La Coupe Rogers aurait dû se dérouler cette semaine au stade IGA. Faute de pouvoir suivre les exploits des athlètes, nous vous proposons aujourd’hui la suite de notre dossier sur cet évènement phare de la scène sportive à Montréal et au Canada.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Un tournoi apprécié des joueurs

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Depuis 1980, tous les meilleurs joueurs et joueuses de tennis sont venus à Montréal pour disputer la Coupe Rogers.

Depuis 1980, tous les meilleurs joueurs et joueuses de tennis sont venus à Montréal pour disputer la Coupe Rogers. On répète souvent que le tournoi est l’un des préférés de plusieurs champions, et ces derniers ne manquent pas de le signaler à chacune de leur visite.

Prenez Rafael Nadal, sans doute le joueur le plus populaire auprès du public du stade IGA.

Depuis sa première visite, en 2005, l’Espagnol n’a raté aucune édition de la Coupe Rogers… quand le tournoi était présenté à Montréal.

L’année dernière, un collègue a tenté de lui faire avouer qu’il préférait la métropole à Toronto ! Diplomate, Nadal a refusé de répondre, mais il a quand même avoué : « J’aime vraiment jouer ici. Je suis venu pour la première fois en 2005 et j’en ai gardé de bons souvenirs, j’ai vécu de bons moments. Cette année, c’est une autre occasion. »

L’Espagnol n’avait que 19 ans en 2005 quand il a causé la surprise en remportant le titre, avec une victoire devant Andre Agassi, un autre chouchou du public montréalais. Il s’est encore imposé en 2008, 2013, 2018 et 2019, et n’est plus qu’à un titre du record détenu par le Tchèque Ivan Lendl, six fois couronné entre 1980 et 1989.

Eugène Lapierre, directeur de la Coupe Rogers, a développé une relation de confiance avec le clan Nadal.

Je me rappelle avoir vu une vidéo captée par un amateur où on voyait Nadal et son équipe enfourcher des BIXI pour se promener en ville. Il est vraiment bien ici et ne se gêne pas pour le montrer. On s’assure qu’il soit bien servi.

Eugène Lapierre

Fervent golfeur, l’Espagnol a pu découvrir certains des plus beaux parcours de la région. Et il a ses habitudes dans certains de nos meilleurs restaurants, où une table lui est réservée pendant tout son séjour au Québec.

Le tournoi masculin ne reviendra pas à Montréal avant 2022, et qui sait si l’Espagnol nous visitera encore souvent. « Avec l’alternance entre Montréal et Toronto, tu ne sais jamais quand tu viendras pour la dernière fois, a-t-il d’ailleurs rappelé l’année dernière. J’ai 33 ans, donc j’en aurai 35 [36, maintenant…] la prochaine fois que le tournoi sera joué ici. J’espère me rendre là, mais il y a toujours un risque. Pour le moment, je profite donc chaque fois du fait que je peux jouer ici une fois de plus ! »

Un public connaisseur

Les athlètes profitent effectivement beaucoup du fait de disputer un tournoi dans une ville qu’ils apprécient et devant un excellent public. Eugène Lapierre explique : « On ne réalise pas toujours ce que ça signifie de venir jouer à Montréal pour ces joueurs.

« Les circuits professionnels, surtout chez les hommes, comptent une majorité d’athlètes en provenance de l’Europe, et ces joueurs sont très confortables à Montréal. Ils peuvent déambuler dans les rues en se sentant en sécurité. Roger Federer peut entrer dans un restaurant avec sa famille sans se faire déranger. À l’époque, Steffi Graf demandait à un chauffeur de l’amener au centre-ville et de venir la chercher deux heures plus tard, au même coin de la rue Sainte-Catherine. Elle ne pouvait sûrement pas faire ça à Paris ou à Londres ! »

On dit souvent que les Montréalais sont accueillants, qu’ils aiment le monde, et ça fait partie du charme de notre tournoi et des raisons qui font que les joueurs reviennent souvent. C’est un atout formidable, qui nous est donné sans qu’on ait à investir quoi que ce soit, et c’est une raison importante du succès du tournoi.

Eugène Lapierre

Lapierre estime par ailleurs que la qualité du public montréalais est un autre facteur important de la popularité de la Coupe Rogers auprès des joueurs : « Avant même le tournoi, les joueurs tombent sur le derrière en arrivant ici le vendredi lorsqu’ils découvrent le stade rempli et des centaines de spectateurs qui se sont déplacés pour les voir s’entraîner sur un court extérieur.

