Ce n’est pas bien compliqué. Dans l’aréna des Penguins à Pittsburgh, il n’y a que deux numéros qui sont accrochés bien haut au plafond : le 66 de Mario Lemieux et le 21 de Michel Brière.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Le grand Mario n’a évidemment plus besoin de présentation et son histoire est très bien connue, mais celle de Brière ? Cette histoire-là, bien malheureusement, l’est un peu moins.

Ça changera peut-être à la suite de la présentation du documentaire La mine d’or de Malartic, que RDS diffusera ce lundi à 20 h, et qui permet de mieux connaître et comprendre le récit de ce jeune homme et hockeyeur mort beaucoup trop jeune, à l’âge de seulement 21 ans.

Ainsi, et pendant près d’une heure, c’est l’histoire de Brière en long et en large qui est racontée à l’écran par ses proches et les membres de sa famille, dont son fils Martin, un bambin au moment de la terrible tragédie.

Mais avant d’arriver là, il y a une mise en contexte qui s’impose. Qui était Michel Brière, au juste ? En matière de hockey bien strictement, on comprend qu’il était une future étoile, arrachée bien trop tôt au firmament de la LNH. Une vedette montante du hockey, « du même calibre que Guy Lafleur, que Mario Lemieux », confie un proche à la caméra.

C’est aussi ce que disent les chiffres quand on les regarde. En effet, ce brillant joueur de centre avait terminé ses années au hockey junior d’éclatante façon, entre autres en récoltant 161 points à sa dernière saison à Shawinigan, en 1968-1969.

Ce potentiel a été jugé attrayant, assez en tout cas pour que les Penguins se décident à prononcer son nom lors du troisième tour du repêchage de 1969, le 26e joueur au total sélectionné cette année-là.

Michel Brière fera le saut directement du hockey junior au hockey professionnel, et assez vite, on se rend compte de tout son talent. À sa première saison à Pittsburgh, il obtient 44 points en 76 matchs chez les Penguins, et l’avenir est pour le moins reluisant.

« Un gars comme Michel, tu voyais que c’était une petite perle, confie son ex-coéquipier Jean Pronovost. Parce que son intelligence sur la glace était beaucoup plus haute que celle de certains vétérans. »

Avec le recul et avec les images, on voit bien que le jeune Brière, à 20 ans, avait déjà tout pour lui… y compris une rutilante voiture, une Mercury Cougar flambant neuve, qui allait tragiquement devenir la source de cette conclusion trop rapide.

Ainsi, à peine quelques semaines avant son mariage prévu pour juin 1970, Michel Brière décide de revenir voir famille et amis dans son Abitibi natale… et aussi de faire aller un peu sa Mercury Cougar sur les routes parfois dangereuses de la région.

C’est d’ailleurs ici que surviennent les moments les plus percutants de cette histoire : plus de 50 ans plus tard, on apprend qu’il s’est consommé de l’alcool avant l’accident, et aussi que c’est Brière lui-même, malgré toutes les rumeurs qui ont bien pu circuler, qui a insisté pour conduire, alors que deux amis un peu effrayés se trouvaient eux aussi à bord de la voiture.

Et puis Brière, un conducteur peu expérimenté selon tous les témoignages, a raté une courbe à haute vitesse, ne laissant aucune chance aux trois occupants. La voiture s’est retrouvée en morceaux, laissant les occupants dans un état lamentable, y compris Brière lui-même, du coup plongé dans un long et pénible coma duquel il ne se réveillera jamais.

De cet accident, le 15 mai 1970, jusqu’au décès, le 13 avril 1971, il se sera donc écoulé tout près d’un an. Le pire, c’est que la tragédie fera une autre victime, comme si c’était nécessaire : un jeune cycliste, Raymond Perreault, frappé de plein fouet par l’ambulance qui transportait Brière à haute vitesse.

Malgré les visites fréquentes et les prières d’un peu tout le monde, famille, amis et ex-coéquipiers, Michel Brière ne patinera jamais plus, et à 20 ans, ne rouvrira plus jamais les yeux non plus. Plus de 50 ans plus tard, ça demeure aussi tragique.

> Regardez la bande-annonce du documentaire