Voyager, c’est comme rouler sur une route de montagne. Mais parmi les hauts et les bas, il restera toujours ces souvenirs indélébiles qu’on emporte avec soi toute sa vie. Une fois par mois, La Presse raconte les aventures, petites ou grandes, de voyageurs qui n’ont pas froid aux yeux. Aujourd’hui : un couple de nouveaux retraités qui parcourent le monde en tandem depuis près de 40 ans.

Publié le 15 juin
Laila Maalouf
Laila Maalouf La Presse

Josée Blackburn et Robert Bibeau n’étaient pas encore mariés qu’ils traversaient l’océan pour parcourir l’Europe à deux roues. C’était en 1984.

« C’était notre premier test, si on veut, raconte Robert. Il a plu tous les jours pendant le premier mois, d’Amsterdam jusqu’à Bonn ! Je me rappelle qu’on montait la tente sur une pelouse détrempée. » Bref, un scénario à la « ça passe ou ça casse… »

« Et ça a l’air que ça a passé ! », s’exclame-t-il en riant.

Finalement, les deux horticulteurs ne se seront pas seulement rendus jusqu’en Suisse, où ils avaient prévu de faire les vendanges, cette année-là. Ils ont pédalé jusqu’en Égypte, effectuant une petite partie du trajet en train. Et depuis, ils ont visité près d’une cinquantaine de pays ensemble.

Sur la route

Fin avril, ils ont quitté Montréal après avoir loué leur maison pour deux ans, même s’ils comptent revenir au Québec tous les six mois. Pour des questions d’assurances médicales — la soixantaine n’aidant pas !, ironise Robert —, pour donner un cours de vélo dans une polyvalente à l’automne, mais surtout pour voir leurs deux enfants et leurs trois petits-enfants — avec qui ils ont commencé à faire de courtes escapades à deux roues au Québec.

Après être arrivés en Écosse sans leur tandem ni leurs bagages (perdus à Toronto !), ils ont enfin pu prendre la route. Au moment où on leur a parlé, fin mai, ils rechargeaient leurs batteries en Angleterre, dans un Airbnb. Un luxe qu’ils ne s’accordent qu’en cas de force majeure, lorsque la fatigue de la route prend le dessus, que camper n’est pas possible ou qu’aucune invitation de la communauté Warm Showers ne s’est offerte à eux.

« On voyage à petit budget », souligne Josée. De 50 $, il est désormais passé à 60 $ par jour pour les deux — inflation oblige.

S’ils n’hésitent pas à faire du camping sauvage là où c’est permis, comme en Écosse, c’est l’option Warm Showers qu’ils préfèrent, parce qu’elle leur permet de faire les rencontres les plus enrichissantes. « On a été hébergés par des médecins qui nous ont expliqué comment s’est passée la pandémie », raconte Robert, alors que Josée a pris plaisir à s’informer sur le fonctionnement du système de santé ou encore les tarifs en garderie.

PHOTO FOURNIE PAR nomadesavelos

En Écosse, en mai dernier

C’est d’ailleurs ainsi qu’au Mexique, en 2018, ils ont dormi autant dans de somptueuses demeures que dans des maisons sans eau courante. Des anecdotes de voyage, ils en ont à la pelle, et ils s’amusent à les relater sur leur blogue au fil de leurs pérégrinations. Comme cette fois au Salvador où Robert vomissait sur le bord d’un fossé et qu’un Salvadorien qui avait vécu au Québec s’est arrêté pour leur offrir de l’aide. « Ça a été mon ange gardien », se souvient-il.

Il y a aussi eu cet accident de vélo au Maroc, en 2009. Heureusement, ils n’étaient pas dessus, mais il a quand même été gravement endommagé… par le chef de police du petit village. « Ça a fait un évènement, se rappelle Josée en riant. Tout le monde nous saluait et nous invitait. »

Et même si on a déjà essayé de leur voler leurs sacs à Mendoza, en Argentine, jamais il ne leur est arrivé quoi que ce soit « d’extraordinairement négatif », souligne-t-elle.

La passion du vélo

Après avoir fait l’expérience de la randonnée en sac à dos au Pérou, en 2005, Josée Blackburn et Robert Bibeau sont rapidement revenus aux voyages à deux roues. Pourquoi ? Pour la liberté que procure ce mode de transport, répond Robert sans hésiter.

« Mais surtout pour ne pas avoir de poids sur les épaules », ajoute Josée en riant.

S’ils ont choisi le tandem, c’est qu’ils peuvent ainsi se parler en roulant, malgré certains inconvénients — il est notamment refusé à bord de certains trains et autobus pour sa grandeur.

Le fait d’être sur une bicyclette double nivelle également les forces, explique Robert.

On fait chacun l’effort qu’on est capable de donner et on arrive en haut de la côte en même temps. Et à la fin de la journée, on arrive aussi épuisés l’un que l’autre.

Robert Bibeau

En revanche, la personne qui pédale à l’arrière – en l’occurrence Josée — doit complètement s’abandonner au conducteur parce qu’elle n’a aucun contrôle.

Pour leur prochain voyage prévu en novembre, en Nouvelle-Zélande, ils partiront toutefois avec deux vélos pour pouvoir emprunter les sentiers hors piste recommandés aux cyclistes.

Mais d’ici là, bien des paysages les attendent encore. Après avoir parcouru plus de 1300 km en un mois au Royaume-Uni, Josée et Robert s’apprêtent à prendre le traversier pour pédaler sur les sentiers du passé, en revenant là, où, 38 ans plus tôt, leur premier périple a commencé — à Amsterdam. Puis ils rouleront jusqu’en Scandinavie, d’où ils reprendront l’avion pour Montréal d’ici septembre prochain, fidèles à leur habitude de laisser une grande part d’improvisation à leurs plans.

L’aventure ne fait que (re)commencer.

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