S’il existait encore le moindre doute sur le niveau de préparation d’Hugo Houle en vue du Tour de France, il s’est évaporé comme une gouttelette de sueur sur le bitume surchauffé de Novazzano, jeudi, à la cinquième étape du Tour de Suisse.

Publié le 16 juin
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Au lendemain de la victoire de son coéquipier Daryl Impey, le Québécois d’Israel-Premier Tech a écrémé ce qui restait du peloton dans une montée à une dizaine de kilomètres de l’arrivée. Il a ouvert la voie à une accélération de son meneur Jakob Fuglsang, qui est allé cueillir la troisième place sur la ligne.

Houle est même revenu dans la descente, avant de « lever le pied » dans la dernière côte afin de préserver son énergie pour les prochaines étapes. Il a néanmoins terminé 15e, à 29 secondes du gagnant, son ancien coéquipier russe Aleksander Vlasov (Bora), qui a eu l’avantage au sprint sur l’Américain Neilson Powless (EF).

« Hugo, il marche en calvaire ! » s’est enthousiasmé Antoine Duchesne, son ancien coloc qui a pris le 60e rang de l’étape, durant laquelle il s’est employé à ravitailler ses collègues de Groupama-FDJ en eau et en glace.

« Il a impressionné un paquet de monde chez nous. Il est en très grande forme et il a fait péter tout le monde dans [l’avant-dernière] bosse. Depuis le début de la semaine, il me dit qu’il est vraiment bien. J’espère qu’il va aussi réussir à saisir une opportunité intéressante. »

Pour l’instant, Houle est concentré sur sa tâche auprès de Fuglsang. Son ami danois occupe désormais la deuxième place au classement général, à six secondes du nouveau meneur, Vlasov. Quatrième de l’étape, le Britannique Geraint Thomas, libéré de ses obligations envers son coéquipier d’Ineos Adam Yates, non-partant pour cause de COVID-19, pointe troisième à sept secondes. L’ancien maillot jaune Stephen Williams (Bahrain) a été parmi les premiers lâchés.

« On a bien couru, on a pris l’initiative, on est satisfait de notre début de tour et de l’impact qu’on a pu avoir sur la course, a commenté Houle, 17e au général (+1min58). On a gagné [mercredi], la priorité, c’est maintenant le général pour Jakob. »

La veille, il s’était « motivé » avec son partenaire de chambre Krists Neilands. Le longiligne letton a d’ailleurs été le premier à sonner la charge à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, reprenant le manche de la main des Ineos. Avec Houle et Fuglsang dans sa roue, il a réussi à lâcher Remco Evenepoel (Quick-Step), jeune épouvantail de ce 85e Tour de Suisse en raison de sa force contre la montre.

Le Belge de 22 ans s’est raccroché au wagon réduit à 25 cyclistes dans la descente. Mais Houle, dont le visage coulait comme une fontaine, lui a porté le coup fatal en prenant le relais de Neilands dans la côte de Pedrinate (2,5 km à 7,8 %). Vingt-huitième de l’étape, Evenepoel a perdu plus de deux minutes.

« C’est quand même un adversaire très sérieux pour le classement général, c’est une belle opération de ce côté-là », s’est réjoui Houle.

PHOTO : instagram Israelpremiertech

Après avoir préservé son leader du danger dans les arrivées au sprint, Hugo Houle s’est lui-même classé 11e mercredi.

Après avoir préservé son leader du danger dans les arrivées au sprint et s’être lui-même classé 11e mercredi, le natif de Sainte-Perpétue poursuit donc son boulot impressionnant en terre helvète.

À 31 ans, tient-il la condition physique de sa vie ? « On en est proche, a-t-il acquiescé. C’est dur de juger seulement avec [le capteur de] puissance. Mais de la façon dont j’ai couru aujourd’hui, c’est clair que je suis en très grande forme. Il fait très, très chaud ici – peut-être 30-32 aujourd’hui – ça ajoute à la difficulté et c’est un facteur limitant. Mais c’est certain que j’atteins parmi mes meilleurs niveaux de performance à vie. Et je me sens mieux de jour en jour. »

Houle a donc très hâte de mettre jambes et poumons à l’épreuve dans les deux prochains jours, alors que le peloton se transporte dans les cols en altitude. Il souhaite évidemment accompagner Fuglsang le plus près possible du fil.

« Ce sera un grand test pour voir où se situe ma forme en haute montagne. J’ai beaucoup travaillé là-dessus ces dernières semaines. Je suis curieux de voir comment ça va aller. »

Éprouvé par la canicule durant les premières étapes, Duchesne prend du mieux. À une trentaine de kilomètres de l’arrivée, il s’est laissé glisser pour « boucher un trou » au profit de ses coéquipiers Thibaut Pinot et Sebastian Reichenbach, qui est maintenant neuvième au général. Le rouleur Stefán Küng est cinquième, mais il risque de ne pas passer la montagne.

« Malgré la chaleur, j’étais très bien et à l’aise aujourd’hui, a souligné Duchesne. J’ai vraiment repris le dessus. »

En plus de l’abandon de Yates, toute l’équipe Jumbo-Visma, du grimpeur américain Sepp Kuss, s’est retirée avant le départ en raison d’une éclosion de COVID. Trois coureurs de DSM ont subi le même sort.

« Il y a une petite remontée des cas en Europe, a rappelé Houle. Il faut continuer à être prudent et maintenir les gestes barrière, surtout à l’approche du Tour de France. »