Le redoutable parcours Ouest du club Winged Foot, près de New York, accueille cette semaine l’Omnium des États-Unis pour la sixième fois de l’histoire. Et même s’il réunira les meilleurs joueurs du monde, plusieurs s’attendent à un nouveau « massacre »…

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Un parcours qui fait trembler les meilleurs

PHOTO DANIELLE PARHIZKARAN, USA TODAY SPORTS

Le golfeur canadien Corey Connors s’élance au 9e trou dont le vert se trouve tout près du pavillon principal du club, classé monument historique.

En cinq présentations de l’Omnium des États-Unis au club Winged Foot, un seul joueur, Fuzzy Zoeller en 1984, a réussi à jouer sous la normale (- 4) pour l’ensemble du tournoi. La marque de + 7 inscrite par le champion Hale Irwin en 1974 n’a jamais été « surpassée » depuis dans un tournoi majeur.

Les médias avaient d’ailleurs parlé à l’époque du « massacre à Winged Foot » et d’autres « films d’horreur » ont aussi eu le célèbre parcours pour théâtre. Même le grand Bobby Jones, champion de l’Omnium en 1929, avait gâché une avance de sept coups en ronde finale, avant de triompher le lendemain en prolongation.

  • En juin 1984, Greg Norman tend une serviette à Fuzzy Zoeller au 18e trou. Zoeller établira une marque inégalée à l’Omnium des États-Unis sur ce parcours avec un cumulatif de - 4.

    PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

    En juin 1984, Greg Norman tend une serviette à Fuzzy Zoeller au 18e trou. Zoeller établira une marque inégalée à l’Omnium des États-Unis sur ce parcours avec un cumulatif de - 4.

  • En juin 1974, Hale Irwin remporte l’Omnium des États-Unie au club Winged Foot Golf avec une carte cumulative de… + 7.

    PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

    En juin 1974, Hale Irwin remporte l’Omnium des États-Unie au club Winged Foot Golf avec une carte cumulative de… + 7.

  • Bobby Jones en 1929 au club Winged Foot

    PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

    Bobby Jones en 1929 au club Winged Foot

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En 2006, la dernière fois que le tournoi a été joué à Winged Foot, l’Australien Geoff Ogilvy a profité de la déroute de plusieurs favoris au 18trou pour l’emporter avec un cumulatif de + 5.

Phil Mickelson, qui a terminé six fois en deuxième place de l’Omnium des États-Unis sans jamais s’imposer, a vécu cette journée-là la plus grande déception de sa carrière. Jouant dans le dernier groupe, il était à + 4 et n’avait besoin que d’une normale au 18trou pour gagner.

Mais le dernier trou de Winged Foot est un monstre, avec notamment un vert immense à plusieurs niveaux où tous les joueurs, même les meilleurs, se sont perdus un jour ou l’autre.

PHOTO MORRY GASH, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Geoff Ogilvy, tenant le trophée du vainqueur en 2006,
et Phil Mickelson, qui vient de mordre la poussière après
avoir raté deux coups au 18e trou.

Redoutant ce qui l’attendait, Mickelson a frappé son coup de départ… sur une tente. Il a ensuite tenté un coup risqué, mais la balle a heurté un arbre et est revenue tout près de lui. De là, il n’a pu faire mieux qu’un double boguey.

« Je suis un tel idiot, avait convenu le golfeur, dépité, après le tournoi. [Cette défaite] est plus dure à accepter, parce que j’avais déjà gagné dans ma tête… »

Colin Montgomerie était lui aussi à + 4 en arrivant au 18trou et il avait frappé un excellent coup de départ. Après avoir dû patienter de longues minutes, le Britannique a toutefois complètement raté son coup d’approche et il n’a pu éviter un double boguey, comme Mickelson. Il raconte se réveiller encore la nuit en pensant à ce coup de fer 6.

