Brent Lakatos a gagné une médaille d’or paralympique, obtenu de multiples titres de champion du monde et battu plusieurs records du monde. Le spécialiste de la piste a même gagné dimanche dernier son deuxième marathon. Cet athlète hors-norme est devenu l’un des meilleurs ambassadeurs du para-athlétisme canadien.

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À l’approche des qualifications pour les Jeux paralympiques de Tokyo, l’athlète en fauteuil roulant québécois de 40 ans, plus de 15 ans après ses débuts, fait toujours partie des favoris non seulement pour obtenir une place dans l’équipe, mais pour faire le plein de médailles. Regard sur les défis de la recherche d’une relève.

Richard Tétreault est entraîneur au Club d’athlétisme Saint-Laurent Sélect. Il se souvient des débuts de Lakatos en 2003 alors que celui-ci se démarquait surtout au basketball en fauteuil roulant. En fait, quand il n’était pas sur le court, celui qui allait choisir Tétreault comme premier entraîneur d’athlétisme démontrait sa vitesse en faisant des allers-retours hors du terrain.

« Le défi du recrutement a toujours été le nerf de la guerre », indique celui qui a toujours cette volonté d’encadrer un athlète au potentiel immense après plus de 30 ans d’expérience. « À partir du moment qu’on détecte un talent, on veut faire connaître notre sport, mais on n’a pas toujours l’organisation en arrière pour faire ce recrutement-là et pour le rendre efficace à longueur d’année. »

Et tous s’entendent sur une chose, atteindre les Jeux paralympiques est très difficile, particulièrement dans la course en fauteuil roulant.

« C’est un des sports les plus établis dans le monde paralympique, l’un des plus prestigieux, souligne Lakatos. Le niveau est très élevé. Pour les jeunes athlètes, ils voient les standards à faire et ils sont très loin. »

Les choix d’un entraîneur

Un entraîneur à temps partiel ne peut avoir un groupe illimité d’athlètes et doit composer avec les ressources à sa disposition. De plus, amener des athlètes en fauteuil roulant parmi l’élite nationale et internationale prend des années.

« Si tu veux que ton groupe soit le plus performant ou si tu le veux sur une plus longue période, il va falloir que tu le recrutes plus jeune. Idéalement, j’aimerais recruter des jeunes, souligne Richard Tétreault. On ne peut pas prendre un jeune de 16 ans et dire, dans trois ans, tu vas aller à la vitesse de Bruny Surin, à moins d’avoir le talent exceptionnel. »

L’entraîneur rappelle que quelques années se sont écoulées entre les débuts de Brent Lakatos en para-athlétisme et ses premiers Jeux paralympiques, à Athènes en 2004.

« Il n’a peut-être pas eu une médaille comme il le voulait à ses premiers Jeux, mais on a vu ce qui est arrivé par la suite », dit-il en évoquant les sept médailles paralympiques qu’il a gagnées depuis. Après trois médailles d’argent à Londres, il a ajouté l’or une fois à Rio, en plus d’une médaille d’argent et deux de bronze.

Relever des défis

Il n’y a pas de solution unique pour améliorer le recrutement en course en fauteuil roulant et il se fait parfois de façon inattendue. Un athlète peut contacter un club pour s’entraîner, mais l’initiation peut aussi venir d’une référence.

Catherine Vaillant se souvient de son premier contact avec la course en fauteuil roulant. Après une double amputation, c’est son prothésiste, le paralympien Daniel Normandin, qui lui a proposé de venir assister à une séance d’entraînement au circuit Gilles-Villeneuve. Elle a été convaincue rapidement.

« Daniel était sur un vélo ordinaire à une seule jambe et suivait un athlète en fauteuil (Lee Leclerc) qui roulait à 30 km/h. Je me suis dit ouais, c’est vrai, ça pourrait être intéressant ! » raconte celle qui travaille depuis trois ans avec Richard Tétreault.

La progression de Catherine Vaillant est remarquable dans son sport, même si une qualification pour les Jeux de Tokyo demeure loin de la portée de l’athlète de 42 ans. Si elle franchissait la lignée d’arrivée 20 mètres derrière la médaillée paralympique Diane Roy il y a quelques années, elle a considérablement réduit l’écart.

Vaillant admet aimer son sport pour ce désir constant de s’améliorer, d’avoir toujours cette possibilité de repousser ses limites.

Ne pas laisser ce travail se perdre

Les artisans du para-athlétisme québécois souhaitent que leur sport demeure en santé lorsque viendra le temps de tirer leur révérence. « On n’aimerait pas que ça arrête. Pour moi, la pire affaire qui pourrait arriver, c’est que le jour où je vais arrêter ça, que j’empêche des gens de pratiquer ce sport-là. Ce serait ma plus grande tristesse », confie Richard Tétreault.

Brent Lakatos a remarqué que moins d’athlètes participent aux Championnats provinciaux ces dernières années. « Ce n’est pas un sport, comme le basketball, où on s’amuse pendant l’entraînement. C’est un sport où tu dois être motivé et c’est difficile. Mais tu es responsable de ton succès. Et tu veux prendre ça au sérieux, tu ne dois pas dépendre de coéquipiers. C’est difficile, mais ça vaut la peine », résume-t-il.

Si Vaillant souhaite que son sport attire de plus en plus d’athlètes, elle reconnait que le défi est de taille. Elle mentionne d’ailleurs que l’institut de réadaptation est à la recherche de façons de faire bouger les nouveaux amputés.

« Quand tu es amputé, ce n’est pas la première chose à laquelle tu penses de devenir un athlète de haut niveau. Ce n’est peut-être pas la première porte à ouvrir », admet-elle.

« Je ne pense pas qu’il y ait de solution magique. Je crois qu’il faut faire de la sensibilisation avant de faire du recrutement. Trouver la relève, c’est dur, mais informer les gens serait un bon point », ajoute-t-elle en soulignant que les para-athlètes manquent de reconnaissance.

Entraîneur d’expérience, Richard Tétreault admet que le recrutement sera toujours difficile dans cette discipline, mais les exploits d’athlètes tels que Chantal Petitclerc ou Brent Lakatos permettent de conserver une certaine visibilité. Il s’investit aussi pour la qualité de vie des athlètes.

« Catherine (Vaillant), si elle décide après 2024 qu’elle ne fait plus le sport ou pour un niveau moins compétitif, j’aurai vécu une belle relation avec cette athlète-là et pour moi, ça a beaucoup d’importance. La performance, c’est peut-être la récompense, mais mon but comme entraîneur n’est pas de devenir la sommité internationale dans le domaine. », conclut-il.