(Tokyo) Le typhon Penny a encore frappé. 

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Cinq ans après ses exploits à Rio, Penny Oleksiak a de nouveau ouvert le compte pour le Canada aux Jeux olympiques de Tokyo.

Oleksiak a mené le relais 4 x 100 m libre vers la médaille d’argent, dimanche matin, première séance des finales au Centre aquatique.

Regardez la fin de la course

La Torontoise de 21 ans a fait ce qu’elle sait faire de mieux : une remontée.

Au coude-à-coude avec Simone Manuel, qui avait partagé l’or avec elle au 100 m libre à Rio, Oleksiak a enclenché son moteur hors-bord pour bouffer l’Américaine tout rond sur le dernier relais.

Après avoir touché au mur, elle n’a pas eu à regarder le tableau pour comprendre le résultat. Bras dans les airs, ses coéquipières Rebecca Smith, Maggie MacNeil et Kayla Sanchez lui confirmaient qu’un podium était au rendez-vous.

Oleksiak a lancé son premier bonnet de bain sur le bord, l’air de dire : et voilà le travail ! « On espérait toutes obtenir une médaille, a-t-elle souligné après la cérémonie de remise des médailles. On ne savait pas vraiment laquelle ce serait. On en voulait seulement une. Que ce soit l’argent, c’est pas mal fou ! »

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Penny Oleksiak

Taylor Ruck, qui avait nagé la veille en préliminaires, a aussi reçu une médaille.

Comme prévu, l’Australie des sœurs Campbell a dominé l’épreuve, abaissant son propre record mondial pour décrocher un troisième titre olympique d’affilée.

Sixième après le premier relais de Sanchez, MacNeil, qui avait nagé la demi-finale du 100 m papillon une heure plus tôt, a replacé le pays au troisième rang. Smith, troisième à s’élancer, a ensuite glissé d’une place.

La Suède, menée par un record olympique de Sarah Sjöström (qui était codétenu par Oleksiak et Manuel), était alors deuxième, devant les États-Unis.

Oleksiak admet avoir blasphémé en voyant qu’elle se préparait à un autre duel avec Manuel, sa voisine de couloir. Il a été question d’un mot commençant par F et d’un « Allons-y »…

La Canadienne a été particulièrement fumante sur la première longueur pour recoller à l’Américaine, dont la sélection a suscité des interrogations dans son pays. Victime de surentraînement, elle ne s’est pas qualifiée à l’épreuve individuelle pour Tokyo.

Au coude-à-coude dans la dernière ligne droite, collées aux câbles, Oleskiak et Manuel se sont livré un duel jusqu’au bout.

« Je savais que je devais toucher le mur pour la deuxième place, a relaté Oleksiak. Je n’avais pas vraiment le choix à ce moment-là. J’ai beaucoup sacré avant la course ! Je criais après les filles, après moi sur le bloc. J’ai laissé sortir ce qui me traversait l’esprit un peu. »

Sur le bon pied

Après la médaille de bronze de Rio, le quatuor canadien entreprend encore la compétition olympique sur une bonne note. La chef de mission Marnie McBean était d’ailleurs dans les gradins pour saluer la prestation.

« Les sprinteuses à Rio – Chantal [Van Landeghem], Michelle [Williams], Sandrine [Mainville] – ont comme instauré cette culture d’amorcer la compétition sur le bon pied », a témoigné Sanchez. Ça place tout le monde dans un bon état d’esprit pour le reste. »

Oleksiak a souligné les liens qui unissent les cinq coéquipières qui s’entraînent ensemble depuis des mois au Centre de haute performance de Toronto.

« On a toutes grandi ensemble. On se connaît depuis quoi ? Qu’on a 10 ans. Dix ou onze ans plus tard, on est dans une équipe olympique et on gagne une médaille d’argent, c’est fou ! »

Oleksiak ajoute elle-même une cinquième médaille olympique à son palmarès, ce qui la place à une des comeneuses canadiennes de tous les temps, la patineuse de vitesse Cindy Klassen et la cycliste et patineuse Clara Hughes.

