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Le patron de Garda exige une réponse policière à la vague de braquages

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Stéphane Crétier, président de Garda, n'est pas du tout satisfait du travail des corps de police québécois, après la vague de braquages dont a été victime son entreprise. Il estime que le nombre d'attaques en région montréalaise est disproportionné comparativement au reste de l'Amérique du Nord.

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La région de Montréal est aux prises avec une vague d'attaques de fourgons bancaires qui est présentement sans pareille en Amérique du Nord. Cela exerce une pression démesurée sur l'industrie, mais la réaction des autorités manque de fermeté, s'inquiète le PDG de Garda, la plus grosse entreprise de sécurité à capital fermé au monde.

«Ça n'a aucun bon sens, présentement!», s'exclame Stéphane Crétier.

Le fondateur de Garda vit maintenant à Dubaï, d'où il pilote l'expansion au Moyen-Orient et en Afrique de sa firme de 45 000 employés. Il a pris une pause d'un voyage d'affaires aux États-Unis, hier, pour commenter la vague de braquages dont est aujourd'hui victime son entreprise au Québec, là où ont débuté ses activités, en 1995.

La goutte qui a fait déborder le vase, c'est l'attaque d'une autre de ses équipes de convoyeurs de fonds, jeudi soir, la sixième en 13 mois dans la grande région de Montréal. Les voleurs avaient capturé le concierge d'une banque et tendu un piège aux convoyeurs de fonds. Du travail de professionnels. Encore une fois.

Garda estime qu'environ 16% des vols de blindés récents au Canada et aux États-Unis sont survenus ici. Une proportion alarmante, qui n'est toutefois pas confirmée par des sources indépendantes pour l'instant.

«Depuis environ un an, pour le Canada et les États-Unis, selon nos chiffres, il y a eu 32 vols à main armée dans l'industrie du transport de valeurs au grand complet. Là-dedans, il y a cinq de nos équipes dans la région de Montréal et nos agents ont bloqué une sixième attaque. Je vais poser la question à notre cher maire et à son service de police: est-ce que la Ville est sécuritaire?»

«On a 1 milliard de chiffre d'affaires en transport de valeurs dans l'Amérique du Nord, et c'est à Montréal qu'on se fait attaquer continuellement. Pourtant nos procédures sont les mêmes à Houston et à Detroit, par exemple. On a plus d'attaques à Montréal qu'on en a à Bagdad.»

Récompense de 100 000$

Le PDG se montre extrêmement critique à l'endroit des corps de police québécois. Lui qui est l'un des plus importants employeurs d'ex-policiers au pays, il ne se fera pas de nouveaux amis chez les enquêteurs qui s'efforcent d'élucider les récents vols.

«Je ne veux pas me faire dire que la police n'a pas de budget. On a un des plus gros sièges sociaux de Montréal et on n'arrive pas à être placé en priorité, alors que nos gens se font attaquer. Comment pensez-vous que les employés se sentent en sortant des magasins? Ils ont la main sur l'arme à feu. Est-ce qu'on attend qu'ils dégainent?»

Garda offre une récompense de 100 000$ pour toute information menant à la capture des responsables du vol de jeudi.

«On peut faire notre part, mais on a besoin de coopération. Je ne peux pas faire d'écoute électronique et aller chercher des mandats de perquisition, il faut que quelqu'un fasse son travail maintenant», dit-il.

Deux des attaques récentes ont eu lieu sur le territoire de la police de Longueuil, une autre sur le territoire de la Sûreté du Québec et trois à Montréal.

«Il y a eu des années où nous n'avions pas de ce genre d'événements, mais il y en a effectivement eu plus récemment. Nous avons des enquêteurs chargés spécifiquement de ça au sein de la section des Crimes majeurs. Ça montre à quel point c'est une priorité», réplique le sergent Laurent Gingras, porte-parole du SPVM.

«Certains éléments pourraient laisser croire que les événements sont reliés, mais il est trop tôt pour le dire avec certitude. Chose certaine, en général, ce n'est pas un crime improvisé. Les gens préparent [leurs coups] soigneusement», dit-il.

