La Coupe Rogers, qui aurait dû avoir lieu cette semaine au stade IGA, est devenue depuis quelques années le théâtre des exploits d’une nouvelle génération de joueurs canadiens qui ont pu profiter des programmes de développement de Tennis Canada… financés par les revenus du tournoi. Découvrez le quatrième volet de notre dossier sur cet évènement phare de la scène sportive à Montréal et au Canada.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Un vecteur important du succès de la Coupe Rogers est la présence des joueurs canadiens qui ont l’occasion de se frotter aux meilleurs et, parfois, de causer des surprises. Depuis quelques années, avec la création du Centre national d’entraînement et le développement accéléré de nos joueurs, les victoires canadiennes se sont multipliées et cette poussée a culminé l’été dernier à Toronto avec le titre enlevé par Bianca Andreescu.

Quelques joueurs d’ici avaient réussi des exploits ponctuels au cours des années, mais c’est Milos Raonic qui a vraiment affiché les nouvelles ambitions du tennis canadien en atteignant la finale du tournoi de 2013 au stade IGA.

En demi-finale, son ami Vasek Pospisil et lui avaient déjà écrit une page d’histoire dans une demi-finale toute canadienne. Même s’il s’est incliné le dimanche devant Rafael Nadal, le grand Milos a vraiment accédé cette année-là au statut de vedette internationale.

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Milos Raonic, lors de son match de troisième tour contre Juan Martín del Potro, en 2013

C’est vrai que ce tournoi de 2013 a été important pour moi. Pour la première fois, des Canadiens étaient vraiment du spectacle de la fin de semaine à la Coupe Rogers. J’avais déjà gagné des titres, mais je n’avais jamais aussi bien fait en Masters 1000, et ma performance à Montréal m’a permis d’accéder au top 10 pour la première fois de ma carrière.

Milos Raonic en entrevue la semaine dernière

Pospisil a lui aussi été marqué par ce tournoi. « La Coupe Rogers de 2013 a été l’un des points saillants de ma carrière et sûrement le tournoi où ma vie a vraiment changé radicalement », a-t-il souligné récemment en entrevue.

« Cette semaine-là, tous mes rêves d’enfance sont devenus réalité. J’ai commencé à jouer devant de grosses foules, je me suis rendu en demi-finale d’un Masters 1000, j’ai grimpé de 50 places au classement mondial. Plus rien n’a été pareil par la suite. »

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Félix Auger-Aliassime, lors de son match contre Vasek Pospisil, au premier tour l’an dernier

L’exemple de Raonic et de Pospisil en a inspiré d’autres : Eugenie Bouchard, Denis Shapovalov, Bianca Andreescu, Félix Auger-Aliassime, Leylah Fernandez et toute une nouvelle génération de joueurs qui visent le sommet, et rien d’autre.

Raonic est ensuite devenu un habitué des rondes finales en Grand Chelem, avec notamment une finale à Wimbledon en 2016, et il atteint le troisième rang mondial cette année-là.

« [La Coupe de] 2013 a été importante pour moi, mais je considère que toutes mes Coupes Rogers ont été significatives pour moi, à commencer par les premières, quand j’étais jeune et que mes parents m’amenaient voir jouer les meilleurs à Toronto », a-t-il expliqué.

« J’ai ensuite eu la chance de venir au Centre national de Montréal, ce qui m’a permis de côtoyer les joueurs pendant la Coupe Rogers, de voir comment ils se préparaient, comment ils s’entraînaient, de pouvoir aussi frapper des balles contre eux.

« C’est aussi à la Coupe Rogers que j’ai joué mon premier match sur le circuit ATP, ici à Montréal en 2009, quand je m’étais qualifié et que j’avais affronté [Fernando] Gonzalez, alors 10e mondial. J’avais perdu en trois manches [6-4, 6-7 (6), 4-6] dans une ambiance extraordinaire et, malgré la déception, j’avais énormément appris pendant ce match.

