Viaduc Henri-Bourassa: des inquiétudes soulevées dès 2012

Une armée de spécialistes du MTQ a uasculté... (PHOTO PATRICK SANSFAÇON, LA PRESSE)

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Une armée de spécialistes du MTQ a uasculté hier le viaduc Henri-Bourassa pour tenter de comprendre la cause de l'incident et évaluer la solidité de la structure en vue de la réouverture de l'autoroute et du viaduc.

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«Défauts affectant le niveau de protection des usagers de façon très importante.» Voilà une phrase qui revient souvent dans le plus récent rapport d'inspection du ministère des Transports sur le viaduc Henri-Bourassa Ouest, direction est, publié en 2012. C'est le même viaduc d'où est tombée une grosse pièce de béton sur une voiture, hier. Ce n'est pas la charpente du pont qui suscite le plus d'inquiétude; il ne semble pas à risque d'effondrement. Mais tout ce qui entoure notamment les garde-corps et le béton sur lequel ils reposent est très préoccupant.

Les garde-corps et le parapet sur lequel ils sont fixés, en bordure du trottoir et de la chaussée du boulevard Henri-Bourassa qui passe sur le viaduc, relèvent de la Ville de Montréal. Le béton juste en dessous du parapet, d'où se serait détaché un morceau hier, appartient au MTQ. En 2010, la Ville de Montréal a inspecté les structures qui lui appartiennent.

Au sujet du parapet, le rapport d'inspection parle d' «éclatement très important du béton», d'«armatures exposées et fortement corrodées», de béton délaminé et désagrégé. On parle de «réduction légère de la protection» dans ce cas. Au sujet des garde-corps aux ancrages d'acier corrodés et parfois même manquants, on parle de «réduction appréciable de la protection».

Deux ans plus tard, un long rapport détaillé du MTQ va plus loin. On y parle entre autres de «désagrégation» et «d'éclatement» du béton sur le platelage, les culées et les murs d'ailes du pont d'étagement.

Dans ces cas, on ne parle pas de risque pour la protection des usagers. Mais ce qui est une préoccupation réelle pour les inspecteurs, c'est tout ce qui touche aux garde-corps et à l'état du béton du parapet, juste en dessous. On parle de perte d'ancrage de 50% pour certaines sections du garde-corps, notamment à cause de la désintégration du béton dans lequel celui-ci est vissé.

Le béton qui serait tombé sur la chaussée hier se trouve à quelques dizaines de centimètres sous ce béton décrit comme décrépit. Une simple promenade sur le viaduc hier après-midi a permis au représentant de LaPresse de constater un état de décrépitude visuellement plus saisissant que celui paraissant sur les photos qui accompagnent le rapport de 2012 et les nombreuses mentions «défauts affectant le niveau de protection des usagers de façon très importante». De gros morceaux de béton jonchent le trottoir du viaduc.

Quant au garde-corps d'acier, on peut, en forçant à peine, l'incliner considérablement. Une inspection de ce pont d'étagement était prévue par le MTQ en 2014.

- Avec la collaboration de Pierre-André Normandin et Bruno Bisson

Dame Nature montrée du doigt

Le risque que des fragments de béton tombent des ponts et des viaducs qui surplombent les routes de la métropole est bien réel. Plusieurs rapports d'inspection générale effectués par le ministère des Transports du Québec sur les structures dont il est responsable mentionnent ce danger. Toutefois, si les travaux de réparation sont rapidement effectués, une variable demeure incontrôlable: les écarts de température, qui endommagent le revêtement externe des structures.

