« Je suis tombé par terre et j’ai braillé dans les bras de ma femme… »

Publié le 22 juin
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Antoine Duchesne a vécu des émotions fortes quand il a appris sa sélection par Groupama-FDJ pour son deuxième Tour de France, mardi soir.

À sa première expérience, en 2016, il avait 24 ans et pensait que ce n’était qu’un début.

L’année suivante, à sa grande surprise, son contrat avec l’équipe Direct Énergie n’a pas été renouvelé. Il a trouvé une place chez Groupama-FDJ, une formation française avec laquelle il avait bon espoir de retourner au Tour.

En 2019, ça y était presque, mais un problème avec une artère iliaque l’a plutôt conduit sur une table d’opération. Un an plus tard, une mononucléose l’a terrassé à trois mois du départ. Le moral au plus bas, il a pensé à la retraite.

Mais après un premier Giro l’an dernier, le natif de Saguenay avait bon espoir de renouer avec la plus grande course cycliste en 2022.

Le cycliste de 30 ans est heureux d’avoir pu partager cette nouvelle avec sa femme, Chloé. « Ç’a été un gros moment émotionnel », a indiqué Duchesne, son fils Jules, 2 mois depuis la veille, lové sur sa poitrine.

Elle a été là tout le long. Le chemin qu’on a fait ces derniers mois, ça n’aurait jamais été possible sans elle. Elle a tout fait pour en prendre beaucoup sur ses épaules avec le petit et me permettre d’arriver là et de conclure avec ma sélection.

Antoine Duchesne en parlant de sa femme, Chloé

Se disant dans la forme de sa vie, Duchesne estime avoir convaincu ses patrons de façon définitive en contribuant à la victoire de son coéquipier Thibaut Pinot à l’avant-dernière étape du Tour de Suisse, samedi. Il avait ramené son chef de file dans l’échappée qui s’est rendue au bout.

Après la course, Pinot, troisième du Tour de 2014, a vanté l’apport du Québécois, avec qui il a tissé des liens d’amitié dans les dernières années. Les deux ont participé ensemble à un stage de préparation à travers les Alpes en amont du Tour de Suisse. Pinot a d’ailleurs été la première personne que Duchesne a appelée après avoir été informé de sa titularisation.

« Depuis le début de décembre, on a en tête d’être ensemble au Tour. C’est sûr qu’on était très contents. »

Équipier avant tout, Duchesne n’a « aucune » ambition personnelle autre que celle de rallier Paris après trois semaines et contribuer aux succès collectifs. Il s’attend à jouer un rôle particulièrement important dans les premières étapes, où il aura à prévenir les pièges pour Pinot et David Gaudu, qui devrait être le meneur désigné pour le classement général.

Sa personnalité avenante a probablement favorisé sa candidature. « Ils m’ont confirmé que j’étais sélectionné pour mes qualités physiques, mais c’est certain que les qualités humaines et ma capacité à rassembler un groupe pèsent aussi dans la balance. »

Duchesne accepte sa sélection « avec beaucoup d’humilité ». « Ils ont brisé le rêve de deux, trois autres gars qui méritaient aussi leur place. Je comprends vraiment leur déception parce que j’étais moi-même prêt à la vivre. Je suis donc très heureux, mais très humble en même temps. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @TONYTHETIGER_12

Hugo Houle et Antoine Duchesne avant les Championnats du monde en Belgique, l’automne dernier

Houle aussi

Au grand départ à Copenhague, le 1er juillet, Duchesne retrouvera son ami Hugo Houle, qui disputera un quatrième Tour de France consécutif. Après les trois premiers avec Astana, l’athlète de Sainte-Perpétue portera cette fois les couleurs d’Israel-Premier Tech (IPT).

Houle accompagnera son compatriote Michael Woods, qui chassera des étapes, et le Britannique Chris Froome, le quadruple vainqueur qui fera son retour après un grave accident de vélo qui aurait pu lui coûter la vie en 2019. Le champion canadien sur route Guillaume Boivin, qui a disputé une première Grande Boucle l’an dernier, n’a cependant pas reçu l’appel espéré. Comme en 2020, il est le premier remplaçant.

Houle a été un acteur de premier plan dans le troisième rang du Danois Jakob Fuglsang au Tour de Suisse.

« Vu mes performances au Tour de Suisse [15e], ça allait de soi que je fasse partie du Tour », a estimé le champion canadien du contre-la-montre, joint à sa résidence monégasque.

Il a fallu que je gagne chèrement ma place. C’est clair que j’étais un peu sous pression. Je devais performer, sinon le résultat aurait probablement été différent.

Hugo Houle

L’athlète de 31 ans a été surpris de ne pas faire partie des six coureurs présélectionnés après la période des classiques printanières, en avril.

« J’étais quand même très déçu par rapport au début de saison que je connaissais. Je ne pensais pas que j’aurais à me justifier autant. Au bout du compte, j’ai bien répondu. De toute façon, je connais mon niveau, je sais ce que j’ai à faire. Je n’ai pas changé ma préparation. »

IPT visera des victoires d’étape au Tour. Si les circonstances s’y prêtent, Houle croit avoir sa chance.

« Je réussis à m’améliorer un peu chaque année, a souligné celui qui avait fini septième d’une étape en 2020. En espérant que je sois en mesure de saisir une occasion et d’en tirer le maximum. Mais au Tour, il n’y en aura pas de facile. Ce sont tout le temps des coureurs costauds qui s’échappent. Ça reste l’objectif. »

Colocataires pendant plusieurs années à leurs débuts en Europe, Houle et Duchesne auront maintenant la chance de partager la grande aventure du Tour de France.