(Paris) Malgré le retour des touristes après deux années de pandémie, la tour Eiffel, le plus célèbre monument français, s’apprête à vivre « encore une année difficile » en 2022, explique dans un entretien à l’AFP le président de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) Jean-François Martins.

Publié le 25 mai
Pierrick YVON Agence France-Presse

Le monument parisien attire environ 20 000 personnes par jour, comme au bon vieux temps. Aidés par la météo, « ces vacances scolaires et les week-ends ensoleillés ont confirmé l’attractivité de la tour sur le marché français et européen proche », souligne M. Martins.

Le retour en force des Européens (60 %), la « bonne présence des Américains » (17 %) et des Français, une « vraie nouveauté » (15 %), sont les tendances fortes après deux fermetures, d’une durée cumulée d’un an, provoquées par la pandémie de COVID-19.

Objectif 5,5 millions

De quoi compenser partiellement le lent redémarrage des voyagistes et l’absence des « marchés lointains », notamment les Asiatiques : la tour Eiffel, qui a accueilli 1,6 million de visiteurs depuis le début de l’année, vise 5,5 millions d’entrées pour 2022, « soit 10 % de moins qu’en 2019 », dernière année de référence.

« Cela peut paraître extrêmement positif, mais les 10 % qui manquent, c’est notre marge », résume M. Martins. Et si le déficit pour 2021 a été plus faible que prévu grâce à « une bonne fin d’année » — 43 millions au lieu de 70, après 52 millions en 2020 —, la SETE « devrait encore avoir une année difficile » financièrement en 2022.

« Cette nouvelle situation déficitaire nécessitera très probablement une nouvelle recapitalisation » par les actionnaires de l’entreprise, indique son président, qui espère toujours une aide spécifique de l’État.

En attendant, le monument est toujours aux prises avec sa 20e campagne de peinture, qui vise à lui redonner sa couleur « jaune-brun » d’origine en vue des Jeux olympiques de 2024 à Paris. De 50 millions d’euros au départ, le coût a grimpé à 92 millions, indique son dirigeant qui garde l’objectif de terminer l’opération « si possible avant les Jeux ».

Débutée en 2019, l’opération a été compliquée et ralentie par la découverte de traces de plomb dans les couches antérieures. Cette menace sanitaire « reste le sujet de préoccupation majeure du chantier de peinture, qui justifie que nous fassions 114 prélèvements par semaine, dont 92 sur les zones publiques », souligne l’ancien adjoint au sport et au tourisme à la Mairie de Paris.

Actes de délinquance

« Dès qu’il y a un taux supérieur à la norme, on nettoie et on essaye de comprendre. On contrôle que tout cela reste maîtrisé, sous les seuils », détaille-t-il.

Autre sujet sensible pour la tour Eiffel : les actes délinquance sur le site, plus nombreux avec le retour des touristes. Fin avril, une importante opération de police venait chasser pickpockets, vendeurs à la sauvette ou joueurs de bonneteau, principaux actes de délinquance recensés.  

« Le problème est réel, tant pour nos visiteurs que pour nos collaborateurs », reconnaît M. Martins qui réclame une présence policière « permanente ».

La SETE garde également un œil ouvert sur la question environnementale. L’abattage prévu au pied de la tour Eiffel d’une vingtaine d’arbres, dont certains très vieux, dans le cadre du projet pour permettre la construction de bagageries et de locaux pour les employés, a suscité une telle polémique fin avril que la mairie de Paris y a renoncé en quelques jours.

L’engagement de ne plus les abattre « nous oblige à revoir le projet », concède M. Martins pour qui la SETE « a des besoins vitaux d’héberger (ses) équipes » provisoirement installées dans des modules.  

Quant aux bagageries, « souhaitables », mais pas « nécessaires », « on n’en a pas eu pendant 133 ans, on va peut-être survivre quelques années de plus. »