Jules Burnotte ne voit pas les Jeux olympiques comme une finalité en soi. À vrai dire, avant tout récemment, il n’y avait jamais vraiment rêvé.

Publié le 2 février
Nicholas Richard La Presse

Pour le biathlète, l’essentiel a toujours été de se respecter dans ce qu’il est et dans ce qu’il peut offrir. C’est pourquoi il profite de son statut d’olympien pour faire une différence autour de lui en sensibilisant les gens qui le suivent aux enjeux liés à l’environnement et aux changements climatiques.

Burnotte est loin d’être un athlète ordinaire. Contrairement à certains de ses compatriotes, il n’a pas ardemment souhaité aller aux Jeux olympiques dès le jour où il a chaussé ses premières bottes de ski. Loin de là. Il avait d’autres priorités.

Ses parents l’ont rapidement sensibilisé au respect de l’environnement et d’autrui. L’athlète de 25 ans a gagné beaucoup de trophées et de médailles en biathlon et en cross-country depuis son enfance. Il deviendra officiellement, dans quelques jours, un athlète olympique, ce qui est en soi une réussite extraordinaire.

Néanmoins, l’une des choses qui le rendent le plus fier, c’est d’être demeuré fidèle à ses valeurs et de ne jamais avoir perdu de vue l’essentiel.

« Ç’a toujours été présent dans ma famille. C’est juste le gros bon sens de faire attention à ce qu’on a de plus précieux, par exemple, la planète et les gens autour de nous. En tant qu’êtres humains, on peut s’arrêter et se poser des questions. On est confrontés à beaucoup de choix, beaucoup de possibilités et il faut se demander ce qu’on souhaite en faire », a expliqué le Sherbrookois pendant son plus récent séjour en Allemagne.

Les changements climatiques ont de véritables conséquences, notamment sur les sports hivernaux. Le problème est global et les athlètes olympiques d’aujourd’hui et de demain pourraient en souffrir concrètement.

Selon une étude publiée il y a quelques jours par le Sport Ecology Group de l’Université Loughborough, en Angleterre, seulement 10 des 21 villes qui ont accueilli les Jeux d’hiver depuis Chamonix en 1924 auront le climat opportun et suffisamment de neige pour accueillir à nouveau les Jeux en 2050.

Par ailleurs, les Jeux de Pékin seront les premiers de l’histoire à utiliser uniquement de la neige artificielle. Les Jeux olympiques d’hiver auront donc lieu dans une ville où il n’y a pas de neige. L’heure est grave.

Le bien commun d’abord

En tant que futur enseignant d’éducation physique, il va de soi que le bien commun doit passer avant les préoccupations personnelles pour Burnotte. Cette mentalité lui a été inculquée très tôt par ses parents. C’est d’ailleurs ceux-ci qui lui ont transmis cet intérêt pour la santé de l’environnement.

Né d’un père impliqué dans le transport actif à Sherbrooke et d’une mère néerlandaise, qui a grandi dans un pays où le vélo est le moyen de transport principal, il a toujours été normal pour lui de réduire son empreinte écologique le plus possible lors de ses déplacements.

On s’est déplacés à vélo partout. Si ça n’avait pas été des déplacements pour le biathlon, on ne se serait pas servis souvent de la voiture. Ce n’est pas rare qu’elle reste stationnée chez mes parents pendant deux semaines.

Jules Burnotte

C’est par ailleurs pour sensibiliser le plus de gens possible qu’il s’est associé avec Communauto, qui est devenue son premier commanditaire officiel. « La voiture n’est pas toujours une nécessité, surtout en milieu urbain. Même pour moi qui fais beaucoup de plein air et qui ai besoin à l’occasion d’une voiture, je n’ai pas nécessairement besoin d’en posséder une. C’est correct d’en louer une, une fois de temps en temps. »

Même s’il est conscient qu’il ne changera pas le monde à lui seul, le biathlète fait de son mieux pour rallier les gens à la cause. Il publie et partage différentes publications de manière assez régulière sur ses plateformes et ses réseaux sociaux. En tant qu’athlète olympique, il espère que cette nouvelle notoriété pourra lui servir à conscientiser plus de gens. Le problème dépasse largement le manque de neige aux Jeux olympiques.

Le Sherbrookois est l’un des ambassadeurs en développement durable de l’International Biathlon Union. Une nouvelle initiative qui est très progressiste, affirme Burnotte, mais qui fait partie d’une immense machine. Il pense que l’idéal pour que l’initiative progresse est d’exister dans les médias et dans l’œil du public. Au moins, les bases sont solides et les racines sont bien ancrées.

Un peu comme celles de Burnotte, qui a grandi et qui s’est épanoui grâce à ses racines. Il n’a jamais perdu de vue l’essentiel de ce que sa famille lui a inculqué. Ç’a fait de lui un olympien et l’un des meilleurs sportifs sur la planète, mais aussi un citoyen engagé et qui prend les moyens pour ne pas rater sa cible.

