Les clubs de golf de la province ont littéralement été pris d’assaut par les amateurs dès que les autorités et la Direction de santé publique ont permis la reprise des activités sportives. Dans les gros clubs, ce sont plusieurs centaines de joueurs par jour qui prennent le départ. En ce qui a trait au volet compétitif, la situation est différente selon les niveaux de jeu. Portrait de la situation après quelques semaines de déconfinement sur les allées et les verts de la province.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Une reprise au-delà des espérances

Pratiqué à l’extérieur, individuellement et à bonne distance de ses partenaires, le golf se prête remarquablement bien au respect des contraintes imposées par la pandémie. Pas étonnant que les clubs de la province aient été littéralement pris d’assaut dès que les autorités et la Direction de santé publique ont permis la reprise des activités sportives.

Dans les gros clubs, ce sont des centaines de joueurs par jour qui prennent le départ. « Nous allons encore dépasser 700 joueurs aujourd’hui, expliquait mercredi Denis Couillard, un employé du Parcours du Cerf à Longueuil. Depuis la reprise des activités, nous avons vraiment une saison exceptionnelle et j’ai l’impression que nous allons rattraper le temps perdu au printemps.

« Dans l’ensemble, les gens sont très respectueux des consignes et nous nous assurons que les opérations se déroulent dans des conditions sécuritaires. Il y en a bien quelques-uns qui se croient invulnérables, mais nous les rappelons à l’ordre ! » M. Couillard rappelle que, depuis samedi, le port du masque est obligatoire dans la boutique et dans les aires communes.

François Roy, porte-parole de la Table de concertation de l’industrie du golf, confirme l’engouement des amateurs

La première journée, il y avait des départs dès 4 h 30 du matin et ça n’a pas vraiment ralenti la deuxième semaine, la troisième, la quatrième… Encore aujourd’hui, les horaires de nombreux clubs sont bouclés pratiquement toute la journée.

François Roy, porte-parole de la Table de concertation de l’industrie du golf

« Nous n’avons pas encore les chiffres sur le nombre de rondes jouées, mais tous les clubs sont pris d’assaut, confirme M. Roy. Nous avons perdu plusieurs semaines en début de saison, mais plusieurs clubs connaissent en ce moment leur meilleure période depuis de nombreuses années. Et tout le monde respecte les règles, ce qui reste la priorité. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Au Parcours du Cerf, on remarque également
qu’une clientèle plus jeune est à l’œuvre sur les verts.

Autre élément positif, c’est une clientèle plus jeune qui fréquente les terrains. « Il y a de nombreux joueurs de 20-35 ans qui se sont procuré des forfaits de 20-25 parties. Avec les restrictions touchant la pratique d’autres sports, comme le baseball, le softball, le soccer ou le hockey, ces joueurs retrouvent l’esprit compétitif sur les terrains de golf où ils se donnent rendez-vous.

« On voit aussi beaucoup de jeunes avec leurs parents, au champ de pratique, sur les parcours à normale 3, sur les parcours réguliers aussi. C’est évidemment très positif pour nous de voir ce sang nouveau sur les terrains et c’est important de leur offrir une belle expérience, car notre défi sera de les garder avec nous à l’avenir.

« Dans l’ensemble, donc, si la situation créée par la pandémie est évidemment difficile, elle ouvre quand même des opportunités à certains secteurs d’activité, comme le nôtre. »

Reste à voir comment tout cela se traduira sur le plan financier en fin d’année. Les services de restauration restent limités et l’annulation des tournois a privé les clubs d’une importante source de revenus. Dave Skitt, directeur général de l’Association des clubs de golf du Québec, explique : « C’est vrai qu’il n’y a pas de tournois et que toutes les activités n’ont pas encore repris, mais les clubs ont aussi moins de dépenses. »

Le plus important, c’est que les joueurs sont de retour.

Dave Skitt, directeur général de l’Association des clubs de golf du Québec

Une synergie à préserver

La belle relance du golf au Québec témoigne du travail accompli par tous les intervenants de la Table de concertation. « Cette structure existait déjà depuis 2012, mais nous n’avions jamais vraiment pu l’exploiter, à l’exception de quelques projets secondaires », souligne François Roy.

Avec la pandémie, nous n’avons pas eu le choix de nous serrer les coudes.

François Roy, porte-parole de la Table de concertation de l’industrie du golf

Dave Skitt reconnaît : « Avant, on ne se parlait que deux fois par année. Maintenant, on se parle pratiquement chaque semaine et nous réussissons à aller chercher les atouts de tout le monde. Dès le 15 mars, nous avons convenu qu’il fallait avoir un plan commun pour affronter cette crise. Nous avons travaillé ensemble pour définir un protocole de retour au jeu et tout le monde l’applique avec rigueur. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Si les golfeurs ont répondu présents depuis la reprise des activités, l’annulation des tournois constitue néanmoins un important manque à gagner pour les clubs.

