Elle s'était exilée à New York pour faire ses premiers pas dans la mode. Dix ans plus tard, c'est en styliste respectée, et en femme d'affaires accomplie, que Victoria Beckham a défilé dimanche à Londres, chez elle, pour la première fois.

Edouard GUIHAIRE AGENCE FRANCE-PRESSE

Plus de 400 points de vente répartis dans une cinquantaine de pays, des bureaux à Londres et New York, un chiffre d'affaires de plus de 60 millions de dollars : VB a fait du chemin depuis son premier défilé en 2008.

C'était à New York, et cette passionnée de mode affrontait un défi de taille : convaincre qu'elle avait les épaules pour s'imposer durablement dans un secteur particulièrement concurrentiel et exigeant, et dépasser son double statut de chanteuse des Spice Girls et de wag (femme de footballeur anglais).

Au départ, « beaucoup ne la voyaient que comme une énième célébrité poussée par l'envie de faire de la mode », souligne Andrew Groves, professeur de mode à l'Université de Westminster, interrogé par l'AFP.

« Mais, à force de travail et de détermination, elle a prouvé que ses détracteurs avaient tort. »

C'est peut-être pour cette raison que Victoria Beckham a attendu une décennie avant de prendre le chemin de la Semaine de la mode de Londres : pour y défiler en tant que designer reconnu, et non en devenir.

La présentation, fermée en grande partie aux photographes de presse, a lieu dans une galerie d'art contemporain, juste à côté de son magasin de Mayfair, le quartier du luxe et de la mode à Londres.

Sans surprise, il y a au premier rang la tribu Beckham au grand complet : son mari, la mégavedette David Beckham, et leurs quatre enfants, Brooklyn, Harper, Romeo, et Cruz.

Pour la saison printemps-été 2019, Victoria Beckham revisite ce classicisme chic qui a fait son succès, avec des lignes fluides et élégantes, faciles à porter, mais confirme aussi une évolution amorcée depuis quelques années vers des coupes plus audacieuses ou asymétriques, et des juxtapositions de matières.

La créatrice de 44 ans joue sur les contrastes en agrémentant ses tons fétiches, noir, gris, blanc, de couleurs plus aériennes (bleu bleuet) ou qui tranchent (rubis), et mélange vestiaires masculin et féminin avec des pantalons larges portés avec des hauts en dentelle, façon négligée.

Emue et souriante en fin de défilé, Victoria Beckham est allée directement embrasser les siens, avant de saluer longuement les invités.

« Aujourd'hui est une étape importante : notre dixième anniversaire, et mon premier spectacle à Londres. Je suis vraiment heureuse de pouvoir célébrer cette saison à la maison », a-t-elle écrit dans un communiqué.

« Incroyable aventure »

Revenant sur les dix ans écoulés, elle avait confié cette semaine dans une entrevue au Telegraph avoir vécu une « incroyable aventure, même quand les choses ont été difficiles ».

Ambitieuse, celle qui disait en 2013 au New York Times Magazine vouloir « construire un empire » a consolidé en 2017 la structure de « Victoria Beckham Limited » (VBL), son entreprise, avec un investissement de plus de 51 millions de dollars de la société NEO Investment Partners, spécialisée dans les marques de luxe, valorisant, selon le magazine Business of Fashion, la marque à plus de 150 millions de dollars.

VBL devra toutefois parvenir à réduire ses pertes, qui ont atteint fin 2016 plus de 14 millions de dollars, soit presque deux fois plus que l'année précédente, selon les derniers documents comptables disponibles.

Reste qu'un « tel déficit n'est pas unique dans ce secteur et ne constitue pas nécessairement un manque de crédibilité », a dit à l'AFP Naomi Braithwaite, professeure de mode à la Nottingham Trent University.

« Il faut du temps pour construire une marque, d'autant qu'elle est en concurrence avec des marques qui ont une très longue histoire. »

Et les Spice Girls dans tout ça ? Selon le tabloïd Sun On Sunday, le girls band le plus célèbre de l'histoire pourrait remettre le couvert en 2019, avec une tournée de 13 dates, mais sans Posh Spice, qui semble avoir tiré un trait sur sa première vie de vedette de la pop.

« Je ne ferai pas de tournée », déclarait-elle récemment à Vogue. Créatrice de mode, « c'est ce que je fais maintenant ».