Le dossier des prisonniers afghans disparaît peu à peu

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Lorsque le Globe and Mail a publié des informations faisant état de cas de torture en avril 2007, un feu de brousse politique a éclaté à Ottawa, ne s'apaisant que lorsque le gouvernement Harper a cédé sous la pression et signé une entente révisée avec les Afghans pour mettre sur pied un système de surveillance.

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Les dernières nouvelles de la situation du Canada en Afghanistan »

Murray Brewster
La Presse Canadienne
Kaboul

La question des droits de la personne était brûlante d'actualité au plus fort de la guerre en Afghanistan, déclenchant une crise politique qui a presque eu raison du gouvernement minoritaire de Stephen Harper en 2009.

Cinq ans plus tard, la controverse entourant la gestion des prisonniers talibans par le Canada - en particulier: ont-ils été torturés par les geôliers afghans? - a disparu plus rapidement de la sphère collective que la guerre elle-même.

Malgré tout, le dossier est toujours controversé en coulisses, particulièrement pour ceux qui s'inquiètent du jugement de l'Histoire. Car une question demeure encore sans réponse: combien y avait-il de prisonniers, au juste?

Tout comme la guerre, la réponse à cette question demeure complexe.

Selon le ministère des Affaires étrangères, 1023 personnes ont été emprisonnées. L'armée canadienne parle plutôt de 1069 individus capturés entre 2001 et 2011.

Pendant des années, le véritable chiffre est demeuré un secret bien gardé, un élément d'information vital - aux yeux des dirigeants - qui était trop important pour être dévoilé publiquement, afin d'éviter que l'ennemi n'en prenne connaissance.

Des informations incomplètes ont été publiées en ligne en 2010, mais il n'avait jamais été possible, jusqu'à maintenant, d'avoir une vision d'ensemble du dossier.

Des documents de la Défense et des Affaires étrangères indiquent non seulement les totaux finaux, mais présentent aussi un nouveau point de vue sur les derniers jours du programme canadien de surveillance des prisonniers à Kandahar et à Kaboul.

Alors que la controverse faisait rage au pays, le programme pourrait bien avoir sauvé des vies, indiquent les documents fédéraux: des diplomates se trouvant sur le terrain à l'époque ont mentionné que certains agents de renseignement afghans hésitaient à s'en prendre à des prisonniers capturés par le Canada, de peur de faire face à des représailles.

D'un autre côté, les programmes ont mis au jour l'indifférence réservée à ceux qui pouvaient avoir du sang canadien sur les mains. Certains étaient de véritables tueurs, d'autres des pauvres types qui ont supposément des résidus de poudre sur les mains. Faire la part des choses n'était pas simple.

Le Canada a perdu son innocence

Amnistie internationale et l'Association britanno-colombienne des droits de la personne ont longtemps lutté contre le gouvernement Harper afin de tenter de mettre fin aux transferts de prisonniers aux Afghans. La campagne de défense des droits de la personne s'est déroulée pendant des années devant les tribunaux, ainsi qu'auprès du «chien de garde de l'armée».

«Je crois que le Canada a vraiment perdu son innocence durant la controverse des détenus», affirme Paul Champ, qui a été l'avocat des deux organismes.

Le gouvernement n'a pas considéré que le respect des droits des prisonniers constituait une priorité lorsque la mission à Kandahar a commencé à prendre forme, mais en est rapidement venu à accepter de mauvaise grâce ses responsabilités, poursuit M. Champ. Le débat a entraîné des confrontations entre Canadiens comme cela se produit rarement, a-t-il soutenu.

«Cela a choqué plusieurs Canadiens parce que cela minait l'image que nous avions de nous-mêmes comme champions des droits de la personne à l'échelle mondiale, en plus de forcer bon nombre d'entre eux à vérifier si nos paroles correspondaient à nos actes.»

La question était de savoir si le Canada devenait complice d'avoir permis aux autorités afghanes d'infliger des mauvais traitements à ses ressortissants - une distinction avec d'éventuelles allégations de mauvais traitements par des Canadiens, qui a peut-être fait en sorte que l'affaire était facile à ignorer, pour certains.

Au départ, le Canada ne voulait rien savoir de ces détenus. Une entente, conclue à la fin 2005, juste avant la mission de combat à Kandahar, précisait que l'armée remettrait ses prisonniers aux autorités locales, y compris à la police et aux tristement célèbres services de renseignement afghans.

Il n'existait aucun mécanisme de suivi pour éviter les abus. Lorsque le Globe and Mail a publié des informations faisant état de cas de torture en avril 2007, un feu de brousse politique a éclaté à Ottawa, ne s'apaisant que lorsque le gouvernement Harper a cédé sous la pression et signé une entente révisée avec les Afghans pour mettre sur pied un système de surveillance.

Impossible, pour les conservateurs, d'enterrer l'affaire. En 2009, le diplomate Richard Colvin a jeté de l'huile sur le feu avec un témoignage accablant, en comité parlementaire, qui accusait le gouvernement de détourner le regard devant la torture dans les geôles afghanes et de tenter de dissimuler le tout.

Cela, conjugué au refus subséquent des conservateurs de divulguer publiquement des documents, a poussé l'opposition à passer à un cheveu de renverser le gouvernement, un destin que M. Harper a évité en prorogeant la Chambre.

En septembre 2012, plus d'un an après le retrait des forces canadiennes de la région de Kandahar, les Afghans ont pris le contrôle du centre de détention de Parwan, dans la région de Kaboul, qui était «désigné pour détenir des Afghans pour une durée indéfinie», mentionne une note de breffage adressé au ministre des Affaires étrangères John Baird.




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