Reste à conserver cet élan. « Tous les intervenants savent maintenant que la Table de concertation est là et ils sont conscients de l’avantage de travailler ensemble, insiste François Roy. Il faut maintenant garder cette belle synergie. Nous avons encore plusieurs dossiers à développer avec les autorités, au niveau du tourisme par exemple, de l’emploi aussi. La situation nous a permis de créer des liens avec le gouvernement, plusieurs ministères et nous allons les entretenir.

« Dans l’industrie, je crois que nous avons acquis le soutien de tous les intervenants. Ils ont vu tout le travail commun que nous avons fait pour eux et avec eux ; à l’avenir, je crois que nous allons avoir une grande force derrière et avec nous pour aller de l’avant et obtenir ce dont nous aurons besoin pour continuer de développer notre industrie. »

Le développement mis sur pause

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Joey Savoie aurait bien voulu commencer à gravir les échelons vers le circuit de la PGA cette année, mais la pandémie en a décidé autrement.

Les tournois vont bientôt reprendre au niveau provincial, une occasion pour les meilleurs amateurs qui pourront se mesurer à des compétiteurs de bon niveau. « Nous avons prévu un calendrier assez complet, avec des compétitions parfois un peu plus courtes, mais des occasions pour toutes les catégories d’âge, explique François Roy de Golf Québec. Il y aura des tournois pour les juniors, les amateurs, les séniors ; tout le monde devrait y trouver son compte. »

La situation est toutefois un peu différente pour l’élite. Les joueurs québécois représentent plus du tiers de la formation canadienne et tous ces joueurs devaient participer à des évènements nationaux et internationaux cet été.

« À ce niveau, ça prend ces grands évènements pour amener les joueurs à donner le meilleur d’eux-mêmes et à progresser, explique François Roy. L’annulation des compétitions amateurs de Golf Canada et du circuit professionnel Mackenzie va les priver de ces occasions. Au niveau du développement, c’est évident qu’on a un peu le pied levé cette année. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le golfeur Hugo Bernard et l’entraîneur Daniel Langevin, en 2017

Pour de jeunes professionnels comme Hugo Bernard ou Joey Savoie, qui espéraient commencer à gravir les échelons vers le circuit de la PGA, cette année « perdue » est d’autant plus coûteuse. Daniel Langevin, l’un des entraîneurs de golf les plus réputés au Québec, travaille avec plusieurs de nos meilleurs espoirs et il n’est pas resté inactif depuis quelques mois.

« En fait, il s’agit davantage d’une pause de quelques mois, explique-t-il. Nous nous sommes assurés que les joueurs puissent travailler davantage sur leur préparation mentale ou physique. On a vu ce qu’a fait Bryson DeChambeau [qui est beaucoup plus musclé depuis la reprise] sur le circuit de la PGA, et ça démontre que ce n’est pas du temps complètement perdu.

« Il y a aussi certains circuits subalternes qui continuent aux États-Unis, Hugo et Joey sont au South Dakota Tour actuellement. Les conditions ne sont pas parfaites, ils ne peuvent rentrer au Canada comme ils le voudraient, en raison des règles de quarantaine, mais ça permet de continuer à jouer. »

Selon Langevin, ces jeunes professionnels ont déjà une certaine maturité et leur éthique de travail leur permet de composer avec toutes les contraintes de la pandémie. La situation est tout autre pour les plus jeunes, et les entraîneurs doivent être vigilants.

Pour le groupe des 14-20 ans, on voit plus d’effets négatifs mentalement. Ces jeunes sont encore des athlètes en devenir, ils ont des aspirations au niveau de leur carrière, de leurs études, et c’est évident qu’une crise comme celle qu’on vit actuellement crée beaucoup d’anxiété et de stress pour eux, car ils n’ont pas encore la maturité d’un adulte.

Daniel Langevin, entraîneur de golf

« Il faut vraiment être imaginatif avec eux, car le “trou noir” mental n’est jamais très loin. Dans cette perspective, la reprise des compétitions est vraiment bienvenue. Les jeunes ont l’habitude de participer à des compétitions dès le mois de mars, et pour eux, cette pause a semblé durer non pas quelques mois, mais quelques années ! »

Des amateurs comblés, mais encore prudents

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Bien que ravis de pouvoir enfin pratiquer à nouveau leur sport favori, les golfeurs, en particulier les plus âgés, ont repris la direction des verts d’un pas prudent, la pandémie sévissant toujours.