Jim Furyk, qui jouait avec Mickelson, n’avait, lui, qu’à caler un roulé de cinq pieds pour forcer une prolongation avec Ogilvy. Il l’a raté et s’est aussi contenté de la deuxième place. « Ma seule consolation, c’est que personne n’a parlé de ma déconfiture, d’autres en ayant vécu de pires que moi », a souligné l’Américain un peu plus tard, résumant ce qui reste l’une des finales les plus spectaculaires de l’histoire de l’Omnium des États-Unis.

PHOTO DANIELLE PARHIZKARAN, USA TODAY SPORTS

Robert MacIntyre frappe sa balle hors de la trappe près du vert du 3e trou lors d’une ronde d’entraînement cette semaine.

Humilier les joueurs ?

Le parcours Ouest du club Winged Foot est régulièrement classé parmi les 10 meilleurs aux États-Unis et le parcours Est fait aussi parti des 100 meilleurs. Ils ont été dessinés au début des années 1920 par A. W. Tillinghast, l’un des plus grands architectes de golf de l’histoire, qui a travaillé à près de 250 parcours, dont Bethpage Black et Baltusrol, qui ont aussi accueilli l’omnium national.

Tillinghast a souvent travaillé avec l’architecte Clifford Wendehack, l’auteur du superbe chalet Winged Foot. Le club est d’ailleurs inscrit au registre national des lieux historiques des États-Unis.

PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

A. W. Tillinghast

Celui qu’on surnommait « Tillie the Terror » était le fils unique d’un magnat de l’industrie. Il avait fait plusieurs séjours en Écosse où il avait pu côtoyer le célèbre Old Tom Morris à St. Andrews. Il en avait ramené une vision du golf où il faut toujours bien placer sa balle dans l’allée et où chaque vert est une épreuve en soi.

Le parcours Ouest de Winged foot est sans doute la réalisation ultime de cette vision. Les allées sont rarement rectilignes et il faut bien choisir la cible en pensant déjà à l’entrée au vert. Les verts sont de bonne taille et présentent habituellement d’importants dénivelés.

PHOTO DANIELLE PARHIZKARAN, USA TODAY SPORTS

L’allée du 2e trou et son vert de bonne taille présentant
 de forts dénivelés, typiques de Winged Foot.

Jack Nicklaus rappelle souvent qu’il avait frappé son premier coup roulé à Winged Foot plus de 30 pieds au-delà du fanion !

C’est sûrement l’ensemble de verts le plus exigeant que j’ai jamais vu.

Jack Nicklaus

En préparation pour l’Omnium de cette année, la USGA et la direction du club ont procédé en 2017 à une restauration complète de tous les verts du parcours. En s’inspirant des dessins de Tillinghast et de photos d’époque, on a ajouté près de 20 % à la surface des verts, tout en accentuant certains dénivelés.

Et rien n’a été fait pour ralentir ces verts. Billy Casper, qui a gagné l’Omnium de 1959 à Winged Foot, a dit : « Si vous avez un coup roulant ascendant, vous pouvez oser frapper la balle. Mais si c’est en descendant, il faut se contenter d’y toucher et espérer que le trou arrête sa course ! »

PHOTO DANIELLE PARHIZKARAN, USA TODAY SPORTS

Hideki Matsuyama regarde sa balle rouler sur le vert du 2e trou lors d’une ronde d’entraînement, mardi.

Alors, encore un jeu de massacre cette année ?

En 1974, quand plusieurs joueurs s’étaient plaints des conditions de jeu à Winged Foot, le président de la USGA Sandy Tatum avait fait cette fameuse déclaration : « Nous n’essayons pas d’humilier les meilleurs joueurs du monde, nous essayons simplement de les identifier. »

Rory McIlroy a rappelé mardi en point de presse que les organisateurs devaient rester vigilants dans la préparation du parcours. « Je n’avais jamais joué ici, mais c’est un parcours incroyable, comme celui d’Oakmont. Les conditions de jeu y sont juste à la limite et il suffirait de peu de choses pour que ça devienne ridicule [“goofy”]. Je ne crois pas que cela va se produire ici, mais on ne sait jamais… »