« Honnêtement, j’avais un peu oublié que j’en avais quatre autres en banque ! C’est bien de rapporter celle-là à la maison. Espérons en remporter quelques autres et voyons ce qu’on peut faire. »

Savard 16e

Après avoir réussi son meilleur temps en plus de sept ans la veille en préliminaires, Katerine Savard n’a pas été en mesure de pousser plus loin en demi-finale du 100 m papillon.

La nageuse originaire de Pont-Rouge a enregistré le 16e et dernier chrono des deux vagues, ce qui met un terme à son parcours individuel à Tokyo.

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Katerine Savard

« Sachant que j’ai fait mieux hier, c’est sûr que c’est un peu décevant sur le coup, a-t-elle commenté derrière son masque. Il m’aurait fallu un bon meilleur temps pour entrer en finale, de toute façon. Hier, c’était déjà vraiment plus mon objectif parce que je sais que je n’étais même pas classée dans les 20 premières. Juste le fait de faire la demi-finale hier, ç’a été super satisfaisant pour moi. »

MacNeil, tenante du titre mondial, a réussi le sixième temps (56 s 56) pour accéder à la finale.

Savard a franchi les deux longueurs en 58 s 10, soit une demi-seconde de plus que la veille. « Moins stressée », elle s’expliquait mal la différence entre ses deux performances.

« Je pensais peut-être que ça allait être positif. Encore là, on parle de dixièmes. Je ne peux même pas mettre le mot sur ce que j’ai fait de différent. »

Après sa cruelle déception de Rio, où elle ne s’était pas qualifiée à son épreuve favorite, l’athlète de 28 ans et triple olympienne ne tirait que du positif de son expérience tokyoïte.

« Mon Dieu, je ne pensais même pas faire la demi-finale. Je n’étais pas classée dans les meilleures au monde avant d’arriver ici. Dans les dernières années, je n’étais même probablement pas dans le top 200 au monde ! Là, j’ai fait la demi-finale. On va le prendre. J’ai quand même fait une demi-finale à chacun de mes Jeux olympiques. »

L’absence de spectateurs, frappante à l’occasion de cette première séance où des médailles étaient remises, ne l’a pas trop dérangée. Les quelques centaines d’athlètes qui emplissaient les gradins normalement destinés au public ont fait l’affaire. On a même pu entendre sa coéquipière Mary-Sophie Harvey crier quelques « Let’s go, Kat ! » avant le départ.

« On dirait qu’on est quand même capables de sentir cette ambiance-là. Hier, j’étais hyper nerveuse, j’avais super hâte de courser. On le sent qu’on est dans un évènement d’envergure. »

Savard se tourne maintenant vers le 4 x 200 m libre, dont les préliminaires seront présentés jeudi.

La séance s’est ouverte avec une course excitante au possible au 400 m quatre nages individuel. Si l’Américain Chase Kalisz a dominé l’épreuve pour remporter l’or, les deux autres médailles ont été chaudement disputées dans la dernière longueur. Jay Litherland a devancé l’Australien Brendon Smith par un dixième pour réaliser un doublé américain. À peine une seconde a séparé Litherland de la huitième place de l’Italien Alberto Razzetti.

Dans la cabine de NBC, Michael Phelps, qui possède le record mondial de la distance, sa seule marque qui tient toujours, a sûrement apprécié cette bagarre.

La surprise du jour a été l’œuvre du Tunisien Ahmed Hafnaoui, 18 ans, qui a hurlé sa joie après sa victoire au 400 m libre. Dernier qualifié dans le couloir huit, il a battu de justesse l’Australien Jack McLoughlin et l’Américain Kieran Smith, respectivement médaillés d’argent et de bronze. Il a égalé l’exploit de son compatriote Oussama Mellouli, seul Tunisien titré en natation aux JO, sur 1500 m à Pékin.