Garda

Activités: panoplie de services de sécurité privée, dont transport de valeurs, enquêtes, protection rapprochée, gardiennage

Employés: 45 000

Présence: Amérique du Nord et Amérique du Sud, Europe, Afrique, Asie, Moyen-Orient> > Propriété: autrefois cotée en Bourse, la société a été rachetée par Crétier et ses partenaires en    2012 pour 1,1 milliard de dollars

En octobre dernier, rue Masson à Montréal, un... (PHOTO FÉLIX O.J. FOURNIER, COLLABORATION SPECIALE) - image 2.0

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En octobre dernier, rue Masson à Montréal, un ou des suspects se sont emparés d'un sac de billets de banque après avoir maîtrisé deux agents de Garda.

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Le syndicat dénonce le manque d'agents

Alors que le PDG critique la police, certains croient que Garda a été l'artisan de son propre malheur en réduisant le nombre d'agents par fourgon de trois à deux.

Le syndicat des convoyeurs de fonds réclame depuis longtemps que l'entreprise ajoute de nouveau un troisième agent dans les blindés pour améliorer la sécurité.

«Combien de millions de dollars et de vies ça va prendre pour que tous les intervenants écoutent les travailleurs et travailleuses de l'industrie?», a demandé hier Angélique Paquette, présidente du syndicat.

La Presse a obtenu un rapport analysant une cinquantaine d'attaques de blindés survenues au Québec depuis 1973. Le document, préparé par le syndicat en prévision de représentations auprès du gouvernement, démontre que depuis 15 ans, seules les équipes à deux agents ont été attaquées. Et seuls les camions de Garda ou de sociétés qu'elle a rachetées ces dernières années semblent ciblés.

Les compagnies fonctionnant à trois agents par voyage, comme Brinks ou la défunte BCIA, n'ont été victimes d'aucune attaque. Brinks a refusé de commenter ces chiffres. Une source haut placée dans l'entreprise a dit à La Presse que Garda exerçait «beaucoup de pression» sur son concurrent pour que cette question ne soit pas discutée publiquement.

La ministre sensible

Le syndicat a fait des pressions au sujet du nombre d'agents par voyage auprès du cabinet de la ministre Lise Thériault. «La ministre est consciente du problème, mais a peu de moyens d'intervention. C'est peut-être à [Garda] de regarder le fil des événements et de voir si des changements peuvent être apportés», a commenté son attaché de presse, Jean-Philippe Guay.

Stéphane Crétier balaie la question du revers de la main. «Tout le monde ailleurs en Amérique du Nord travaille à deux agents. Dans certains pays d'Europe, c'est un seul agent. Mais c'est à Montréal seulement qu'on a un problème», dit-il.

Rappelons que les critiques du PDG à l'endroit de la police surviennent au lendemain de son appui à un rapport de l'Institut économique de Montréal qui recommandait de sous-traiter plusieurs fonctions policières à l'entreprise privée. M. Crétier assure toutefois qu'il s'agit là d'un enjeu distinct qui doit faire l'objet d'un autre débat.

 

Six braquages en 13 mois

1 - 12 décembre 2013, Banque Nationale, Saint-Lazare

Des voleurs désarment et ligotent deux agents de G4S, une filiale de Garda, puis partent avec une somme d'argent inconnue. Trois véhicules incendiés sont retrouvés à proximité.

2 - 1er février 2014, Banque TD, Longueuil

Deux agents de Garda sont attaqués par un homme seul vers 1h30. Le suspect de 32 ans est abattu, les agents sont traités pour choc nerveux.

3 - 22 août 2014, Banque Royale, Brossard

Deux individus armés portant des masques d'Halloween aspergent deux agents Garda de gaz poivré. Ils déguerpissent avec environ 400 000$.

4 - 30 octobre 2014, Banque de Montréal, Montréal

Deux agents de Garda sont maîtrisés par un ou plusieurs suspects armés et cagoulés. Un sac rempli de billets de banque est volé.

5 - 21 décembre 2014, Banque Royale, Montréal

Deux suspects enferment les deux agents dans la banque avant de filer avec le fourgon. Les suspects abandonnent le véhicule une trentaine de mètres plus loin après avoir dérobé une somme considérable.

6 - 29 janvier 2015, Banque Royale, Côte-des-Neiges

Deux voleurs cagoulés et armés ligotent le concierge et se cachent. Les convoyeurs  de Garda sont attachés à leur tour. Les suspects s'emparent de sacs d'argent et fuient dans un véhicule qu'ils avaient caché derrière la banque.

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