Quand la météo joue au yo-yo

Le revêtement de béton qui recouvre les ponts et les viaducs n'est pas dans un bon état pour certaines structures dans l'île de Montréal, peut-on conclure en parcourant les rapports d'inspection générale produits par les ingénieurs de Transports Québec. Les écarts de température extrêmes, comme ce qu'a connu la métropole ces dernières semaines, pourraient effriter davantage certaines couches de béton. «Nous soupçonnons que les conditions météo ont provoqué l'incident [d'hier], mais nous n'en avons toujours pas la certitude puisqu'une enquête est en cours. Mais c'est un gros soupçon», a expliqué hier à La Presse la porte-parole de Transports Québec, Sarah Bensadoun. Si le béton de surface s'effrite, la solidité des structures n'est toutefois pas remise en cause. «La sécurité est une préoccupation constante pour le Ministère, alors nous nous assurons que nos structures sont sécuritaires en tout temps», a-t-elle ajouté.

Des structures sous haute surveillance

Sur les 452 structures situées sur l'île de Montréal qui appartiennent au ministère des Transports du Québec, 69 nécessitent des réparations, 60, un remplacement, et 18 d'entre elles doivent subir des travaux majeurs. Pour ces dernières, une note avertissant d'un risque de chute de fragments de béton était inscrite sur les rapports de 5 inspections générales effectuées entre 2012 et 2013. Dans ce genre de situation, des opérations d'urgence sont rapidement mises en branle, a-t-on souligné hier. «À partir du moment où un ingénieur remet un rapport et note qu'il y a une fissure ou un risque de chute de béton, des travaux sont font dans les heures ou les jours qui suivent», a expliqué Mme Bensadoun. Les ponts et les viaducs sont inspectés partiellement chaque année par les ingénieurs du Ministère. Toutefois, les structures sont aussi scrutées à la loupe tous les trois ans tout au plus.

Opération délaminage

Après qu'un morceau de béton s'est détaché de la structure du viaduc Henri-Bourassa, hier, un ingénieur s'est rendu sur place afin d'effectuer un délaminage. «Comme c'était un problème de béton de surface, nous avons tout simplement délaminé à l'aide d'un marteau. Ainsi, ça nous a permis d'enlever les morceaux de béton qui auraient pu tomber», a indiqué Sarah Bensadoun. Le délaminage consiste à enlever le béton superficiel qui recouvre la structure d'un pont ou d'un viaduc qui menace de tomber. Ce béton, a expliqué la porte-parole du Ministère, est «esthétique», et l'enlever ne compromet pas la solidité de la structure. D'autres inspections devaient normalement être effectuées au cours de la nuit.

- Par Hugo Pilon-Larose 

***

Des chutes de béton fréquentes

> 4 juillet 2013

un morceau de béton de 15 cm se détache de la structure d'un viaduc ferroviaire, pendant la nuit, et tombe sur la rue Laviolette, à Trois-Rivières. Pas de blessé.

> 27 mai 2013

des morceaux de béton tombent d'un viaduc en chantier du boulevard Hamel, à Québec, sur une des voies de circulation de l'autoroute Robert-Bourassa. Pas de blessé.

> 25 juin 2012

des morceaux de béton tombent de l'autoroute Gardiner sur le boulevard Lake Shore, au centre-ville de Toronto, et frappent un véhicule. Au moins six incidents semblables sont rapportés au cours de cet été.

> 8 septembre 2011

un morceau de béton de plusieurs kilos se détache du viaduc du chemin du Fer-à-Cheval et tombe sur l'autoroute 20, à Sainte-Julie, en banlieue sud de Montréal. L'incident se produit au petit matin et ne fait pas de blessé.

> 31 juillet 2011

effondrement des paralumes du tunnel Ville-Marie sur l'autoroute 720 Est, à Montréal. Par miracle, personne n'est blessé. L'incident survient un dimanche matin, peu après 9 h.

> 15 février 2011

un bloc de béton de 30 cm sur 40 traverse le pare-brise et s'écrase sur le siège du passager d'un automobiliste circulant sur la route 132, au moment où il passe sous un viaduc de l'autoroute 10, près du pont Champlain, à Montréal.

> 3 mai 2010

plusieurs pièces de béton chutent d'un viaduc de l'autoroute Félix-Leclerc sur le boulevard Wilfrid-Hamel, à Québec, et percutent un véhicule. Personne n'est blessé.

- Par Bruno Bisson




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