Les Jeux olympiques, « le diplôme de l’athlète »

Jules Burnotte participera à ses premiers Jeux olympiques. Le biathlète a mis du temps à le réaliser. Il a encore de la difficulté à comprendre ce que ça signifie. Pour lui, c’était pratiquement dans l’ordre des choses et il a tenté de ne pas trop y penser.

PHOTO BIATHLON WORLD

Après avoir commencé le biathlon un peu par hasard, Jules Burnotte fait maintenant partie de la délégation olympique canadienne.

« Je le vois un peu comme le diplôme de l’athlète », a expliqué Jules Burnotte. Après des années à s’interroger sur ses motivations et sur ce qu’il avait envie de faire, le Sherbrookois de 25 ans croit enfin avoir trouvé sa place.

Il lui est cependant difficile d’expliquer ce qu’il ressent, parce que les Jeux olympiques n’ont jamais réellement été dans sa ligne de mire. À tout le moins, il n’a jamais pratiqué son sport dans l’optique d’y participer à tout prix.

Depuis l’école primaire, il a pratiqué une tonne de sports. Du biathlon, au cross-country en passant par le ski de fond et le vélo, sans oublier le soccer. Il croit que ce qui aura été bénéfique dans son développement, c’est que ses parents ne l’ont jamais poussé. Il a su profiter d’une immense liberté.

« Mon premier souvenir olympique, c’est de faire des courses de bobsleigh dans la cour avec mes parents et ça s’arrête vraiment là. Ça n’a jamais été un objectif ou un rêve. Même que je me souviens d’un moment au primaire où ma mère m’a dit : “Tu le sais que même si tu fais du sport, tu n’es pas obligé de viser les Jeux olympiques ?” Je lui ai dit : “T’inquiète pas, ça ne me tente même pas”. »

Même s’il commence à percevoir de plus en plus ce qu’une participation olympique implique et représente, en raison de tous les messages qu’il reçoit sur les réseaux sociaux et à travers toute la structure du Comité olympique canadien, Burnotte garde la tête froide. Il préfère se dire qu’il s’agira « d’une autre course » et qu’il a mérité sa place. Il refuse de trop s’emballer.

« C’est dans l’enrobage, c’est une célébration sportive incroyable, c’est majestueux et il faut que ça existe. Je ne sais tellement pas à quoi m’attendre et j’ai fait exprès de me tenir loin de ça dans les derniers mois, parce que je savais que ma forme était moins bonne et je ne voulais pas me faire d’attentes. »

Un parcours semé d’embûches

L’histoire de Jules Burnotte aurait pu en décourager plus d’un. Pourtant, après avoir commencé le biathlon un peu par hasard, il fait maintenant partie de la délégation olympique canadienne.

C’est en quatrième année que la famille Burnotte inscrit Jules à sa première compétition de ski de fond. « J’avais de vieux skis en bois de l’URSS et on m’a dit qu’il fallait que j’aille le plus vite possible, alors ça m’a donné le goût. J’ai fait la course. Je montais la côte plus vite que les autres, mais je descendais pas mal moins vite », se souvient-il en riant.

Après une année dans le club de ski de fond du Mont-Orford, ses parents ont trouvé un club de biathlon, au mont Bellevue, en Estrie. C’est là que l’histoire a véritablement commencé, mais il n’avait jamais fait de compétition avant la troisième secondaire. Il a gagné la première Coupe Québec à laquelle il a participé.

Il a poursuivi son développement au secondaire et au cégep et en 2015, il a décidé d’arrêter le biathlon pour deux raisons. D’abord à cause d’une blessure à un genou qui l’a forcé à être au repos pendant un an, puis parce qu’il pensait en avoir fait le tour.

Il est finalement revenu à l’action en 2016 et à son retour à Valcartier, il a gagné les deux courses auxquelles il a pris part. C’est là qu’il a compris qu’il avait un réel talent et qu’il pourrait peut-être percer. Au printemps 2017, il souffre d’une mononucléose.

En 2018, il fait ses débuts sur le circuit de la Coupe du monde, mais quelques mois plus tard, en janvier 2019, il est victime d’une commotion cérébrale. Ça lui a pris six mois pour reprendre l’entraînement et lors de sa première semaine à l’entraînement complet, il a fait une autre commotion cérébrale, en ski à roulettes, en roulant sur une pomme de pin. Il a tout de même pris part à la saison 2019-2020, où il a fait ses meilleurs résultats.

Sauf qu’en avril 2020, à son retour au Québec, il a contracté la COVID-19, qui a été plus souffrante à long terme que sa mononucléose. La saison 2020 a été extrêmement difficile, mais cette saison, c’est tout le contraire. Il vit actuellement les meilleurs moments de sa carrière.