José Bové scandalisé par son traitement par le Canada

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José Bové

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Le député européen écologiste José Bové, le plus célèbre des paysans français militant contre la mondialisation et les OGM, ne pourra pas faire la petite tournée au pays qu'il avait prévue pour dénoncer l'Accord économique commercial global, nouveau traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Hier soir, à l'aéroport Trudeau, des agents des services frontaliers lui ont fait savoir qu'il devait rentrer chez lui, qu'il était interdit d'entrée.

« Pourtant, je ne suis pas le pire des pires des terroristes », a-t-il déclaré hier soir en entrevue téléphonique de l'aéroport, où on venait tout juste de lui annoncer la décision canadienne. « Ils ont confisqué mon passeport et mes documents. Je peux aller à l'hôtel dormir. Mais à 16 h, je devrai prendre l'avion pour rentrer. »

Tiendra-t-il la conférence de presse déjà prévue aujourd'hui en matinée ? Bien sûr, a-t-il répondu. « Je parle, et s'ils veulent m'en empêcher, qu'ils viennent me chercher. »

La raison invoquée pour le déclarer persona non grata ? « Ils m'ont mentionné le démontage du McDonald et mes actions contre les OGM », a répondu le député. Pourtant, tout cela remonte à la fin des années 90.

« Je suis même venu à Québec en 2002, après tous ces événements... C'est singulier comme situation. »

Au bureau du premier ministre et du ministre de la Sécurité publique à Ottawa, on n'a pas été en mesure de commenter hier soir la décision du personnel de l'Agence des services frontaliers du Canada.

« Je ne suis pas venu ici en clandestin »

Invité par le Conseil des Canadiens - organisme militant contre les traités de libre-échange - , le député européen devait être au Centre Saint-Pierre, à Montréal, hier soir pour faire une conférence sur l'Accord économique commercial global (AECG), dont il est l'un des critiques européens les plus virulents. M. Bové estime que l'accord menace les petits et moyens agriculteurs à la faveur des multinationales.

Le député écologiste affirme avoir rempli tous les formulaires électroniques nécessaires pour venir au Canada après s'être informé des procédures en France, qu'il a présenté son passeport aux autorités en quittant son pays et que tout a été fait, à sa connaissance, en respectant la marche à suivre. « Je ne suis pas venu ici en clandestin. » Sauf qu'on lui a dit à l'aéroport de Montréal, au bout de près de six heures d'attente, qu'il aurait dû remplir un autre type de demande...

M. Bové a de la difficulté à croire que la décision de bloquer son voyage canadien n'a pas de motivation politique. « On propose un accord sur la libre circulation des biens et services, mais il n'y a pas de libre circulation des élus, c'est quand même assez incroyable », a-t-il déclaré.

« On sort l'arsenal judiciaire quand les gens dérangent. Est-ce parce que le premier ministre français arrive ici lui aussi cette semaine ? Je ne sais pas. Disons que ce soir, j'ai plus de questions que de réponses. »

Au Conseil des Canadiens, la réaction a été cinglante. « C'est super hypocrite. On veut faire le libre-échange de biens et de services, mais pas entendre parler la démocratie », a commenté sa porte-parole Sujata Day. « On laisse venir au Canada les gens qui défendent l'accord, mais pas ceux qui le critiquent ? C'est exactement de ça qu'on parle quand on dit qu'autour de ces traités, il y a un grave déficit démocratique. »

Pierre-Yves Serinet, coordonnateur du Réseau québécois d'intégration continentale, autre organisateur de la discussion à laquelle M. Bové devait participer, s'est dit lui aussi choqué. « On est scandalisés face à cette expulsion. On espérait créer des conditions pour un débat », a-t-il déclaré, avant d'ajouter qu'il n'y avait rien de progressiste à limiter la mobilité des élus et des opinions.

« Tout ça est extrêmement curieux », a commenté Jean-Marc Desfilhes, attaché politique de M. Bové, qui était dans le même avion que le député, mais qui est entré au Canada sans difficulté.

« En Europe, il est un de ceux qui s'expriment le plus fortement contre le traité avec le Canada et là, il est bloqué à la frontière. Il y a forcément quelque chose de politique. »

La discussion au Centre Saint-Pierre est quand même allée de l'avant, hier soir.

L'AECG a été passé au crible, le Partenariat transpacifique (PTP) aussi, même le projet Énergie Est... Il y avait des producteurs agricoles, des militants contre les OGM, des citoyens engagés qui se demandaient comment agir politiquement pour faire connaître leurs réticences par rapport à un accord commercial qui leur fait peur. Les agriculteurs présents ont dit craindre une éventuelle concurrence féroce des produits européens profitant de subventions, notamment le fromage.

Beaucoup ont déploré le manque de discussion publique, médiatique, sur l'AECG, une entente entre l'Europe et le Canada qui diminuerait radicalement les tarifs entre les deux entités politiques et qui doit franchir le 27 octobre une étape importante : sa signature officielle avant le début du processus de ratification par les élus. Le premier ministre français Manuel Valls doit d'ailleurs arriver au Canada demain afin de faire campagne pour l'accord commercial.

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