« Notre public est très fidèle et les amateurs connaissent vraiment le tennis et les joueurs. Les Québécois sont aussi très respectueux des athlètes et ces derniers se sentent aimés quand ils sont ici, quand ils entrent sur le terrain pour un match ou un entraînement. »

Mieux vaut tard que jamais…

Toutes les grandes vedettes du tennis sont venues jouer à Montréal, on l’a dit, mais certains et certaines se sont montrés plus difficiles à convaincre. C’est le cas des sœurs Serena et Venus Williams, qui ont longtemps boudé la métropole avant de se le faire pardonner de belle façon en 2014.

Avant cette année-là, l’aînée Venus n’avait jamais visité Montréal en 20 ans de carrière. Serena, elle, n’y était plus venue depuis 2000, même si elle avait gagné trois fois la Coupe Rogers entre-temps… à Toronto.

Les amateurs québécois ont heureusement été récompensés de leur patience en 2014. En plus d’excellentes performances – elles ont atteint les demi-finales, où Venus a battu Serena –, les Williams ont partagé de beaux moments d’émotion avec le public.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Venus Williams a battu sa sœur Serena en demi-finale, en 2014.

Tout au long du tournoi, les deux sœurs avaient salué la ferveur du public et déclaré à quel point elles appréciaient leur présence à Montréal. « Merci pour cette belle soirée », avait même lancé à la foule Serena, en français, après une victoire.

L’Américaine avait expliqué qu’elle apprenait cette langue depuis plusieurs années, mais qu’elle avait l’impression d’être bien mieux comprise par les Québécois que par les Français. « Et je comprends aussi beaucoup mieux votre accent », avait-elle ajouté, avant de conclure : « Je ne sais pas pourquoi je n’étais pas venue depuis si longtemps… »

Serena n’est malheureusement pas revenue à Montréal par la suite, mais Venus n’a jamais manqué une visite depuis 2014.

Cette année-là, après sa défaite en finale devant la Polonaise Agnieszka Radwanska, elle a chaleureusement remercié le public sur le court central : « Cette semaine, je me suis vraiment sentie à la maison ! »

Plus tard devant les journalistes, nous lui avons demandé de préciser sa pensée : « Je me suis sentie comme si j’étais moi-même du Québec, avait-elle répondu. Rome a toujours été ma ville favorite, mais cette semaine, j’ai trouvé que Montréal rivalisait avec elle. Peut-être que de très loin, mon âme est québécoise…

« Et même si j’apprécie beaucoup Toronto, je souhaiterais que le tournoi féminin ait lieu ici chaque année ! »

La grande dame du tennis n’est probablement pas la seule à penser ainsi.

Les artisans du tournoi : des athlètes bien servis !

PHOTO FOURNIE PAR SOPHIE CLERMONT

L’équipe de bénévoles en compagnie de Rafael Nadal l’été dernier lors de la Coupe Rogers à Montréal

Des 30 comités qui supervisent le travail des bénévoles à la Coupe Rogers, le plus « exclusif » est sans doute celui qui gère les services aux joueurs. Une vingtaine de personnes, triées sur le volet, sont responsables de répondre à toutes les demandes des joueurs et de leur équipe.


Sophie Clermont, l’une des quatre coordonnatrices, explique : « On s’occupe d’eux dès qu’ils arrivent à Montréal et, au stade, on les aide avec l’accréditation, les courts et les balles pour l’entraînement, les billets et laissez-passer pour leurs invités.

« On a une équipe dans le salon des joueurs, là où les athlètes peuvent se détendre entre les entraînements et les matchs. Ce sont de longues heures et on se les partage, les premiers bénévoles étant là dès 7 h, alors que les derniers quittent le stade souvent après minuit. »

Enseignante, Mme Clermont a été chasseuse de balles dans les années 1990 et elle a pris part à un échange avec le tournoi de Roland-Garros. Après une pause de plusieurs années, pour s’occuper de ses enfants, des amis l’ont amenée au comité des services aux joueurs. Et elle se fait une fierté d’aider les joueurs à profiter de leur séjour à Montréal.