Partout au Québec, les amateurs de golf ont pris d’assaut les parcours, retrouvant avec bonheur leur activité estivale de prédilection. Nous en avons contacté quelques-uns parmi les plus âgés pour recueillir leurs impressions.

« C’est comme une évasion »

Les gens se sont vite adaptés, ils voulaient tellement jouer ! Nous avons une équipe extraordinaire à Saint-Jean-sur-Richelieu et la direction nous a tenus informés tout au long du confinement. Nous avons aussi reçu des directives précises, avec capsules vidéo, pour bien connaître les règles à appliquer quand le terrain a ouvert. Tout se passe bien jusqu’ici ; c’est un peu plus compliqué au 19e trou, mais on s’adapte et le plus important est qu’on puisse jouer. Être sur le parcours, c’est comme une évasion. On a l’impression d’être dans un autre monde et ce n’est qu’en rentrant à la maison qu’on revient à la réalité avec toutes les nouvelles de la pandémie. « Les gens m’ont beaucoup parlé de mes trous d’un coup [elle en a réussi trois depuis le début de la saison], mais il y a beaucoup de chance dans tout ça. J’ai réussi le premier le 21 mai, le deuxième jour après l’ouverture du terrain. Le dernier a été le plus spectaculaire, la balle bondissant haut dans les airs avant de tomber directement dans le trou ! De très bons joueurs m’ont demandé des conseils, d’autres pensent que je vais leur porter chance parce qu’ils m’ont parlé ! Le golf est un sport bizarre : on frappe des bons coups… et des moins bons. Si j’ai réussi trois trous d’un coup à 68 ans, je pense que beaucoup d’autres golfeurs sont capables d’en réussir au moins un !

Ginette Choquette-Boulais, membre du club Saint-Jean

PHOTO FOURNIE PAR GINETTE CHOQUETTE-BOULAIS

Ginette Choquette-Boulais a réussi l’exploit de réaliser
trois trous d’un coup depuis le début de la saison.

« Le golf a repris son erre d’aller »

Comme beaucoup d’autres golfeurs, j’ai repris la pratique de mon sport préféré dès le 20 mai. Cette journée-là, c’était la cohue, mais après quelques jours d’ajustements, le golf a repris son erre d’aller. En général, la plupart des golfeurs respectent les deux mètres de distance, quoiqu’on sente un certain relâchement depuis quelques jours. Il faut dire que je joue au club des Pins dans Portneuf, où le nombre de gens atteints de la COVID-19 est faible. Ce qui semble avoir le plus surpris les gestionnaires des clubs, c’est une augmentation importante de l’achalandage et même du nombre de gens qui ont pris une carte de membre pour cette année. Il faut dire que les Québécois ne sont pas dans le Maine, en Floride ou dans les Caraïbes, ce qui les force à se trouver des activités dans leur région ou dans celle où ils passent leurs vacances. Il y a aussi plus de jeunes [vingtaine et trentaine] sur les terrains et on voit des “campers” dans les stationnements. Malheureusement, certains octogénaires ne sont pas revenus, craignant sans doute une contamination qui pourrait leur être fatale. C’est triste. Espérons qu’un vaccin hivernal leur permettra de revenir en confiance dans les allées et sur les verts en 2021.

Marc Simard, retraité de l’enseignement

PHOTO FOURNIE PAR MARC SIMARD

Marc Simard, au club des Pins, à Portneuf

« Mon assiduité a passablement diminué »

En général, on peut dire que cela se passe bien. Les consignes sont relativement claires et les gens les respectent en général. Il y a des détails à améliorer, dans la gestion des sacs ou des voiturettes par exemple, mais je suis sans doute plus vigilant en raison de mon âge. Nous sommes une vingtaine de retraités, tous âgés de 70 ans et plus, qui avions l’habitude de nous réunir pour une partie de golf et une rencontre sociale au 19e trou. Avec la pandémie et l’augmentation de l’achalandage, je ne reste plus pour le 19e trou. Je me dirige donc directement vers mon auto pour éviter toute rencontre, car je sais qu’à notre âge nous sommes très vulnérables et il y en a toujours un ou deux qui oublient de respecter la distanciation. Dans notre groupe, la majorité des joueurs portent un masque au départ, mais lorsque la partie est en cours, plusieurs des masques sont retirés. Je dois vous avouer que la COVID-19, si elle n’affecte pas mon pointage, affecte grandement ma motivation. C’est la raison pour laquelle mon assiduité a passablement diminué.

Réjean, retraité et septuagénaire qui préfère garder l’anonymat