itinérance: Richard le miraculé

Richard se souvient très bien de ce jour... (Photo Alain Roberge, La Presse)

Agrandir

Richard se souvient très bien de ce jour où il a, pour la première fois, tourné la clé dans la serrure de son logement. «Ouvrir ta porte avec une clé. Te coucher quand tu veux. Te lever quand tu veux. Je capotais.»

Photo Alain Roberge, La Presse

Katia Gagnon
La Presse

Il y a maintenant quatre ans que Richard vit dans son coquet logement au balcon en demi-lune, niché au fond d'une cour intérieure fleurie. Depuis l'âge de 14 ans, il n'avait jamais passé plus d'un an dans un logement.

Richard aura 52 ans cette année.

L'homme se souvient très bien de ce jour où il a, pour la première fois, tourné la clé dans la serrure de son logement. «Ouvrir ta porte avec une clé. Te coucher quand tu veux. Te lever quand tu veux. Je capotais.»

À partir de 14 ans, âge où il a quitté la maison de sa mère alcoolique, Richard a été sans-abri. Sporadiquement, il a vécu en logement. «Mais je consommais, je finissais par ne pas payer mon loyer et je retournais dans la rue.»

Pendant toutes ces années, Richard cultivait sa colère intérieure. «Dans la rue, tu en veux à tout le monde. Tu vis dans la rage. Dans les refuges, ils te mettent dehors à 7h le matin même s'il fait -30.»

Il a fait cinq tentatives de suicide.

Puis, il a rencontré un intervenant de Chez soi. Qui lui a proposé, miracle, un logement. Richard s'est retrouvé à visiter ce petit deux et demi, au fond de la cour intérieure. «Tout de suite, je me suis dit: «Je vais faire quelque chose de pas pire avec ça».»

Aujourd'hui, il y a un barbecue sur le balcon, une table de jardin, une chaîne stéréo, de jolies lampes, des cadres aux murs. Tout ça trouvé dans les ordures. Richard a peint un mur de briques en trompe-l'oeil dans le salon. En entrant chez lui, on ne croirait jamais être dans le logement d'un ancien sans-abri.

Et pourtant, ces quatre années en logement ont été pour lui l'équivalent d'une montée de l'Everest. «J'étais pas beau à voir quand je suis arrivé. J'étais sur la dépression. Et là, il fallait prendre des responsabilités. T'es dans la rue, tu te fais servir des repas, mais là, il faut que tu les fasses, tes repas! Tu dois faire ton budget. C'était un sacré casse-tête. Et beaucoup de stress.»

D'autant plus que son passé trouble l'a rattrapé: au cours de ses années d'errance, Richard avait fraudé l'aide sociale et Hydro-Québec. Il avait des contraventions impayées depuis des années. Il s'est donc installé dans son logement avec 6000$ de dettes. Son chèque d'aide sociale, amputé de la somme qu'il devait, s'élevait à 300$ par mois.

«Le plus dur, ç'a été de faire face à mes responsabilités. Tout ce que tu as magouillé dans ta vie te revient.»

Nancy Lalime, son intervenante, qui le visitait toutes les semaines, a volé à son secours plusieurs fois. «Il en a arraché», dit-elle avec un sourire. Ils ont convenu de mettre le chèque de Richard en fiducie pour sécuriser le montant du loyer.

Peu à peu, un jour à la fois, Richard et Nancy ont grimpé l'Everest. Richard a même repris contact avec son fils. «Je lui ai dit que j'avais un logement. Il est venu ici. Recevoir mon gars chez moi: c'était quelque chose.»

Sur le babillard, au-dessus de la table de cuisine, Richard est photographié avec sa petite-fille, née il y a trois ans. Le père, le fils retrouvé et la petite-fille. Et juste à côté, il y a la photo de Nancy. Qui, désormais et pour toujours, fait partie de la famille de Richard.

«Nancy, c'est comme ma mère.»




À découvrir sur LaPresse.ca

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer