Les amateurs de tennis ont sûrement remarqué le jeune barbu qui était assis au premier rang de la loge de Bianca Andreescu aux côtés des autres membres de son équipe, lors des matchs décisifs des Internationaux de tennis des États-Unis.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Les plus avertis ont reconnu Hugo Di Feo, un ancien pensionnaire du Centre national d’entraînement (CNE) qui a décidé depuis deux ans de devenir entraîneur. Tennis Canada a évidemment récupéré ce diplômé de l’Université Ohio State et il était le partenaire d’entraînement d’Andreescu à New York.

« Sylvain Bruneau me rappelait après la victoire de Bianca qu’il avait dû attendre 30 ans avant de vivre une telle expérience, a raconté Di Feo, la semaine dernière, avant une séance d’entraînement. Moi, je n’en suis encore qu’au début de ma carrière d’entraîneur et c’est un privilège exceptionnel d’avoir pu vivre ça. »

Déjà partenaire d’entraînement de la Roumaine Simona Halep et de l’Américaine Venus Williams, lors des dernières présentations du tournoi féminin de la Coupe Rogers à Montréal, le jeune homme de 24 ans est maintenant bien engagé dans sa nouvelle carrière.

« J’ai été au Centre national pendant trois ans et demi », rappelle celui qui a atteint le top 20 mondial chez les juniors, en 2013.

Après les juniors, j’ai joué quelques tournois professionnels, mais ça n’a pas vraiment bien fonctionné et j’ai décidé d’aller dans une université américaine. Au bout des quatre ans [d’université], j’ai décidé d’arrêter la compétition. Je pensais rester en Ohio, mais je m’ennuyais de la maison…

Hugo Di Feo

Diplômé en communication, Di Feo a été tenté par les médias. « Je trouvais intéressant de combiner le sport et la communication, mais même si je ne voulais plus faire de la compétition, j’avais encore cette passion du tennis et de l’enseignement. Dès mon retour, j’ai tout de suite commencé à entraîner.

« En parallèle, j’ai fait mes certifications d’entraîneur, que je devrai compléter en février. Ça implique quelques regroupements par année, avec des entraîneurs de très haut niveau. L’année dernière, nous avons eu un séminaire avec Darren Cahill. »

Di Feo a aussi pu collaborer avec les entraîneurs du CNE. « Quand j’étais pensionnaire, j’avais travaillé avec Guillaume [Marx] et Jocelyn [Robichaud] et ils m’ont beaucoup aidé à mon retour. Et j’ai aussi la chance de pouvoir travailler avec Sylvain [Bruneau]. Il est vraiment très droit, très rigoureux, et a toujours réussi à garder de bons rapports avec toutes les joueuses canadiennes, même si Bianca est devenue son “projet” depuis un peu plus d’un an. »

« Dans une classe à part »

Intégré à l’équipe canadienne de Fed Cup dans un rôle de partenaire d’entraînement, Di Feo est vite devenu familier avec toutes les meilleures joueuses du pays. « Sylvain m’a donc demandé de voyager avec plusieurs d’entre elles : Rebecca Marino, Katherine Sebov, Leylah Annie Fermandez.

« Bianca [Andreescu] aussi. Je l’ai accompagnée à Majorque [en mai], mais elle était encore blessée et elle est allée directement à Roland-Garros pendant que moi, je revenais au Canada pour travailler avec Katherine Sebov. J’étais encore avec elle pendant la Coupe Rogers à Toronto, mais j’ai rejoint l’équipe de Bianca à New York en tant que partenaire d’entraînement et ç’a vraiment été excitant de vivre tout ça. »

PHOTO MIKE LAWRENCE, FOURNIE PAR LA USTA

Bianca Andreescu et son équipe sont photographiés au sommet du Rockefeller Center de New York au lendemain de la victoire de la Canadienne en finale des Internationaux de tennis des États-Unis. De gauche à droite : Kirstin Bauer (physiothérapeute), Sylvain Bruneau (entraîneur), Bianca Andreescu, Virginie Tremblay (préparatrice physique) et Hugo Di Feo (partenaire d’entraînement).

Di Feo a ainsi pu mesurer de l’intérieur tout le travail qu’implique la conquête d’un titre en Grand Chelem : « Dès la première fois que j’ai rencontré Bianca, j’ai pu constater qu’elle était vraiment dans une classe à part. Elle fait vraiment tout ce qu’il faut pour être l’une des meilleures, elle prend soin de son corps, mange bien, travaille toujours avec rigueur, sans négliger aucun détail.

« De plus, elle a vraiment une vision de sa carrière, elle sait où elle veut aller et prend tous les moyens pour y parvenir. Là, elle est rendue à un très haut niveau et va disputer les grands tournois, mais elle est passée par le circuit des challengers, elle a connu le côté moins glamour du tennis. Ça aussi, ça va l’aider. »

« Et je pense qu’elle est vraiment bien entourée, estime le jeune entraîneur. Sylvain, bien sûr, joue un rôle très important, mais elle est aussi très proche de ses parents et j’ai pu constater au cours des dernières semaines que ce sont vraiment des gens super. »

Des sacrifices et de l’humilité

Alors qu’il commence une nouvelle carrière, Di Feo va lui aussi devoir retourner dans des villes moins excitantes que New York ou Paris pour accompagner ses athlètes, les aider à progresser.

« Ce sont des sacrifices, c’est certain, souligne-t-il. Guillaume [Marx] ou Sylvain [Bruneau] ont des familles, de jeunes enfants, et ce n’est pas facile pour eux de partir pendant plusieurs semaines. Les gens nous voient aux Internationaux des États-Unis, mais c’est très différent dans des petites villes des États-Unis ou en Europe. Heureusement, on peut travailler en équipe, en se relayant.

« J’ai commencé à Tennis Montréal, j’ai gravi les échelons lentement, en passant par l’Université, mais je ne suis encore que contractuel. C’est certain que le Centre de Montréal est une référence et ce serait bien de pouvoir être un jour à temps plein avec Tennis Canada. »

Jusqu’ici, Di Feo a géré son parcours avec un beau mélange d’intelligence et d’humilité. Ceux qui le côtoient sur les courts sont toujours impressionnés par son plaisir évident, peu importe qu’il soit là depuis une heure, ou cinq !

« Il faut vraiment aimer ça, explique-t-il. Si tu t’ennuies sur un court, les journées sont longues, mais quand tu aimes ça, ce n’est plus du travail, c’est un plaisir. Je l’ai dit, j’ai encore la passion du tennis et j’espère pouvoir la transmettre à tous ceux avec qui j’aurai la chance de travailler au cours des prochaines années. »

Et qui sait, l’un d’eux permettra peut-être à Hugo Di Feo de se retrouver encore un jour dans la loge du finaliste aux Internationaux des États-Unis…