Pont Champlain: des bus d'abord, peut-être un SLR plus tard

Le ministre des Transports Robert Poëti... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Le ministre des Transports Robert Poëti

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

(Québec) Le sort du projet de système léger sur rail (SLR) reste incertain, car Québec tranchera dans un an seulement. Il demande pour l'instant à Ottawa de prévoir un tablier central «hybride» sur le nouveau pont Champlain. On compte y faire rouler des autobus à l'ouverture du pont, prévue en 2018, et «réserver l'option d'y installer un SLR éventuellement».

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Photomontage fourni par l'AMT

C'est ce qu'a annoncé hier le ministre des Transports et responsable de la métropole, Robert Poëti, en compagnie du PDG de l'Agence métropolitaine de transport (AMT), Nicolas Girard.

Le gouvernement Couillard fera l'an prochain son choix entre un service d'autobus «tel qu'on le connaît», un service rapide par bus (SRB) et un SLR. Le bureau de projet bipartite AMT-ministère des Transports lui remettra un «dossier d'opportunité» à la fin de l'été 2015, conformément à une directive sur les projets majeurs d'infrastructures adoptée par le gouvernement Marois.

Selon Robert Poëti, il est «tout à fait inexact» de croire que cette décision est un premier pas vers l'abandon du SLR. Mais ce serait «vraiment malhabile», «pratiquement illégal» de ne pas attendre le dossier d'opportunité avant de faire un choix définitif, a-t-il plaidé en conférence de presse après une rencontre avec M. Girard, dont il a par ailleurs vanté le travail. La recommandation de l'AMT pour un tablier hybride est sage, a-t-il soutenu. Le gouvernement l'approuve et «laisse les portes ouvertes pour l'avenir».

Il a fait valoir que les estimations des coûts d'un SLR varient. L'une d'elles chiffre le projet à 2,5 milliards; c'est 25% de plus que la facture de 2 milliards qui circulait jusqu'ici. En tenant compte des premières évaluations à 1,5 milliard, «la fourchette est tellement grande qu'il est actuellement impossible de chiffrer exactement» le coût du projet, a-t-il déploré.

M. Poëti a déjà indiqué que les coûts d'exploitation d'un SLR seraient deux fois plus élevés que ceux d'un SRB, dont les immobilisations coûteraient 890 millions. Hier, il a relevé que, selon des tableaux qu'il a en main, un SLR ne serait que de trois minutes plus rapide qu'un service d'autobus.

Opération complexe

Selon une étude de la firme AECOM commandée par l'AMT, dont La Presse a révélé le contenu la semaine dernière, implanter d'abord un service d'autobus puis un SLR est une opération complexe. «Ce changement progressif de système implique plusieurs contraintes qui compliquent ce genre de modification, notamment des contraintes dans la conception du pont, dans la configuration des voies, dans les mécanismes d'évacuation et dans le maintien de la circulation pendant le changement de mode», dit le document, daté de mars 2013. La firme conclut que «seul le SLR permet de répondre à la demande estimée dans le corridor A10 - centre-ville» à moyen et long terme.

Selon Robert Poëti, il est de toute façon «impossible», d'un point de vue technique, d'avoir un SLR fonctionnel en 2018, voire en 2021 comme on le prévoyait, même si le gouvernement décidait dès aujourd'hui d'opter pour ce mode de transport. Il croit que ce ne serait pas avant 2022, 2023. Il vaut donc mieux, à son avis, demander au fédéral un tablier hybride pour se donner le temps de faire des études. Cette demande «n'engendre pas des coûts énormes», a-t-il soutenu. Québec avait convenu avec Ottawa de lui transmettre à la fin juin les données techniques sur le tablier central afin de ne pas retarder les travaux du nouveau pont, a-t-il ajouté.

Il promet de consulter les élus de la grande région de Montréal, qui souhaite l'implantation d'un SLR. «Je pense qu'il faut avoir la vérité pour comprendre l'ensemble du problème. Et les plus beaux rêves qu'on peut faire ensemble, lorsqu'on parle de transports collectifs, il faut les faire les yeux ouverts. Il ne faut pas juste avoir les yeux fermés et se dire: ça serait le fun.»

Chose certaine, à l'ouverture du pont, des autobus vont rouler sur la voie centrale «protégée». Ce sera un service «amélioré», mais pas un SRB.

Plus tôt, à l'Assemblée nationale, la députée Martine Ouellet, porte-parole du Parti québécois en matière de transports, a accusé le gouvernement Couillard «d'abandonner» le choix du SLR, que le Parti québécois avait fait en avril 2003 sur la recommandation de l'AMT, et qui fait consensus «tant chez les maires de la Rive-Sud que parmi ceux de Montréal». Elle a ajouté que les libéraux s'étaient prononcés en faveur de ce projet en novembre dernier.

- Avec Martin Croteau

Accueil positif d'Ottawa

«Nous avions déjà commencé à planifier la conception d'un tablier central hybride dans le cadre du Projet de corridor du nouveau pont pour le Saint-Laurent, soit un tablier qui puisse accueillir tant un système léger sur rail que des autobus. Cette prise de position par le gouvernement du Québec ne causera aucun délai à la mise en oeuvre du projet. Nous continuerons de collaborer avec le gouvernement du Québec afin d'offrir un corridor dédié au transport collectif dès 2018.»

- Denis Lebel, ministre fédéral de l'Infrastructure 




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