Sympathisant djihadiste québécois: un père en quête de réponses

Ismael Habib, fils d'un père afghan et d'une... (Photo Patrick Woodbury, Le Droit)

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Ismael Habib, fils d'un père afghan et d'une mère québécoise, aurait notamment menacé de faire exploser la voiture de sa victime.

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Le père d'un aspirant djihadiste québécois soupçonné de vouloir partir en Syrie demande au gouvernement « d'arrêter les gens qui jouent dans la tête de nos enfants ». Parallèlement, de nouveaux documents lèvent le voile sur le plan raté d'un autre Montréalais qui voulait lui aussi aller grossir les rangs d'un groupe terroriste. Les deux jeunes hommes auraient été interceptés en Turquie à la même époque.

« Il y a des gens qui jouent dans la tête de nos enfants. C'est au gouvernement de les arrêter et de les renvoyer dans leur pays. »

Le père du sympathisant djihadiste québécois Ismael Habib, arrêté la semaine dernière à Gatineau, est fâché. 

Son fils de 28 ans a été arrêté pour une affaire de violence conjugale qui a par la bande révélé au grand jour ses penchants radicaux et son désir d'aller faire le djihad.

Habib, fils d'un père afghan et d'une mère québécoise, aurait notamment menacé de faire exploser la voiture de sa victime. Selon ce que cette dernière a déclaré aux policiers, il regardait des vidéos d'exécution du groupe armé État islamique. Mais surtout, le jeune homme originaire de Montréal a une femme, Romaissa Hammouya, elle aussi montréalaise, et deux jeunes enfants nés au Canada qui se trouveraient selon toute vraisemblance en Syrie. Un policier a déposé devant le tribunal une photo qui montre ce qu'il croit être Mme Hammouya vêtue d'un voile intégral et tenant une kalachnikov. Sa fille de moins de 5 ans a elle aussi le visage couvert.

Ismael Habib doit comparaitre aujourd'hui au palais de justice de Montréal. La GRC souhaite lui imposer des conditions pour le garder sous surveillance, comme elle l'a fait avec deux autres Montréalais, Merouane Ghalmi et Daniel Minta Darko, parce qu'elle craint qu'il commette un acte terroriste.

Influencé

Pour son père, M. Habib, qui a lui-même fui l'Afghanistan en guerre en 1979, toute cette histoire est simplement inconcevable.

L'homme, propriétaire d'une petite épicerie dans la région métropolitaine et qui se définit comme une personne « pas religieuse », ne comprend pas pourquoi son fils a adopté une vision religieuse stricte qu'il n'avait pourtant jamais connue à la maison.

« Il est influençable. Il y a quelqu'un qui l'a influencé. Je suis fâché de sa stupidité », estime M. Habib.

Il ajoute qu'il « faut aller après le monde qui influence nos enfants, sinon ça n'arrêtera pas ». Qui a transformé son fils ? Il ne sait pas. Une chose est sûre, le jeune homme s'est radicalisé. Son comportement a changé. Au quotidien, il a troqué les jeans pour des tenues religieuses.

Peut-être est-ce arrivé, dit son père, lorsque son fils a rencontré sa femme Romaissa, une fille du quartier Anjou de quelques années sa cadette.

Cette dernière aurait quitté le Canada il y a environ un an. Elle aurait récemment envoyé un courriel à la victime gatinoise de son mari accompagnée de la photo d'elle armée d'une kalachnikov et le message : « Tu penses que tu vas gagner contre ça ? »

Arrêté en Turquie

Selon M. Habib, Ismael s'est rendu en Turquie autour de l'année 2012, où, comme le Montréalais Merouane Ghalmi à peu près à la même époque, il aurait été arrêté et renvoyé au Canada. La GRC aurait depuis saisi son passeport par crainte qu'il ne gagne la Syrie.

Puis, il y a quelques années, M. Habib raconte avoir reçu la visite des autorités. On s'inquiétait, raconte-t-il, d'un organisme de bienfaisance piloté par Ismael et Romaissa qui affirmaient « ramasser de l'argent pour des enfants en Afghanistan ».

« On m'a posé des questions. On m'a demandé des numéros de téléphone. Ils voulaient s'assurer que l'argent servait vraiment à ça. Ils m'ont dit de ne pas m'inquiéter. »

Vivre dans un pays musulman

M. Habib peine à croire que son fils avait vraiment l'intention d'aller faire le djihad. « Je sais qu'il voulait quitter le pays, mais je crois que c'était pour aller vivre dans un pays musulman », dit l'homme, qui affirme avoir tenté de l'en dissuader.

« Je suis vraiment contre ça. Depuis que j'ai fui, c'est toujours la guerre là-bas. Le meilleur pays, c'est ici, le Canada. »

L'homme espère de tout coeur que ses petits-enfants ne passeront pas leur vie en Syrie. Il les croyait partis en Algérie avec leur mère jusqu'à ce que son fils soit arrêté et que la photo montrant sa belle-fille et sa petite fille soit publicisée. « Qu'est-ce qu'ils vont faire là ? Quel est leur avenir ? »

- Avec Louis-Denis Ebacher, Le Droit

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