À l'ombre des chefs-d'oeuvre de la Renaissance, l'art contemporain est en pleine effervescence à Rome. Les vedettes mondiales de l'architecture y conçoivent des bâtiments audacieux pour abriter des collections d'avant-garde. Les sites archéologiques accueillent des installations d'artistes renommés tandis que de jeunes créateurs installent leur studio dans d'anciennes usines de pâtes, trattorias, écuries ou fabriques de verre.Voici quatre musées qui donnent un aperçu du dynamisme de l'art contemporain à Rome.

Andrée Lebel LA PRESSE

Musée national des arts du XXIe siècle (MAXXI)

Inauguré en 2010, ce musée a été conçu par la star anglo-irakienne de l'architecture Zaha Hadid. L'institution consacrée à la créativité contemporaine accueille des expositions, des performances, des ateliers et des conférences. C'est un véritable centre d'expérimentation et d'innovation.

Le bâtiment est aussi intéressant que son contenu. Il s'insère discrètement dans le quartier Flaminio, derrière des façades anciennes. Construit sur un terrain en forme de L, c'est un ensemble de lignes sinueuses qui ondulent et se croisent. La hauteur des différents modules ne dépasse jamais celle des immeubles environnants. La structure futuriste en béton, acier et verre est recouverte d'un toit en bois et plexiglas qui permet de contrôler la lumière naturelle. En fait, c'est une réalisation qui combine architecture, design et urbanisme.

Dès le hall d'entrée, la sobriété et la fluidité nous impressionnent. Les lignes droites des escaliers et des passerelles relient les différents modules qui suivent les courbes de la structure. Ces lignes noires tranchent sur les murs blancs. On dirait des autoroutes à plusieurs niveaux. Les volumes changent, les points de vue sont souvent inattendus et les espaces varient. De grandes fenêtres judicieusement placées s'ouvrent sur les alentours.

Le Musée national des arts du XXIe siècle abrite en fait deux musées: le MAXXI Architettura et le MAXXI Arte.

La collection permanente du MAXXI Architettura comprend plus de 75 000 dessins et projets des XXe et XXIe siècles. Plusieurs maquettes sont exposées. Elles ont été réalisées pour des concours internationaux ou encore pour mettre à l'épreuve les projets en deux dimensions. L'ensemble donne une bonne idée des tendances architecturales des dernières années autour du monde.

La collection du Maxxi Arte possède plus de 300 travaux d'artistes internationaux qui sont exposés en rotation et qui mettent l'accent sur les grands maîtres du XXe siècle comme point de référence pour les générations futures. Parmi les oeuvres permanentes, mentionnons la gigantesque sculpture-installation Widow de l'artiste Anish Kapoor.

www.fondazionemaxxi.it

Musée d'art contemporain de Rome (MACRO)

Récemment réaménagé, le MACRO rassemble les artistes italiens de l'après-guerre comme Achille Perilli et Leoncillo. Des expositions temporaires d'artistes émergents, italiens et étrangers sont régulièrement présentées, et plusieurs événements culturels ont lieu dans ce temple de la modernité.

Odile Decq a été invitée à créer l'aile contemporaine chapeautée d'un toit-jardin. Reconnue pour son audace, l'architecte française joue avec l'espace et la lumière de façon magistrale. Même si elle est située dans un quartier à l'architecture plutôt classique, la construction moderne étonne à peine. Via Nizza, une plantation de jeunes arbres conduit vers l'entrée.

L'intérieur est spectaculaire avec son plafond de verre multicolore. Les vastes espaces permettent d'accueillir des installations d'avant-garde tandis que la salle de conférence forme un bloc rouge vif au centre du hall. La terrasse sur le toit donne vue sur des immeubles dont les peintures murales sont comme un prolongement du musée. Cela complète et confirme l'intégration du musée à son environnement.

Les expositions temporaires profitent d'espaces faciles à moduler. L'immense sculpture de sacs de plastique de toutes les couleurs placée sous la verrière est très attirante, de même que les sculptures de verre de l'artiste camerounais Pascale Marthine Tayou. Quant à l'installation sur l'évolution de l'art à Rome entre 1960 et 2001, elle est un vibrant témoignage des 40 ans d'art et de culture qui font maintenant partie de l'identité de Rome.

Ayant plusieurs salles, le MACRO présente diverses expositions temporaires en même temps. On passe de l'une à l'autre aisément et le musée recèle tant de surprises qu'on a du mal à le quitter.

Autre pavillon, le MACRO Future est aménagé dans les anciens abattoirs de Rome. Des oeuvres d'art expérimentales se succèdent dans les vastes halls.

www.museomacro.org

Musée de l'Ara Pacis

C'est un bel exemple du mariage entre moderne et ancien au coeur même de Rome. L'Ara Pacis (autel de la paix) a été érigé en l'an 9 avant J.-C. pour célébrer les victoires de l'empereur Auguste en Gaule et en Espagne. Décoré de délicats bas-reliefs, c'est un chef-d'oeuvre de la sculpture romaine et un des plus beaux exemples de l'art classique.

À la fin du XXe siècle, l'Ara Pacis était menacé par les eaux du Tibre, la pollution et la circulation. Les autorités romaines ont invité Richard Meier à créer autour de l'Ara Pacis un bâtiment qui le protégerait. C'était le premier projet de construction dans le centre historique de Rome depuis la chute du fascisme.

Le recours à un architecte américain a suscité une controverse sans précédent, d'autant plus qu'il y a quantité d'architectes italiens renommés. Le projet a été décrié avant et pendant la construction aussi bien qu'à l'inauguration, en 2006.

L'oeuvre de Richard Meier éclaire toutefois le centre historique de Rome. En acier et en verre, avec des lignes droites et épurées, c'est un bâtiment lumineux, tout en transparence. Il répond à tous les critères modernes de conservation et est même doté d'un système de protection contre les tremblements de terre.

L'entrée au musée est gratuite et ce n'est qu'une fois dans le hall principal qu'on saisit toute la grandeur qui s'en dégage. Vu de l'intérieur, le quartier historique romain prend aussi une autre dimension.

www.arapacis.it

Galerie nationale d'art moderne et contemporain (GNAM)

Depuis son inauguration en 1883, la Galerie nationale d'art moderne et contemporain s'intéresse à l'art vivant. Le centre du musée est consacré à une exposition intitulée Excuse me, but is this art?. On peut y voir des oeuvres qui en leur temps ont suscité la controverse. Ces artistes critiqués, parfois même ridiculisés, sont aujourd'hui acclamés. Parmi les oeuvres, il y a des toiles lacérées du chef de file du mouvement spatial Lucio Fontana, l'urinoir de Marcel Duchamp, des anachromes de Piero Manzoni, les immenses toiles de plastique d'Alberto Burri, etc.

Le GNAM fait partie des grands musées d'art de Rome et accueille des expositions temporaires d'art contemporain. Récemment, Gino Marotta a exposé ses animaux en plexi et Shay Frisch a été invitée à monter ses installations de lumières DEL.

Le GNAM regroupe la plus grande collection d'art moderne en Italie. Il compte plus de 4400 peintures et sculptures, 13 000 dessins et estampes d'artistes des XIXe et XXe siècles. Plus de 1100 oeuvres sont exposées dans les 55 salles où les artistes italiens côtoient les artistes étrangers. De Chirico, Modigliani et Giacometti à Cézanne, Braque, Kandinsky, Mondrian et Pollock, le parcours constitue un bel aperçu de l'art moderne et suscite une réflexion sur l'art contemporain.

www.gnam.beniculturali.it