(Pékin) Dans la tempête, Kamila Valieva plie, mais ne rompt pas : autorisée à concourir au dernier moment après un contrôle positif à une substance interdite connue en pleins Jeux olympiques de Pékin, la jeune patineuse russe a terminé en tête du programme court malgré une prestation vacillante mardi soir.

Mis à jour le 15 février
Elodie SOINARD et Diane FALCONER Agence France-Presse

Les dernières notes de musique de son programme à peine envolées, Valieva n’a pu retenir quelques sanglots. Comme lorsqu’elle a rejoint son entraîneure, la sévère et insondable Eteri Tutberidze, en bord de piste pour connaître son score. Comme, aussi, lorsqu’elle a traversé la zone presse sans s’arrêter, quelques instants plus tard. Elle ne s’est ensuite pas présentée en conférence de presse.

« Valieva n’est pas venue à la conférence de presse après le programme court parce qu’elle ne se sentait pas bien. Nous avons décidé de l’envoyer le plus rapidement possible au village olympique », a déclaré le porte-parole du Comité olympique russe, Konstantine Vybornov, cité par l’agence de presse officielle TASS.

La veille déjà, la patineuse avait confié, en larmes, à la télévision russe qu’elle était « fatiguée émotionnellement ».

Avec 82,16 points, l’adolescente russe de 15 ans, jusque-là invaincue pour son premier hiver en seniors et arrivée à Pékin en grande favorite pour l’or olympique, s’est installée en tête de la compétition avant le programme libre prévu jeudi soir. Elle devance une autre Russe, Anna Shcherbakova, championne du monde en titre et elle aussi sortie de l’usine à championnes moscovite de Tutberidze, mais de moins de deux points (80,20 pts), et la Japonaise Kaori Sakamoto (79,84).

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La jeune athlète russe s’est installée en tête de la compétition avant le programme libre prévu jeudi soir.

Soutien de Medvedeva

Il s’agit pour Valieva de sa moins bonne note de la saison en compétition internationale. Loin de son record du monde signé aux Championnats d’Europe il y a un mois (90,45), et qu’elle avait frôlé lors de la compétition par équipes (90,18) au début des Jeux de Pékin.

Robe violette et cheveux bruns retenus en chignon, Valieva a connu une réception très délicate sur son premier saut, un triple Axel. Plus tard dans sa prestation, la réception de sa combinaison de sauts a aussi été approximative.

En tribunes, Evgenia Medvedeva, vice-championne olympique sortante elle aussi passée par l’école Tutberidze, et devenue consultante pour une télé russe, agitait avec d’autres une banderole pour soutenir les patineuses russes.

Le président honoraire du Comité olympique russe, Alexandre Joukov, tout comme la légende du hockey russe et député de la Douma, Viatcheslav Fetissov, ont salué le « fort caractère » de Valieva, dans des propos rapportés par l’agence TASS.

Interrogées sur l’affaire Valieva, en particulier sur l’éventualité d’une compétition faussée par sa présence, les autres patineuses sont globalement restées très prudentes, à l’image de Sakomoto en conférence de presse.

« C’est évidemment une situation difficile pour tout le monde et c’est malheureux que ça arrive aux JO », a regretté l’Américaine Mariah Bell, dix ans de plus que Valieva.

« Le produit des adultes »

« J’ai beaucoup d’empathie pour elle. Je pense que ce n’est pas vraiment elle le problème, elle est le produit des adultes qui l’entourent, a estimé la Suissesse Alexia Paganini. Et quoi qu’il en soit, elle a dû travailler dur. »

Muette sur sa partenaire d’entraînement, Shcherbakova a en revanche pris la défense de Tutberidze. « Je m’entraîne avec elle depuis que j’ai 9 ans. Si je ne change pas de coach, ça veut dire que je l’apprécie. »

À l’entraînement en fin d’après-midi déjà, Valieva avait chuté à deux reprises sur ses tentatives de triple Axel.

La jeune Russe est dans l’œil du cyclone depuis l’officialisation vendredi de son contrôle positif à la trimétazidine, une substance utilisée pour soigner les angines de poitrine et interdite par l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis 2014, car elle favoriserait la circulation sanguine.

Contrôlée le 25 décembre lors des Championnats de Russie à Saint-Pétersbourg et provisoirement suspendue par l’agence russe antidopage (Rusada) mardi dernier, jour de la notification de son résultat positif, Valieva avait obtenu la levée de cette sanction le lendemain.

Le TAS a confirmé cette décision lundi, en rejetant l’appel formulé par le Comité international olympique, l’AMA et la Fédération internationale de patinage (ISU). Sans se prononcer toutefois sur le fond de l’affaire, ce qui peut prendre plusieurs mois.

Selon le quotidien américain New York Times, Valieva avait dans son organisme deux autres substances médicamenteuses pouvant être utilisées pour traiter des problèmes cardiaques.

Le journal, qui s’est procuré des documents présentés devant le TAS dimanche, affirme que le laboratoire de Stockholm ayant procédé à l’examen de l’échantillon de Valieva a également trouvé des traces de deux autres médicaments pour le cœur, l’hypoxène et la L-Carnitine, qui eux ne figurent pas sur la liste des substances prohibées.