Les gagnants de l’Omnium à Winged Foot

> 1929 : Bobby Jones, 294 (+ 6)
> 1959 : Billy Casper, 282 (+ 2)
> 1974 : Hale Irwin, 287 (+ 7)
> 1984 : Fuzzy Zoeler, 276 (- 4)
> 2006 : Geoff Ogilvy, 285 (+ 5)

Un favori, quatre prétendants et quelques négligés

Réputé être le tournoi le plus difficile de la saison, l’Omnium des États-Unis ne devrait pas faire exception cette année, même s’il a dû être reporté de trois mois à cause de la pandémie et qu’il sera disputé sans spectateurs. Ce sont habituellement les meilleurs du moment qui se mettent en évidence et, à l’exception de Brooks Koepka (8e), blessé, les principaux favoris sont en tête du classement mondial.

Le favori :

Dustin Johnson

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Dustin Johnson

États-Unis, 36 ans
1er rang mondial, 1 titre majeur (É. -U., 2016)
Cote : 11/1

Joueur de l’année sur le circuit de la PGA, Johnson est le grand favori du tournoi. Puissant, précis, il a amélioré son jeu sur les verts et a cette capacité de rapidement oublier ses mauvais coups.

Les prétendants :

Jon Rahm

PHOTO CHARLES KRUPA, ASSOCIATED PRESS

Jon Rahm

Espagne, 25 ans
2e rang mondial
Cote : 13/1

Il a chauffé Johnson en fin de saison et ses statistiques sont impressionnantes, particulièrement sur les parcours exigeants. L’absence de spectateurs l’aidera à maîtriser ses nerfs.

Justin Thomas

PHOTO USA TODAY USPW, USA TODAY SPORTS

Justin Thomas

États-Unis, 27 ans
3e rang mondial, 1 titre majeur (PGA, 2017)
Cote : 18/1

Avec trois victoires cette saison, Thomas a longtemps été le favori pour le titre de joueur de l’année, mais il s’est un peu effacé pendant les tournois éliminatoires du circuit.

Xander Schauffele

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ASSOCIATED PRESS

Xander Schauffele

États-Unis, 26 ans
7e rang mondial
Cote : 19/1

Toujours dans la lutte en tournois majeurs, il a terminé 6e, 5e et 3e en trois participations à l’Omnium et apprécie particulièrement les parcours traditionnels comme celui de Winged Foot.

Colin Moriwaka

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Collin Morikawa

États-Unis, 23 ans
5e rang mondial, 1 titre majeur (PGA 2020)
Cote : 19/1

Brillant vainqueur du Championnat de la PGA il y a quelques semaines, le jeune Américain est l’un des joueurs les plus précis du circuit, mais il devra aussi bien faire sur les verts.

Aussi à considérer :

Rory McIlroy

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Rory McIlroy

Irlande du Nord, 31 ans
4e rang mondial, 4 titres majeurs
Cote : 20/1

Devenu père récemment, il sera encore plus motivé et pourrait répéter son titre de 2011.

Bryson DeChambeau

PHOTO BRAD PENNER, USA TODAY SPORTS

Bryson DeChambeau

États-Unis, 27 ans
9e rang mondial
Cote : 26/1

Un long cogneur, il devra tempérer ses ardeurs et garder la balle dans les limites du terrain !

Webb Simpson

PHOTO CHRIS CARLSON, ASSOCIATED PRESS

Webb Simpson

États-Unis, 36 ans
6rang mondial, 1 titre majeur (É.-U. 2012)
Cote : 34/1

Vainqueur du tournoi en 2012, il brille habituellement sur les parcours exigeants.

Tony Finau

PHOTO KELVIN KUO, USA TODAY SPORTS

Tony Finau

États-Unis, 31 ans
16e rang mondial
Cote : 39/1

Souvent en évidence en tournois majeurs, il est très régulier depuis la reprise du jeu.

