Trois jours après la piteuse élimination des Bleus au premier tour du Mondial sud-africain, les langues des joueurs ont commencé à se délier, vendredi.

Jean-Luc Courthial ASSOCIATED PRESS

«Il ne faut pas se voiler la face, on n'a pas été à la hauteur», a reconnu Thierry Henry, qui a dû réserver ses premières explications sur le fiasco au président Nicolas Sarkozy, jeudi, au palais de l'Élysée.

«On nous a mis en contact, ça s'est bien passé», a expliqué Henry sur Canal Plus, démentant ainsi avoir lui-même sollicité cet entretien, qui a transformé le désastre sportif en affaire d'État.

Henry, mais aussi Patrice Évra et Éric Abidal ont surtout voulu afficher la solidarité des joueurs lors du boycottage de l'entraînement survenu avant la rencontre décisive face à l'Afrique du Sud, mardi, à Bloemfontein. Ils voulaient protester contre l'exclusion de Nicolas Anelka, auteur de propos déplacés à l'encontre du sélectionneur Raymond Domenech.

«Il y a eu l'exclusion d'Anelka après des discours entre le sélectionneur et la Fédération. Les joueurs n'étaient pas d'accord avec cette décision et ils ont trouvé une solution qu'ils pensaient être la bonne», a détaillé Abidal, lui aussi interviewé depuis Barcelone sur TF1.

Les joueurs contestent les graves insultes prêtées à Anelka entre guillemets en une du journal L'Équipe après son altercation avec Domenech à la mi-temps du match France-Mexique.

Henry, qui nie tout clan au sein du groupe des 23 joueurs, reconnaît cependant une fracture de générations.

«J'aurais pu être le grand frère, mais je me suis senti écarté, peu importe par qui, on ne me parlait plus comme avant», a expliqué le meilleur réalisateur de tous les temps en équipe de France (51 buts), qui, face à l'Afrique du Sud, a obtenu sa 123e sélection pour sa quatrième phase finale de Coupe du monde.

«Quand je suis arrivé en sélection, j'attendais de voir où s'asseyaient les anciens. Ça a évolué. C'est limite (désormais) que je porte les sacs. Il n'y a plus de respect envers les anciens, mais n'est-ce pas un problème de société?», a-t-il demandé.

Évra, le capitaine déchu écarté du dernier match pour avoir été considéré comme le leader des mutins, avoue sa rancoeur à l'égard de Domenech. Le sélectionneur l'a empêché de participer à la conférence de presse d'avant match à Bloemfontein.

«Ça a été un moment très difficile à vivre pour moi et surtout aussi pour l'équipe, car c'est la première fois de ma vie que j'ai été interdit de liberté d'expression, a déclaré Évra. On ne parle plus de Patrice Évra, on parle du capitaine de l'équipe de France, on parle d'un groupe. Je devais me présenter à cette conférence de presse pour faire les excuses pour notre geste maladroit (le boycottage) et l'impact social qu'à causé ce geste. Cette interdiction m'a fait très mal, mais surtout au groupe.

«Il y aura des changements, c'est obligé, mais je suis toujours fier de jouer pour mon pays et de porter ce maillot qui me tient à coeur, a repris Évra. Le futur sélectionneur (Laurent Blanc) aura des joueurs unis et soudés pour redorer l'image de l'équipe de France. À l'heure actuelle, c'est ça le plus important.»

Le défenseur de Manchester United a révélé qu'une enquête sera ouverte par le ministère et que «tous les joueurs seront entendus».

La ministre des Sports, Roselyne Bachelot, et le président de la Fédération française de football, Jean-Pierre Escalettes, seront auditionnés les 29 et 30 juin par les députés de la Commission des affaires culturelles et l'éducation.

Un Conseil fédéral se tiendra vendredi prochain au siège de la Fédération française de football. «L'ordre du jour sera consacré au bilan de la Coupe du monde et aux suites à donner en tous domaines», a indiqué la FFF dans un communiqué.