec un gang lié aux Hells Angels au tournant des années 2010.

«C'est possible qu'il y ait quelques frictions, mais je suis pour la paix. Je n'ai pas de permission à demander aux Hells Angels et aux Outlaws, et s'il y a un problème, ils viendront me le dire et on va le régler», assure Jean-François Émard.

Il affirme que les individus qui s'affichent avec des vestes blanches comme étant des Rock Machine de la 13e légion et qui multiplient les interventions dans les médias ne sont pas des membres du club de motards, ne sont pas reconnus par la section mondiale, ne payent pas leur «dîme» et n'ont jamais été acceptés par l'organisation.

- Avec la collaboration de Vincent Larouche

L'histoire des Rock Machine

  • Salvatore Cazzetta, son frère Giovanni et d'autres motards créent les Rock Machine à Montréal à la fin des années 1980.
  • 1994 à 2002: Les Rock Machine et leurs alliés amorcent une guerre sanglante contre les Hells Angels.
  • 2000: Les membres les plus influents des Rock Machine signent la paix avec les Hells Angels. Quelques dissidents poursuivent toutefois la lutte.
  • Juin 2002: Les derniers résistants des Rock Machine devenus des Bandidos sont éradiqués lors de l'opération policière Amigo.
  • 2003: Les Rock Machine et Bandidos s'évanouissent au Québec.
  • 2002 à 2005: D'influents Rock Machine, dont Salvatore Cazzetta, passent dans les rangs des Hells Angels.
  • 8 avril 2006: Les corps de huit hommes liés aux Bandidos sont découverts à Sheddon, en Ontario.
  • 2007: À la suite du massacre de Sheddon, des Québécois décident de ressusciter les Rock Machine dans la province. Leurs couleurs sont vues dans des bars de danseuses de la couronne nord et de Montréal.
  • 2011: Ces nouveaux Rock Machine ne sont toutefois pas reconnus par la section mondiale. Jean-François Émard reçoit le mandat de récupérer les couleurs et de démarrer de nouvelles sections au Québec.
  • 9 avril 2014: L'une des nouvelles sections des Rock Machine est frappée par une opération policière dans le secteur de Saint-Rémi-de-Napierville.

Qui est Jean-François Émard

  • Âgé de 38 ans
  • Chef national des Rock Machine du Canada
  • Durant la guerre des motards, il fut chef du clan des Palmers, membre en règle des Rock Machine et des Bandidos
  • Nombreux antécédents judiciaires, en matière de trafic de stupéfiants, notamment. 




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