Dominique Maltais avait du mal à cacher sa déception, jeudi, deux jours après avoir vécu «la pire journée» de sa carrière d'athlète.

Mis à jour le 18 févr. 2010
Caroline Touzin LA PRESSE

On aurait pu entendre une mouche voler lorsque l'athlète de snowboard cross a fait son entrée au centre des médias de Colombie-Britannique, accompagnée de son conjoint et de son père. L'air grave, elle s'est installée devant un parterre presque vide. Seule une poignée de journalistes - presque tous québécois - s'étaient déplacés.

Un immense contraste avec l'arrivée dans cette même salle plus tôt cette semaine du médaillé d'or Alexandre Bilodeau. Ce dernier avait été accueilli par une ovation de plusieurs dizaines de journalistes des grands médias canadiens et américains.

«Je trouve cela extrêmement difficile», a dit d'emblée la médaillée de bronze aux Jeux de Turin. Puis, elle a nuancé : «Mon expérience olympique est extraordinaire, à part ma course.» En réalisant l'ironie de la chose, Maltais a décoché un premier - et rare - sourire de la conférence de presse.

La journée de sa compétition, mardi, a été «la pire» de sa carrière, a résumé la jeune femme de Petite-Rivière-Saint-François. À sa dernière descente d'entraînement, à peine 40 minutes avant sa course, elle a chuté. Elle a craché du sang. Le diagnostic tombera plus tard ce soir-là : contusion pulmonaire.

L'athlète de 29 ans s'est alors sentie comme si elle avait été «heurtée par une voiture». Elle a tout de même décidé d'entamer la compétition. «Je pensais pouvoir retrouver ma confiance à la première descente, a-t-elle raconté. Je croyais tellement que je pouvais me retrouver sur le podium.»

Maltais a été disqualifiée à sa première descente de la journée pour avoir fauché une porte, puis une chute a confirmé son élimination lors de la seconde manche. L'épreuve - reportée de quelques heures en raison des mauvaises conditions météo - a été remportée par sa coéquipière, Maëlle Ricker.

«Comme athlète, bâtir sa confiance, ça prend des mois, des années. Mais parfois, après trois descentes, on a le moral à terre», a-t-elle illustré. L'athlète a reçu plus de 170 courriels d'encouragements au lendemain de l'épreuve. Un appel de Sylvie Fréchette - médaillée d'or en nage synchronisée aux JO de Barcelone et d'argent à Atlanta - lui a particulièrement fait du bien. «Sur le coup, on a de la misère à croire qu'on est encore bonne, encore capable. Mais quand on parle à des anciens athlètes comme Sylvie, on y croit un peu plus.»

La jeune femme a répété plusieurs fois à quel point elle était «très déçue». «Il faut prendre le temps de digérer tout cela», a-t-elle ajouté. Un homme qu'elle n'a pas nommé, jeudi, l'a aussi réconforté en lui décrivant sa douleur ressentie à la mort de son fils de 3 ans et demi. «Ça, c'est dramatique. Quand on se fait raconter des histoires comme cela, on se dit : " Je suis aux Jeux olympiques, j'ai tous mes morceaux, j'aime mon sport "«, a souligné l'athlète.

De son propre aveu, son père, Gérald Maltais, est plus ébranlé qu'elle. «Ma fille est déjà prête à reprendre le combat», a-t-il dit à La Presse. Il s'est mis à pleurer lorsqu'on lui a demandé la réaction de sa fille après l'épreuve. Cet après-midi-là, toujours assis dans les estrades de Cypress Mountain, où il venait d'assister à l'élimination de Dominique, son téléphone a sonné. C'était elle. «Excuse-moi, papa», lui a-t-elle dit. Aucune raison de s'excuser, lui a répondu ce père, visiblement très fier de sa fille.

Le conjoint de l'athlète, François Bilodeau, est impressionné par le courage de sa blonde. «Dominique a été blessée à un genou il y a deux, trois ans. L'an dernier, elle s'est cassé un poignet à l'automne, puis l'autre au printemps. Il y en a plusieurs qui auraient tout lâché. Pas elle», a-t-il dit, jeudi.

Sa blessure n'empêchera pas Dominique Maltais de poursuivre sa saison en Coupe du monde. Elle a gagné trois fois le bronze sur le circuit cette année. L'athlète de snowboard cross assure qu'elle poursuivra sa carrière l'an prochain.