PHOTO FOURNIE PAR SOPHIE CLERMONT

Sophie Clermont, l’une des quatre coordonnatrices qui supervisent l'équipe
de bénévoles à la Coupe Rogers

Notre comité est aussi impliqué à l’hôtel des joueurs et c’est souvent moi qui joue le rôle de concierge, pour les aider à trouver un bon restaurant par exemple. Les joueurs et leurs entraîneurs aiment aussi beaucoup jouer au golf. Rafael Nadal ou Novak Djokovic sont souvent allés au Mirage, par exemple. On a aussi des demandes pour des évènements sportifs, les matchs de l’Impact par exemple.

Sophie Clermont, l’une des quatre coordonnatrices du comité des services aux joueurs

« Les joueuses ont plus de demandes pour des soins personnels, des coiffures, des manucures. Et il y en a de plus en plus qui voyagent avec leurs enfants, ce qui implique une logistique plus complexe et nous amène à devoir trouver des nounous. »

Là où tout le monde se rejoint, c’est pour obtenir des billets de spectacles. « Le festival Osheaga est habituellement présenté pendant le tournoi et nous avons plusieurs demandes chaque jour, explique Sophie Clermont. Et je me souviens que plusieurs joueuses m’avaient demandé des billets pour un spectacle de Shakira, il y a quelques années.

« Mais je n’ai sans doute jamais été aussi sollicitée qu’en 2017, quand le groupe Coldplay a donné deux spectacles à Montréal pendant la Coupe Rogers ! Des membres du groupe étaient venus voir des matchs et tous les joueurs voulaient des billets. Le Français Pierre-Hughes Herbert était probablement le plus insistant et il passait me voir tous les jours.

« Nous avions tant de demandes que nous avons dû organiser un tirage, comme à la petite école, pour les cinq paires de billets que nous avions pu obtenir. Le jour du tirage, plusieurs joueurs étaient là et j’étais contente quand Pierre-Hughes a gagné des billets. Malheureusement pour lui, quand l’horaire est sorti, il s’est aperçu que son match tombait en soirée le mardi, en même temps que le spectacle.

« Il a donné ses billets à son partenaire de double [Nicolas Mahut] et est venu me demander de lui trouver des billets pour le spectacle du mercredi, quel qu’en soit le prix. Ça lui a coûté plusieurs centaines de dollars, mais lui et Mahut ont gagné le titre ! »

Des champions inattendus

Programmée au début du mois d’août, quelques semaines après Wimbledon, la Coupe Rogers marque la reprise du jeu sur surface dure au début d’une série de tournois qui culmine avec les Internationaux des États-Unis. Les joueurs sont donc en période d’ajustement et ne sont pas toujours au sommet de leur forme. Si les dernières présentations du tournoi masculin ont presque toujours couronné des joueurs de premier plan – Rafael Nadal, Novak Djokovic, Roger Federer ou Andy Murray –, il y a eu une époque où la Coupe Rogers était souvent remportée par des joueurs peu connus. En voici quelques-uns.

Andrei Chesnokov (1991)

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Andrei Chesnokov

Ce joueur russe n’a remporté que deux titres significatifs en carrière, à Monte-Carlo (1990) et à Montréal. En 1991, il a dû se défaire du Québécois Sébastien Lareau au deuxième tour avant de surprendre le favori Ivan Lendl en demi-finale.

Mikael Pernfors (1993)

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Mikael Pernfors

Finaliste à Roland-Garros en 1986, le Suédois a ensuite été souvent blessé et il n’a remporté que trois titres, le plus important étant celui de la Coupe Rogers, en 1993, quand il a disposé de l’Américain Todd Martin en finale.

Chris Woodruff (1997)

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Chris Woodruff

Après une victoire contre Jocelyn Robichaud au premier tour, l’Américain a surpris les favoris Goran Ivanisevic, Mark Philippoussis, Evgeny Kafelnikov et Gustavo Kuerten pour enlever le seul titre significatif de sa carrière.

Andrei Pavel (2001)

PHOTO MARCOS TOWNSEND, ARCHIVES LA PRESSE

Andrei Pavel a remporté le seul titre important de sa carrière à Montréal en 2001.

Le Roumain, un joueur brillant, mais un peu fantasque, a remporté le seul titre important de sa carrière à Montréal en 2001 en surprenant l’Australien Patrick Rafter en finale. Il avait battu Andy Roddick en quart de finale.