« Ce sont toutes ces étapes, toutes ces expériences, qui m’ont préparé pour 2013 et la suite de ma carrière. Pour nous, les joueurs canadiens, avoir un tournoi comme la Coupe Rogers est un atout incroyable, et c’est formidable de voir à quel point nous avons pu en profiter. »

Un outil de développement

« On est un pays nordique où les sports d’hiver ont la priorité, rappelle Eugène Lapierre, vice-président principal de Tennis Canada. On part donc de loin, mais on n’a jamais cessé de travailler. Notre mandat principal, c’est de développer notre sport au pays, et la Coupe Rogers est le moteur de tout ça puisque tous les profits sont remis dans le développement. »

En temps normal, ce sont 16 millions qui sont ainsi réinvestis, et la plus grande partie de cette somme vient de la Coupe Rogers.

Louis Borfiga, directeur du Centre national d’entraînement, insiste d’ailleurs sur l’importance du tournoi pour le développement des joueurs.

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Louis Borfiga, directeur du Centre national d’entraînement

C’est une grande source de motivation pour tous les jeunes, un rêve qu’ils entretiennent depuis leur enfance. Ils se voient sur le court central, à Montréal ou à Toronto, affronter les meilleurs, et c’est très important pour leur développement.

Louis Borfiga, directeur du Centre national d’entraînement

« En France déjà [Borfiga a longtemps occupé des postes similaires avec la Fédération française de tennis], on avait l’habitude d’amener nos meilleurs espoirs dans les gradins du court central à Roland-Garros, pendant le tournoi, pour les faire rêver, justement. Et c’est quelque chose qu’on a repris ici au Centre. On en profite aussi pour permettre aux jeunes de côtoyer les grands joueurs, de frapper des balles avec eux aussi, et ça, c’est une expérience incroyable. »

Et même quand ils sont rendus sur le circuit, les joueurs canadiens profitent de la Coupe Rogers. « Nos joueurs se transcendent quand ils jouent à la maison, souligne Borfiga, ils montent leur niveau de jeu devant leurs partisans, leur famille. C’est souvent dans ces occasions qu’ils signent leurs meilleures performances. »

Eugène Lapierre aime rappeler que, si les spectateurs ont toujours été nombreux pour soutenir les vedettes internationales, ils apprécient spécialement les joueurs locaux : « On a eu des Stéphane Bonneau, des Sébastien Lareau, des Stéphanie Dubois, qui gagnaient à l’occasion et qui faisaient vibrer le stade. Chaque fois, c’étaient de beaux moments d’émotion ».

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Aleksandra Wozniak a atteint les quarts de finale à Montréal en 2012, s’inclinant devant Caroline Wozniacki.

« On se disait que ce serait vraiment extraordinaire d’avoir des Canadiens dans les dernières rondes du tournoi, le week-end. Aleksandra [Wozniak] est allée en quart de finale une année [2012], mais c’est vraiment arrivé en 2013, avec cette demi-finale entre Milos et Vasek. Et il y a eu Shapovalov en 2017, Félix l’année dernière. 

« La boucle a été bouclée avec la victoire de Bianca, mais il ne faut pas voir ça comme un aboutissement, insiste Lapierre. C’est plutôt le début d’une nouvelle ère, avec une nouvelle génération des joueurs de 19-20 ans qui seront là pendant plusieurs années et qui vont entraîner avec eux d’autres jeunes qui vont vouloir suivre leurs traces. »

Des revenus et des points perdus

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Vasek Pospisil a perdu au premier tour contre Félix Auger-Aliassime l’an dernier.

En plus d’offrir aux joueurs canadiens une tribune privilégiée pour affronter les meilleurs joueurs du monde et briller devant leurs partisans, la Coupe Rogers est une source de revenus non négligeables pour plusieurs d’entre eux. L’annulation des tournois féminin et masculin prive ainsi plusieurs de nos joueurs d’un de leurs plus gros chèques de la saison.

L’annulation des tournois féminin et masculin prive ainsi plusieurs de nos joueurs d’un de leurs plus gros chèques de la saison.

Chez les hommes, où le tournoi est de catégorie Masters 1000, un laissez-passer pour le premier tour assure une bourse de près de 22 000 $ US. C’est davantage que ce que reçoit le gagnant d’un tournoi Challenger. L’été dernier, Peter Polansky et Brayden Schnur en ont profité, tout comme Vasek Pospisil. Steven Diez et les jeunes Filip Peliwo et Alexis Galarneau, qui avaient reçu un laissez-passer pour les qualifications, ont pour leur part touché près de 4000 $ US, même s’ils ont perdu au premier tour.

