Vous projetez un séjour à Paris ? Soyez prévenu : les bons vieux tickets de métro sont en voie de disparition.

Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

Depuis le 15 octobre, les carnets de 10 tickets ont commencé à disparaître progressivement, au profit de cartes à puce en plastique. Les tickets de carton ne seront plus offerts qu’à l’unité, au guichet, et à prix plus élevé. À terme, cela pourrait annoncer leur disparition pure et simple.

Ce pas technologique était sans doute inéluctable. Mais pour certains, il marque la fin d’un symbole dans l’imaginaire parisien.

« Le ticket de métro est une petite icône », résume l’historien Grégoire Thonnat, auteur du livre Petite histoire du ticket de métro parisien, lancé en 2010, et réédité trois fois depuis.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DES ÉDITIONS TÉLÉMAQUE

Petite histoire du ticket de métro parisien, de Grégoire Thonnat

Né il y a 121 ans, en même temps que le « métropolitain », le ticket de métro a traversé les modes, les époques. Il a connu l’Exposition universelle de 1900, l’occupation allemande, la Libération, les évènements de mai 68, la crise des gilets jaunes… Serge Gainsbourg en a même fait une chanson (Le poinçonneur des lilas) qui a largement contribué à son mythe.

Symbole du quotidien

Longue histoire pour un objet d’à peine 3 cm x 6,5 cm. Mais avant tout, une histoire du quotidien, souligne Grégoire Thonnat.

« Jeunes, vieux, pauvres, riches, tout le monde a eu ce ticket entre les mains, souligne-t-il. Il a servi comme titre de transport, mais aussi de marque-page pour les livres, de filtre pour se rouler un pétard, de support pour écrire votre numéro de téléphone quand vous draguez », lance-t-il.

Pour l’historien, le ticket de métro est carrément une « madeleine de Proust », en ce qu’il évoque, à sa seule vue, des moments, agréables ou non, passés dans les souterrains parisiens.

« Beaucoup de gens ont des souvenirs forts reliés au métro », dit-il.

En plus de 120 ans, le ticket de métro parisien a aussi eu le temps d’évoluer. Son format, son graphisme, ses couleurs ont changé au fil des ans. Il a été brun, mauve, jaune, vert jade, puis blanc depuis 2007.

  • Guichet du métro, vers 1900

    PHOTO TIRÉE DE LA COLLECTION GRÉGOIRE THONNAT

    Guichet du métro, vers 1900

  • Un ticket de métro parisien, en 1900

    PHOTO TIRÉE DE LA COLLECTION GRÉGOIRE THONNAT

    Un ticket de métro parisien, en 1900

  • Un ticket de métro datant de 1941

    PHOTO TIRÉE DE LA COLLECTION GRÉGOIRE THONNAT

    Un ticket de métro datant de 1941

  • Ce ticket de couleur jaune, plus récent, date de 1978.

    PHOTO TIRÉE DE LA COLLECTION GRÉGOIRE THONNAT

    Ce ticket de couleur jaune, plus récent, date de 1978.

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Jusqu’à la fin des années 1950, on pouvait en acheter pour des compartiments de 1re ou 2e classe. Il était « composté » à l’entrée des quais par des contrôleurs (d’où la chanson de Gainsbourg) jusqu’à ce qu’on implante les tourniquets, en 1968.

Pour toutes ces raisons, « il est aussi le reflet de l’évolution des modes de transport et donc des modes de vie des Parisiens », ajoute Grégoire Thonnat.

La dématérialisation du ticket

PHOTO VIOLAINE BALLIVY, ARCHIVES LA PRESSE

Le métro de Paris est un des plus vieux du monde.

Le métro parisien, l’un des plus vieux du monde (au sixième rang, après ceux de Londres, Istanbul, Chicago, Glasgow et Budapest), a connu un vrai succès dès son inauguration, en 1900, accueillant 30 000 personnes dès le premier jour. En 1946, ils étaient 1,6 milliard à l’utiliser chaque année. La fréquentation a baissé dans les années 1970, avant de remonter en force. Avant la pandémie en 2019, 1,5 million de personnes l’utilisaient, sans compter le RER (métro de banlieue), avec près de 500 000 utilisateurs. Le réseau, saturé, est en voie d’être désengorgé par la construction du Grand Paris Express, métro de banlieue qui doit compléter le RER et être inauguré vers 2025.

Le retrait progressif du ticket de métro est justifié par des raisons de fluidité et d’écologie. Les voyageurs seront invités à utiliser de nouveaux titres dématérialisés, au moyen d’une carte à puce ou d’un téléphone intelligent.

Pour les touristes, la carte Navigo Easy est conseillée. Elle pourra être achetée dans les machines, comme pour les tickets de métro classiques. Trois lignes de métro seront d’abord concernées (3, 6, 10), puis la quasi-totalité du réseau, dès janvier prochain.

Un brin nostalgique, Grégoire Thonnat se demande si les arguments avancés sont vraiment valables. « Tant mieux si ça améliore le trafic, dit-il. Mais le carton, lui, on peut le recycler... Une carte plastique avec des composants électroniques à l’intérieur, est-ce vraiment mieux pour l’environnement ? », demande l’historien.