Après des années de frustrations en Coupe Ryder, les Américains ont remporté dimanche leur victoire la plus écrasante de l’histoire de la compétition, une raclée de 19-9, ponctuée par une formidable démonstration de force lors de la dernière journée de matchs en simple.

Michel Marois
Michel Marois La Presse

Le capitaine Steve Stricker, qui a grandi au Wisconsin, tout près du club Whistling Straits où était disputée cette 43présentation de la compétition, avait parié sur une nouvelle génération de champions, avec notamment six néophytes en Coupe Ryder. Et il n’avait pas hésité à réunir des joueurs peu habitués au travail d’équipe exigé pour remporter la Coupe.

« Je suis sans mots, a-t-il avoué, quelques instants après que ses joueurs eurent pris un avantage insurmontable. Les joueurs se sont réunis il y a deux semaines, prêts à travailler et à collaborer. Ils ont vraiment créé un esprit très fort entre eux. Je voulais qu’ils soient bien préparés, qu’ils soient prêts à composer avec la pression très intense de cette compétition. Ils ont surpassé toutes mes attentes.

« Dès la première séance, vendredi, ils ont pris le contrôle de la situation et n’ont jamais laissé nos adversaires revenir. Pour moi, c’est l’équipe la plus forte de l’histoire. Je suis vraiment fier de ce groupe et je pense qu’il s’agit du début d’une nouvelle ère pour le golf américain. »

Depuis l’introduction de la formule actuelle, avec 28 points en jeu, la plus grande marge victorieuse avait été 18 ½ à 9 ½.

Joueur le plus expérimenté de l’équipe américaine à 37 ans, Dustin Johnson a parfaitement assumé le rôle de meneur en compilant une fiche parfaite de cinq victoires en cinq matchs. Il est ainsi devenu le premier joueur américain à compiler une telle fiche depuis Larry Nelson en 1979, égalant la performance de l’Italien Francesco Molinari en 2018.

PHOTO JEFF ROBERSON, ASSOCIATED PRESS

Steve Stricker et Dustin Johnson

« Je ne m’attendais pas à remporter cinq victoires, je ne pensais même pas jouer cinq matchs », a raconté Johnson, qui n’avait compilé qu’une fiche décevante de 7 victoires et 9 défaites en quatre participations avant cette année.

Cette compétition est vraiment excitante, avec une ambiance extraordinaire. Je sentais que mon jeu était à point et je me suis laissé porter par la foule et par toute l’équipe.

Dustin Johnson

Les hôtes étaient largement favoris de la compétition avec pas moins de 8 des 10 premiers joueurs mondiaux. Collin Morikawa, qui a assuré le demi-point décisif avec un match nul contre le Norvégien Viktor Hovland, a souligné : « Nous savions que nous avions une bonne équipe sur papier, mais cela ne veut rien dire tant qu’on n’a pas commencé à jouer. »

Le troisième mondial, vainqueur de l’Omnium britannique cette saison, a amassé 3,5 points en 4 matchs, d’excellents débuts en Coupe Ryder.

« On peut vraiment sentir l’énergie de la foule et cela nous a procuré un gros avantage, c’est certain, a-t-il déclaré. Ce n’est pas juste une victoire, c’est une victoire décisive. Tous les joueurs ont apporté leur contribution afin que l’équipe fonctionne bien ensemble, et remporter la victoire de cette façon nous procure une immense satisfaction. »

C’était la première fois depuis 1998 que ni Tiger Woods ni Phil Mickelson – deux joueurs qui ont connu plusieurs déboires en Coupe Ryder – ne participaient à la compétition.

« Nous avions une équipe nouvelle », a rappelé Tony Finau, au troisième rang des joueurs les plus âgés de l’équipe américaine à 32 ans. « Seuls quelques-uns d’entre nous avaient joué auparavant et nous n’avions pas de joueurs qui avaient subi plusieurs défaites, avec les souvenirs et les malaises que cela peut entraîner. »

Vive déception chez les Européens

Vainqueurs de sept des neuf dernières présentations de la Coupe Ryder, avec notamment deux victoires aux États-Unis, les Européens n’ont jamais été dans la lutte. Seulement deux joueurs – les Espagnols Jon Rahm (3,5 points en 5 matchs) et Sergio García (3 points en 4 matchs) – ont présenté une fiche positive.

« C’est décevant, bien sûr, a convenu le capitaine Padraig Harrington. Quand on est capitaine de l’équipe européenne en Coupe Ryder, on attend de vous une victoire, rien d’autre. Mais ils avaient une équipe très forte, se sont mis au travail dès la première journée et ont su bâtir sur leur avance.

« De notre côté, nous avons connu un mauvais départ et c’était vraiment difficile de venir de l’arrière contre une telle équipe et devant une telle foule. En définitive, les Américains ont joué à leur meilleur niveau, alors que nous n’avons pas été en mesure de le faire. »

C’est une défaite difficile à digérer, mais ils ont mieux joué…

Padraig Harrington, capitaine de l’équipe européenne

Harrington a refusé de blâmer des joueurs en particulier, mais certains vétérans n’ont pas répondu à l’appel. L’Irlandais du Nord Rory McIlroy, qui en était à sa sixième participation, n’a récolté qu’un point en quatre matchs, une victoire dimanche dans le premier match de la journée.

« J’adore faire partie de cette équipe et j’apprécie tellement mes coéquipiers, mais je sais que j’aurais dû en faire davantage cette semaine. Je suis content d’avoir marqué ce point aujourd’hui, mais… » a-t-il confié, avant de prendre un instant pour retenir ses larmes.

« Cette compétition est de loin la plus belle expérience au golf et j’espère que les jeunes garçons et filles qui regardent cela aujourd’hui vont rêver de jouer un jour en Coupe Ryder ou en Coupe Solheim [l’équivalent féminin], parce qu’il n’y a rien de plus satisfaisant que de jouer et de gagner cette compétition, particulièrement en Europe en raison du lien très fort qui nous unit. Je suis déjà impatient d’avoir une autre chance de jouer ! »

Cette amère défaite pourrait toutefois signaler la fin d’une période faste pour les Européens en Coupe Ryder.

Plusieurs des meneurs de l’équipe ont plus de 40 ans, certains n’avaient même pas été sélectionnés cette année. Le prochain capitaine aura fort à faire pour relancer cette équipe et trouver les jeunes joueurs qui pourront faire aussi bien que les recrues américaines de cette année.

Seul point positif : la prochaine Coupe Ryder sera disputée en Italie, près de Rome, en 2023, et cela fera alors 30 ans que les Américains n’ont pas remporté la compétition sur le terrain de leurs rivaux…

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