Tommy Fleetwood

PHOTO CHARLES KRUPA, ASSOCIATED PRESS

Tommy Fleetwood

Angleterre, 29 ans
15e rang mondial
Cote : 41/1

Deuxième de l’Omnium en 2018, son jeu complet devrait le garder dans la lutte.

L’Omnium en bref

Les souvenirs de Woods

PHOTO DANIELLE PARHIZKARAN, USA TODAY SPORTS

Tiger Woods

Tiger Woods est l’un des 15 joueurs inscrits à l’Omnium qui avait pris part à celui de 2006 à Winged Foot. Et ce n’est pas un bon souvenir pour lui. Son père Earl s’était éteint quelques semaines avant le tournoi. « C’était difficile, même si je savais qu’il n’en avait plus pour longtemps, a rappelé Woods, mardi, en point de presse. Je n’ai évidemment pas pu me préparer normalement et j’ai raté ma qualification pour les rondes finales. Winged Foot est un superbe parcours. Avec Oakmont et Carnoustie, ce sont les plus difficiles. Ici, le parcours a beaucoup changé depuis 2006, les verts sont nouveaux, plus grands. Ce sera donc encore plus exigeant, surtout s’ils décident de placer les fanions dans des positions difficiles. »

Woods a reconnu qu’il s’ennuyait des spectateurs. « Personnellement, l’énergie positive des spectateurs me manque beaucoup. Le niveau d’intensité est différent, c’est certain, mais c’est la nouvelle réalité. Nous aimerions avoir des spectateurs, avoir l’ambiance des tournois majeurs, mais la sécurité de tous doit passer en premier. » À 44 ans, Woods n’est plus le même joueur qu’en 2006. « Je dois vivre avec le fait que j’ai subi plusieurs opérations au dos, a-t-il rappelé. Ma santé est la priorité et je dois me préparer de façon différente. C’est difficile de gagner à tous les âges et il faut profiter de toutes les occasions. »

La prudence de Johnson

PHOTO CHARLES KRUPA, ASSOCIATED PRESS

Dustin Johnson

Encore une fois, Dustin Johnson se présente à un tournoi majeur dans le rôle du favori. Deuxième au Championnat de la PGA, il a dominé la fin de la saison sur le circuit et a repris le premier rang mondial. Petit bémol, l’Américain n’avait jamais joué sur le parcours Ouest de Winged Foot.

« J’ai peut-être joué une fois sur l’autre parcours du club, mais je ne m’en souviens plus, a-t-il raconté mardi en point de presse. C’est l’un des parcours les plus durs que j’ai jamais joué. Il faut atteindre l’allée et il y a plusieurs trous où je vais frapper un fer au départ, car il n’y a pas assez de place pour mes coups de départ.

« Les verts sont difficiles et il faut bien maîtriser ses coups roulés. C’est vraiment la clé. Sur certains parcours, on peut attaquer le fanion à tous les trous ; ce n’est pas le même jeu ici. J’ai justement beaucoup travaillé là-dessus récemment avec mon frère [Austin, son cadet] et je suis heureux de voir que ça donne des résultats au bon moment. »

Quatre Canadiens au tournoi

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Taylor Pendrith

Quatre joueurs canadiens se sont qualifiés pour l’Omnium des États-Unis : Corey Conners, Adam Hadwin, Mackenzie Hughes et Taylor Pendrith. Si les trois premiers sont des joueurs réguliers du circuit de la PGA, avec pour chacun des victoires à leur palmarès, Pendrith est encore sur le circuit Korn Ferry. Très régulier cette saison (3au classement), il a obtenu un laissez-passer pour l’Omnium et devrait accéder bientôt au circuit de la PGA.

Les quatre Canadiens ont disputé une ronde d’entraînement ensemble cette semaine. Du groupe, le plus susceptible de bien faire est sans doute Mackenzie Hughes, qui a conclu la saison avec le meilleur classement d’un Canadien en Coupe FedEx, une 14place, la semaine dernière. Hughes, Hadwin et Conners joueront les deux premières rondes au sein du même trio.