(Paris) Art contemporain, lumière douce… : la cathédrale Notre-Dame de Paris, partiellement détruite par un incendie en 2019, va être réaménagée pour « mieux accueillir » le public dans « le respect du culte », selon le diocèse qui en a la charge, mais le projet suscite des critiques.

Publié le 29 nov. 2021
Sandra BIFFOT-LACUT Agence France-Presse

Au programme de cette « modernisation » : lumière à hauteur de visage, bancs à roulettes dotés de lumignons pour remplacer les vieilles chaises séculaires qui descendront dans la crypte, art contemporain et phrases bibliques projetées dans plusieurs langues sur les murs, explique à l’AFP le père Gilles Drouin.

Le projet, mûri « depuis deux ans et demi », lui a été confié par l’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit. Il sera présenté le 9 décembre à la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), chargée de donner son avis.

De quoi alimenter l’inquiétude des défenseurs de l’histoire de France et du patrimoine ainsi que les moqueries de la presse étrangère qui l’a qualifié de nouveau « Disneyland politiquement correct » (The Telegraph).

« L’Église peut se montrer moderne en faisant entrer une lumière plus spirituelle plutôt qu’une lumière rasante sur les visages », commente auprès de l’AFP l’animateur Stéphane Bern, chargé par le président français Emmanuel Macron d’une mission pour la sauvegarde du patrimoine.

Pour lui, « le vrai enjeu » est « les abords de Notre-Dame ». « Il faut, dit-il, faire un musée de l’histoire de France pour le monde entier avec les trésors de Notre-Dame », déplorant le sort de l’Hôtel-Dieu, plus vieil hôpital de Paris situé juste à côté de la cathédrale. Il aurait pu, selon lui, abriter ce musée mais doit céder un tiers de sa surface à un promoteur immobilier.

Le père Drouin, directeur de l’Institut supérieur de liturgie, défend son projet. Il dément toute tentative de transformation radicale : l’objectif, dit-il est de conserver Notre-Dame comme « lieu de culte » et de « mieux accueillir » et informer le public qui « n’a pas toujours de culture chrétienne ».

Lorsqu’ils retrouveront Notre-Dame en 2024, selon le calendrier des travaux prévu à ce jour, les fidèles et visiteurs du monde entier devraient entrer par la grande porte centrale et non plus par les portes latérales, et bénéficier d’un parcours aéré autour de l’axe central allant de la nef au chœur.

L’autel restera au même endroit. Un tabernacle (meuble qui abrite hosties et ciboire) qui « était mal placé » sera installé au fond du chœur et un nouveau baptistère (petit édifice servant traditionnellement aux baptêmes), dans l’entrée de la nef. Seuls « quatre des confessionnaux » seront conservés. Les « six ou sept autres seront remontés au premier étage de la cathédrale », détaille-t-il.

La Nativité expliquée aux Chinois

Pour faciliter encore plus la circulation en cas d’affluence, les chaises en paille séculaires descendront à la cave ou crypte Soufflot située sous la cathédrale et qui sera utilisée « comme espace de stockage » rendu plus accessible grâce à un « monte-charge ».

Quant aux chapelles latérales de l’édifice, elles étaient « dans un état épouvantable » avant l’incendie et seront complètement rénovées au profit de la mise en valeur d’œuvres d’art : « des tableaux anciens des XVIe et XVIIIe siècles qui dialogueront avec des objets d’art contemporains ».

« Un cycle de tapisseries » notamment, dit l’ecclésiastique sans laisser filtrer de nom. « La cathédrale s’est toujours ouverte à l’art de son époque jusqu’à la grande croix dorée du sculpteur Marc Couturier installée par le cardinal Lustiger en 1994 », souligne-t-il.

Pour illuminer le tout, le diocèse souhaite « des lumières plus douces à hauteur de visage d’homme » qui donneront une ambiance plus intimiste aux 2400 messes et 150 concerts annuels. Il a confié ce travail à un collectif d’artistes parmi lesquels le sculpteur de lumière Patrick Rimoux.

Enfin, pour une meilleure compréhension de l’histoire du christianisme, il souhaite projeter sur les murs « des phrases bibliques ou de tradition spirituelle chrétienne » dans plusieurs langues dont le choix n’est pas encore arrêté.

« Un Chinois par exemple ne comprend pas forcément la Nativité de la Vierge. Or, depuis qu’il y a des caractères chinois inscrits sur des bannières dans la chapelle de Saint-Paul Cheng (martyr chinois) dans la cathédrale, les visiteurs de l’Empire du Milieu s’arrêtent et allument des bougies », relève-t-il.