Battu par un golazo. À 30 secondes de la fin. Par l’attaquant vedette de l’adversaire, Gustavo Bou, oublié au cœur du terrain.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Une défaite crève-cœur.

Une élimination cruelle.

PHOTO WINSLOW TOWNSON, USA TODAY SPORTS

Le défenseur de l’Impact Rudy Camacho (4) s’est effondré au coup de sifflet final, après le but de Gustavo Bou (7).

Mais aussi, il faut le reconnaître, un condensé de la saison de l’Impact. Il y a eu du beau – les flashs de Bojan, le but de Romell Quioto. Du bon – un effort collectif louable. Et du moins bon – une exécution souvent laborieuse, due à un manque de talent. L’Impact a d’ailleurs disputé le match sans joueur désigné. Le Revolution en avait trois. Ceci explique cela.

Malheureusement pour les partisans de l’Impact, l’avenir immédiat ne s’annonce pas jojo.

Tout indique que la frontière entre le Canada et les États-Unis restera fermée encore quelques mois. Un cauchemar pour l’équipe. Devra-t-elle disputer ses premiers matchs locaux de 2021 ailleurs ? Comme ce fut le cas depuis septembre ? Comme les Raptors de Toronto, relogés à Tampa jusqu’à nouvel ordre ? Ou un vaccin viendra-t-il les sauver ?

Espérons la deuxième option.

Car un autre exil forcé serait une catastrophe pour le recrutement.

Tant que cet enjeu persistera, je vois mal un joueur d’envergure se joindre à l’Impact, sans savoir où il vivra ces prochains mois. Le profil d’embauche pourrait changer. Une telle aventure risque de plaire davantage à un jeune espoir célibataire qu’à un joueur établi avec une famille, m’expliquait récemment l’entraîneur-chef des Whitecaps, Marc Dos Santos, qui vit la même situation à Vancouver.

C’est un problème, car l’Impact a à l’évidence besoin de renforts. À la défense. Au milieu. En attaque. Il lui faut aussi améliorer sa profondeur. C’est anormal que l’équipe se soit retrouvée à court de joueurs, en septembre, au point de devoir habiller trois gardiens pour un match.

Simplement dit : il manque de talent. Remarquez, c’est le cas de beaucoup de ses adversaires. Et ça aussi, ça devrait inquiéter les amateurs de la MLS.

De 2012 à 2019, la ligue alignait des joueurs attrayants. De vraies stars étrangères. Zlatan Ibrahimović. Didier Drogba. David Beckham. Wayne Rooney. Bastian Schweinsteiger. Kaka. Steven Gerrard. Robbie Keane. Thierry Henry. Des jeunes prometteurs aussi, comme Alphonso Davies, Miguel Almirón et Tyler Adams. Le jeu n’était pas toujours excitant. La disparité entre les clubs était grande. Mais au moins, la ligue suscitait la curiosité.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Didier Drogba, alors avec l'Impact, lors d'une rencontre au stade Saputo, en septembre 2018

Aujourd’hui ?

Les vedettes sont parties. Le buzz aussi. Les cotes d’écoute sont abyssales.

L’été dernier, la finale du tournoi de reprise de la MLS a été moins regardée que celle de la compétition des clubs féminins des États-Unis, disputée le même mois. Un uppercut. D’autant que la MLS mise énormément sur un nouveau mégacontrat national de télévision, en 2022, pour remplir ses coffres.

Or, quel télédiffuseur voudra investir des centaines de millions de dollars si la ligue ne fait pas bouger l’aiguille ? Si elle ne fait pas partie de la conversation ? Si les clubs n’investissent plus assez pour attirer les vedettes d’ailleurs ?

Je consultais vendredi l’équipe d’étoiles de 2020. Raúl Ruidíaz. Jonathan Mensah. Mark McKenzie. Diego Chará. Walker Zimmerman. De très bons joueurs de soccer. Mais aucun d’entre eux ne me fera changer mes plans un dimanche après-midi, comme Zlatan ou Rooney. Ou m’incitera à renouveler mon forfait MLS sur DAZN en 2021.

La MLS est à la croisée des chemins. L’Impact aussi.

Les deux devront réinvestir dans le produit pour relancer l’intérêt.

Une décision difficile. Surtout en pleine crise des revenus.

Sauf que dans les circonstances, c’est la moins mauvaise des options.