Enfant tué par une voiture de la SQ: Le père a fait une manoeuvre risquée, soutient le DPCP

Le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et... (PHOTO: BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), René Verret, a expliqué que le père du garçon de 5 ans a réalisé une «manoeuvre qui n'était pas sans risque» en faisant un virage à gauche alors que la voiture du policier arrivait dans l'autre sens à grande vitesse.

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Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a invoqué hier une manoeuvre risquée du père pour justifier sa décision de ne pas porter d'accusations contre le policier impliqué dans un accident causant la mort d'un enfant, en février. Les experts qui ont enquêté sur la collision le contredisent et mettent la vitesse en cause, selon des documents obtenus par La Presse.

Hier, le porte-parole René Verret a expliqué que le père du jeune garçon a réalisé une «manoeuvre qui n'était pas sans risque» en faisant un virage à gauche alors que la voiture du policier arrivait dans l'autre sens.

La procureure au dossier s'est appuyée sur le témoignage du père de la jeune victime, qui a déclaré dans les heures suivant l'accident «avoir remarqué que le véhicule en contresens arrivait à grande vitesse». Il savait, a-t-il dit, qu'il y a un feu clignotant pour tourner à gauche à cette intersection.

Il aurait dû attendre cette priorité et ne pas tenter sa chance en tournant à ce moment (alors que le feu vert était fixe).

Mike Bélance aurait vraisemblablement fait cette déposition le jour même de l'accident, alors que son fils était hospitalisé à Sainte-Justine. L'enfant est mort cinq jours plus tard.

M. Verret a aussi cité une témoin qui attendait l'autobus au moment de l'impact et qui a dit aux policiers que la voiture banalisée de police de la Sûreté du Québec, une Toyota Camry qui roulait à 122 km/h dans une zone de 50, «arrivait vite», à environ 80 km/h selon son estimation et que «la voiture grise [de M. Bélance] aurait dû attendre».

«On retient le fait que cet homme-là savait qu'il avait un feu prioritaire et il a tenté de [courir le risque], il a quand même tenté de traverser», explique René Verret. Les procureurs au dossier ne croyaient pas être en mesure d'établir la culpabilité du policier hors de tout doute raisonnable.

Des arguments contredits

Toutefois, selon une analyse de collision et de reconstitution portée à l'attention du DPCP et obtenue par La Presse, «il est raisonnable de croire» que le père de la victime «croyait qu'il avait suffisamment de temps pour effectuer sa manoeuvre vu la distance qui le séparait du véhicule Toyota».

En fait, même si celui-ci avait dépassé la limite de vitesse par 20 km/h, comme c'est souvent le cas dans les zones de 50 km/h, le père de famille aurait pu passer sans problème, tranchent les experts, qui précisent combien il est «difficile pour les usagers de la route d'évaluer la vitesse d'un véhicule qui se déplace en direction opposée».

C'est la vitesse anormalement élevée du véhicule de la Sûreté du Québec qui «empêche le conducteur de bien évaluer sa possibilité d'effectuer son virage de façon sécuritaire», dit le rapport.

«La vélocité à laquelle se présente le véhicule Toyota est supérieure [à 70 km/h], ce qui a entraîné la collision.»

Nulle part dans le rapport, les analystes ne relèvent l'imprudence dont aurait fait preuve le père de famille.

Ce même document révèle que le policier, qui allait relever une équipe de filature, roulait probablement plus vite encore que la vitesse établie de 122 km/h.

De plus, selon les experts, il était encore en train d'accélérer lorsqu'il a appuyé sur les freins pour éviter la Kia de M. Bélance. Au moment de l'impact, sa vitesse était de 108 km/h.

Hier, le DPCP a indiqué que le policier a ralenti environ 60 mètres avant d'atteindre l'intersection et qu'il se trouvait à 38,22 mètres lorsque le véhicule Kia s'est engagé dans l'intersection.

Par ailleurs, René Verret a indiqué que l'objet de l'enquête de la SQ, soit, a révélé La Presse, une filature par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) d'un ancien directeur du Parti libéral du Québec, n'a pas été pris en compte par les procureurs dans leur analyse. Le porte-parole a ajouté que ses collègues chargés du dossier ne savaient même pas sur quoi portait l'enquête. Ce qu'ils savaient: «les policiers étaient dans le cadre d'une enquête et c'était important, c'était urgent pour eux d'identifier cette source-là».

Selon ce que nous avons appris, le DPCP, en revanche, avait en sa possession certains documents traitant des dessous de l'enquête menée par l'équipe de la Sûreté du Québec au moment de l'accident. S'il n'en connaissait pas tous les détails, disent nos sources, certains lui avaient été communiqués.

La filature abandonnée

Lorsqu'un membre de leur équipe a heurté la voiture de Mike Bélance sur le boulevard Gaétan-Boucher, deux de ses coéquipiers qui se rendaient eux aussi relever l'agent en filature se sont arrêtés pour porter secours aux blessés.

Deux autres policiers ont alors été envoyés d'urgence pour continuer la mission.

Selon ce que nous avons appris, ils ont continué la surveillance de la cible jusqu'à 9h, une heure après la collision. La filature a ensuite été annulée à la demande d'un supérieur.

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