Chez les femmes, le tournoi est de catégorie « Premier 5 » et la rétribution monétaire est environ 50 % inférieure à celle du tournoi masculin. Ce sont quand même 8000 $ US que reçoivent les joueuses éliminées au premier tour, alors que celles qui disputent le premier tour des qualifications reçoivent 2000 $.

L’été dernier, Eugenie Bouchard et Leylah Annie Fernandez ont ainsi été invitées directement au tableau principal, alors que Carol Zhao, Carson Branstine, Layne Sleeth, Ariana Arseneault, Catherine Leduc et Louise Kwong ont joué en qualifications. Aucune n’a gagné son match.

Il faut également considérer les points perdus par tous ces joueurs. La Coupe Rogers et tout un réseau de tournois professionnels partout au Canada permettent chaque année à la plupart de nos joueurs d’engranger une partie importante des points comptabilisés pour établir leur classement mondial. Tous ces tournois ont été annulés en 2020.

Bianca Andreescu (6e mondiale), Denis Shapovalov (16e), Félix Auger-Aliassime (20e) ou Milos Raonic (30e) n’ont pas à s’inquiéter, mais les autres vont maintenant devoir saisir toutes les occasions pour tenter de progresser au classement. Et ils risquent de devoir patienter encore plusieurs mois avant de pouvoir le faire à la maison.

Des exploits québécois

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Félix Auger-Aliassime, à la Coupe Rogers, l’an dernier

On parle beaucoup de Félix Auger-Aliassime ou de Leylah Fernandez, mais avant eux, d’autres joueurs québécois ont profité de la Coupe Rogers pour offrir des performances mémorables.

Sébastien Lareau

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Sébastien Lareau, aux Internationaux de tennis du Canada, en 2001

Connu pour ses exploits en double, Sébastien Lareau a aussi brillé en simple, atteignant le 79e rang mondial en 1998. Il a atteint le troisième tour à la Coupe Rogers à deux reprises (1999 et 2000); la première année grâce à une victoire contre Richard Krajicek (7e), la seconde après avoir pris la mesure de Gustavo Kuerten (4e).

Stéphanie Dubois

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Stéphanie Dubois, à la Coupe Rogers, en 2014

La Québécoise a toujours offert des performances pleines d’énergie à la Coupe Rogers et elle y a signé la victoire la plus marquante de sa carrière, en 2008, quand elle a disposé de la favorite Kim Clijsters après le retrait de cette dernière. Deux ans plus tard, elle a atteint le troisième tour après une victoire contre la Russe Maria Kirilenko (20e).

Simon Larose

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Simon Larose, aux Internationaux de tennis du Canada, en 2001

Meilleur joueur canadien en 2002, Larose a causé une grosse surprise l’année suivante en prenant la mesure de Gustavo Kuerten, ancien numéro un mondial, au premier tour de la Coupe Rogers. Le Québécois a ensuite atteint le troisième tour, où il s’est incliné devant le favori Andre Agassi.

Stéphane Bonneau

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Stéphane Bonneau aux Internationaux de tennis du Canada, en 1986

Le Québécois a pris part à plusieurs éditions de la Coupe Rogers, mais il a signé ses plus beaux exploits en 1985 en prenant d’abord la mesure de Tomas Smid (12e), dans un marathon de trois manches, puis avec une victoire sur Jacob Hlasek. Bonneau s’est finalement incliné devant le 5e favori, Anders Jarryd.

Aleksandra Wozniak

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Aleksandra Wozniak, à la Coupe Rogers, en 2012

Championne du tournoi de Stanford en 2008, Aleksandra Wozniak a été la tête de file du tennis canadien pendant plusieurs années. À la Coupe Rogers, elle a atteint les quarts de finale en 2012, grâce à une victoire sur Jelena Jankovic (13e) au deuxième tour. Elle s’est finalement inclinée en deux manches serrées de 6-4, 6-4, devant la 7e favorite, Caroline Wozniakci.