Une décennie s'est écoulée depuis la première collection de vêtements signée Valérie Dumaine. Nous avons profité d'une visite à l'atelier de la designer pour faire avec elle l'inventaire de ses 10 printemps de carrière.

Mélanie Roy LA PRESSE

L'entrevue se déroulera... entre deux éternuements. Un virus, qui a eu l'amabilité d'attendre la fin de sa «période intense» avant de se développer. Valérie Dumaine ne s'en cache pas: les derniers mois ont été éreintants. Et le vrai moment de répit devra attendre encore un peu. À peine rentrée de Toronto, où elle a souligné son 10e anniversaire, à plus petite échelle qu'au centre MAI de Montréal le 21 mars dernier, elle doit veiller au contrôle de la qualité de sa collection printemps-été 2013, avant la livraison en boutique.

Qu'est-ce qu'ils t'ont appris, ces 10 ans, Valérie? La question est posée de but en blanc. Derrière ses lunettes de chat, de grands yeux noirs expressifs, un regard grave. «Tout ce qu'on ne m'avait pas enseigné à l'école, le volet le plus important: la production. Et même après 20 collections, je vis encore chaque saison des petits cauchemars, imprévisibles. Des tissus qui ne sont pas conformes à l'échantillon, d'autres qui s'effilochent, des doublures qui dépassent...»

Le long cours de cette décennie a aussi été ponctué de moments de grâce. Comme sa percée aux États-Unis en 2008, interrompue par la récession et une représentante qui a choisi de ne pas reprendre la route après son congé de maternité. Puis un succès inattendu au Japon, où ses créations sont vendues depuis l'an dernier dans une cinquantaine de succursales.

Mais le regard que Valérie Dumaine porte sur son travail est sans complaisance, loin d'en projeter une vision idéalisée. Elle se méfie du mot «tendance», lui préfère l'intemporel, n'hésite pas à se qualifier de (presque) «anti-mode». Ses influences sont souterraines, fusent surtout de l'extérieur: design, arts visuels, musique, cinéma. Elle cite dans le désordre le Bauhaus et l'esthétique minimaliste, le constructivisme russe, le punk et Berlin, la mode des années d'après-guerre. L'ambiance des films noirs de Dario Argento, le cinéma d'horreur coréen...

Des références qui témoignent du côté audacieux et incarné de ses vêtements, qu'elle souhaite toutefois accessibles. Elle réfléchit beaucoup à leur composition (lavable à la machine, si possible), à leur fonctionnalité, à la façon dont ils vont être portés par ses clientes. Résultat: des pièces aux lignes très graphiques qui valorisent toutes les silhouettes, un tour de force en soi.

Est-elle étonnée d'avoir survécu à ces 10 ans? Dernier écarquillement des yeux. «Non, parce que j'ai travaillé fort. J'y croyais, j'y crois toujours. Après deux ou trois ans, mon lot de difficultés et tous les astres contre moi, j'ai cru que c'était terminé. Puis, j'ai reçu un appel: les 10 000 étiquettes Valérie Dumaine que j'avais commandées étaient prêtes. Le déclic qu'il me fallait pour continuer.»

Joyeux anniversaire, Valérie. Rendez-vous dans 10 ans.

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En quelques mots

Nom : Valérie Dumaine

Profession : Designer

Lieu de naissance : Montréal

Sources d'inspiration : Le cinéma et les vidéoclips des années 60, 70 et 80, l'art concret, le désert, les gens....

Plaisir coupable : Styx!

Dans une vie antérieure, j'étais... Une grande exploratrice

Ma griffe, en trois mots : Épurée, moderne, élégante

Points de vente à Montréal : Unicorn, Three Monkeys, Magasin général Bruxe, Aza&Bella (Saint-Lambert)

En ligne : shopvaleriedumaine.com