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Libre d'être soi

Affirmer son identité pour les prochaines générations

Chris Bergeron a passé 40 ans de sa vie dans la peau d'un homme. Fatiguée de... (GRACIEUSETÉ DE COSSETTE)

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GRACIEUSETÉ DE COSSETTE

Chris Bergeron a passé 40 ans de sa vie dans la peau d'un homme. Fatiguée de vivre dans le déni, elle amorçait il y a cinq ans une longue transition vers la liberté d'être elle-même, d'être femme. Porte- étendard d'une importante agence de pub, respectée par ses pairs, elle transcende aujourd'hui les barrières au bénéfice des prochaines générations.

Chris Bergeron ne passe pas inaperçue, et elle le sait. « Je n'ai pas les cheveux bleus, je reste élégante, mais je n'ai pas le privilège de vivre pleinement ma féminité en raison de ma taille - je fais six pieds un -, de ma voix et de ma carrure. Je ne suis pas furtive », avoue-t-elle d'emblée.

Sans nul doute, partout où elle passe, cette belle grande brune à l'esprit vif et au sourire engageant se démarque, pas tant par son allure que par son talent. Vice-présidente, expérience et contenus chez Cossette, Chris dirige ses équipes avec brio et cumule les succès. « Mon objectif est clair : être la meilleure dans mon industrie. Les personnes trans n'ont pas le choix d'exceller. Autrement, ce serait trop facile de les ignorer. »

L'exaltation

Depuis qu'elle a décidé de vivre en adéquation avec elle-même et est sortie au grand jour, le flou identitaire s'est dissipé. C'était il y a cinq ans, peu après son arrivée à l'agence. Le communiqué la présentait alors comme « directeur » de création. Sa photo la montrait pourtant maquillée et en talons hauts. « Très vite, j'ai demandé qu'on change mon titre pour "directrice", raconte-t-elle. Il n'y a pas eu de coming out du jour au lendemain. Ça s'est fait naturellement. »

Il faut dire que depuis un moment déjà, Chris portait des jupes, se fardait et s'exprimait au féminin. Au bureau, aucune gestion de crise, donc - « ce n'était pas une crise » -, pour annoncer la transition. « Tout de suite, mes collègues m'ont acceptée. »

Certes, elle a connu une sorte d'exaltation. Imaginez : une femme trans avec une carrière, une nomination comme v.-p., une visibilité, des entrevues. Puis la poussière est retombée. « Au quotidien, rien n'a changé, à part mes prises de position sur la diversité. Je me lève le matin, je vais au travail et je reviens crevée comme tout le monde, dit-elle. À partir du moment où tu décides de vivre de façon authentique et d'afficher ta différence, les gens s'habituent. Une autre normalité s'installe. »

La longue envolée

Elle aura pourtant fait bien des détours pour en arriver là. Oubliez les Caitlyn Jenner de ce monde qui disparaissent un an et hop! reviennent en amazone. « C'est un long marathon », observe Chris qui déjà, dans les années 1990, osait le eye-liner et les chaussures à plateforme avant d'adopter le look androgyne à la David Bowie.

Et ce n'est pas fini : « Une part de combat demeure. Autant j'ai gagné la bataille du travail, autant ce n'est pas facile au quotidien. Mes voisins ne me disent pas bonjour, je me fais dévisager dans la rue et on me fouille aux douanes. Quand un chauffeur de taxi m'appelle mademoiselle, je me demande ce qu'il voit : une femme ? une femme trans ? un travesti ? Je m'efforce de ne pas y penser trop souvent... »

Heureusement, les mentalités évoluent grâce à la « résistance » de certaines têtes de pioche - elle pense notamment à l'actrice Gabrielle Boulianne-Tremblay, à la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard, ou encore aux protagonistes queer de la série américaine Pose. « Chaque fois qu'elles prennent le micro, elles éduquent et font valoir la liberté d'expression. »

Citoyenne à part entière

Elle-même est un exemple, sans pourtant se croire exemplaire. Devenue femme, elle refuse le diktat de la perfection, accepte mieux ses défauts et ceux des autres. « Étant moi-même imparfaite, je suis plus ouverte aux différences et aux histoires de chacun. Je crois qu'il faut avoir vécu un peu pour sortir de ses propres convictions. »

Ainsi, sa définition du « vivre librement » a-t-elle fait un 180 degrés. « Avant, j'aurais répondu : c'est faire ce qu'on veut, avoir une famille et assez de moyens pour réaliser ses rêves,          affirme-t-elle. Aujourd'hui, je dis : ne pas craindre pour sa santé et son bien-être, vivre dans une société où tu es libre d'exister comme citoyen. Ce qui m'importe, c'est de sécuriser nos droits pour que les prochaines générations puissent connaître le bonheur. »

Écoutez la conférence Je suis tabou prononcée par Chris Bergeron

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